
chronique · 23 janvier 2015 · Drone / Ambient
James Murray
Loss
« Nous ne voyons en fait que ce qui peut nous être retiré » (Giovannoni)
par Aurélie S.
Il nous avait laissé en mai dernier avec Mount View, splendide album qui venait clore une trilogie entamée avec Floods en 2012 sur son propre label, Slowcraft Records. On avait alors entre les mains ce qui serait l’un des plus belles réussites ambient de l’année, entre douceur introspective et variations électroniques parsemées de piano.
On retrouve à présent James Murray pour un disque se démarquant quelque peu de ses travaux précédents. Certains y regretteront peut-être une richesse antérieure, ou bien peineront à maintenir l’écoute face à une apparente arythmie des nappes mises en jeu. Pourtant, par le biais du dépouillement, c’est bien vers une expérience d’écoute beaucoup plus profonde que nous mène le britannique.
Cette fois-ci, c’est Eilean Rec. qui accueille le nouvel album de l’artiste, un jeune label français tenu par Mathias Van Eecloo (l’homme derrière le projet Monolyth & Cobalt) qui a su se distinguer l’an passé par un bon nombre de sorties remarquables telles que celles de Sublamp ou d’Aaron Martin. Les éditions physiques soignées sont toujours limitées, et il ne reste déjà plus qu’une poignée de CD disponibles.
James Murray parvient, comme sur ses précédents albums, à sublimer ce qui n’aurait pu être qu’un anecdotique récit uniquement centré sur soi-même. Venu des confins de l’intime, Loss dit cette beauté tragique de l’être en proie à la séparation, et tente d’isoler les états précédant et accompagnant la perte. Sous les ondulations infimes et continues des fréquences, c’est ainsi la lente progression des sentiments qui se déchiffre. Les drones forment des rouleaux puissants, s’étirent et s’allongent, et ne cessent d’en découdre avec la présence et l’absence.
En puisant dans la béance d’une zone de douleur sourde, James Murray a fait de cet album une expérience autant fugitive et instinctive qu’immersive. L’album a été improvisé en direct puis enregistré tel quel, en quelques jours, il y a de cela un an. En résulte peut-être cette intensité toute particulière, traversée par les ombres errantes de ce qui fut un jour entre nos mains mais qui nous aurait échappé.




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Brasser la merde