silent weapons for quiet wars

Pochette de Deus Irae

chronique · 30 juin 2015 · Musiques électroniques

Flint Glass & Collapsar

Deus Irae

". . . Hell of a way to get converts."

par Lexo7

Depuis maintenant plus de dix ans, le francilien Flint Glass n'est pas inconnu pour qui fréquente de près ou de loin les scènes industrielles de France et d'Allemagne. Connu pour être la moitié de Tzolk'in avec le belge Empusae, un peu moins pour sa création du désormais très ensommeillé label Brume Records, il a depuis toujours étalé son intérêt pour le mysticisme, les ambiances post-apocalyptiques et les rythmiques qui s'intègrent parfaitement à ces deux thématiques. Je ne manquerai de respect à personne en émettant l'idée qu'après quatre albums, les tribulations amérindiennes potentielles de Tzolk'in apparaissent comme de plus en plus limitées. Pendant que son compère belge s'autorise lui aussi quelques "infidélités" en solo ou accompagné de la clique goth Arcana (très inspirée celle-là), Flint Glass s'attelait en compagnie de Polarlicht 4.1 et Transistor à une ré-interprétation musicale remarquable de La nuit des temps de Barjavel. Tout ça pour dire qu'il revient ces jours-ci avec un projet tout aussi ambitieux, aux côtés du strasbourgeois Collapsar (dont je ne connais pas le boulot mais qui a quand même sorti un premier album sur le réputé label américain Malignant Records), pour proposer une libre illustration du bouquin de Philip K. Dick et Roger Zelazny : Deus Irae.

Si l'album en présence retranscrit fidèlement l'oppression totalitaire d'une époque où les moutons procèdent à la divinification de leurs propres bourreaux, on peut comme n'importe quelle oeuvre musicale l'extirper de son contexte, et donc ne pas la réserver à ceux qui ont lu ou qui liront l'ouvrage. Nul besoin d'intégrer donc une vilaine fiche de lecture pour présenter l'album, ni même de vous présenter le démembré Tibor, le sanctifié Carleton Lufteufel ou l'intoxiqué Pete Sands.

En deux tableaux de plus de 20 minutes chacun (le deuxième est lui-même autrement plus "séquencé"), le duo français déroule lui aussi sa "fresque sacrée" et puise dans tout un arsenal sonique prompt à retranscrire de très soignés climats apocalyptiques et anxiogènes. Même si je les soupçonne gentiment d'avoir eu beaucoup plus recours au sampling qu'à une véritable création de banque de sons, l'album résonne extrêmement perfectionné, et ce même pour les coutumiers du sound design moderne. La palette rythmique est extrêmement variée, les voix prisonnières du sacré n'interviennent jamais au hasard, et surtout, les parties purement "ambient" sont particulièrement immersives et n'auraient rien à envier à bien des scores catalogués sci-fi.

Beaucoup de souffles, de fractures sauvages, de contrastes entre les beats sévèrement tassés et les émanations putrides d'une époque fantasmée mais finalement pas si lointaine. Où au commencement serait l'acte abominable, ringardisant le verbe dans les tréfonds d'une bienveillance à l'obsolescence programmée, où la servitude à l'enfer qui nous est prédestiné est presque moins cynique que les dieux de paix et d'amour béatifié. Une époque où l'humain se confond de plus en plus avec le robot.

Mortels, accueillez donc les bras grands ouverts ce progressif déchiquetage généralisé. L'espoir est pour les faibles.

"Tu es né de la poussière et tu retourneras à la poussière. Qu'est-ce que cela veut dire, mourir ? Ce qui est unique ne peut que périr. La nature procède par surproduction de chaque espèce. L'unicité est une faute, un échec de la nature."

Volontairement, et malgré le respect et l'affection artistique que je voue à des gens comme Sylvgheist Maëlström ou Iszloloscope, j'ai snobé les quatre remixes qui n'apportent à mon avis rien à l'oeuvre, et qui sont bien souvent une stratégie des labels pour vulgariser un disque à coups de bonus. Ils n'enlèvent en tous cas rien à un album aussi ambitieux que courageux, particulièrement réussi, et qui joui en supplément d'une édition vinyle de très très haute volée. En plus de faire péter le bandcamp de Flint Glass, succombez donc à la tentation, il paraît que l'enfer est pavé de bonnes intentions.

Lexo7

Brasser la merde

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