
Les mornes drilles de Lycus n’ont pas le prestige de provenir des sacro-saintes terres du genre, mais il semblerait bien que le climat d’Oakland fasse largement l’affaire, conditionnant suffisamment nos lurons pour produire un disque de « funeral doom » en bonne et due forme. Alors outre les dénominations farfelues d’une scène sclérosée, tout y est ou presque à commencer par la pochette au furieux accent de romantisme allemand livide, ainsi que son titre tout aussi accrocheur. Mais entendons-nous bien, le quartet, sous ses airs téléphonés n’a rien de la formation chancelante et le coup d’essai leur servant de premier album comprenait déjà trois pistes savamment exécutées pour un total de quarante-deux minutes. Autant dire qu’avec cette nouvelle mouture, la tendance n’est pas au changement idéologique et la moindre seconde est ici usée jusqu’à plus soif…
Produit par Jack Shirley, l’album atteint des sommets, comme rarement dans l’histoire de la formation. Il est vrai que l’homme derrière la console façonne savamment son produit au point d’ériger une œuvre aux proportions démentes sublimant efficacement la substantifique moelle des groupes dont il dispose. On a encore en tête son travail sur les deux derniers albums des trop controversés DeafHeaven, où la aussi, le son des natifs de San Francisco avait trouvé une noirceur et une profondeur jamais atteinte.
Ici l’ambiance est quelque peu similaire, à la différence près que la mélancolie laisse place à la résignation et à un nihilisme de saison. En cela, ce nouvel opus ne dévie pas d’une once des thématiques déjà éreintées de la niche musicale dans laquelle il se loge. Mais la magie opère tant la maitrise des structures et la densité des titres subliment sans effort ce monolithe sordide. Tout ça va et vient de manière assez subtile, alternant riffs pachydermiques et envolées plus « black ». Quelques complaintes gutturales et revirements d’humeur plus tard, l’œuvre apporte son lot de fraîcheur bienvenue, si tant est que l’on puisse s’exprimer ainsi sur le sujet…
Dérive mise à part, il est vrai qu’ici toutes les pistes sont savamment articulées de sorte que chaque instrument s’exprime au-delà de ses frontières sans trop de peine, évitant ainsi l’enlisement et le marasme sonore tant redouté. L’exemple le plus frappant derrière cette idée se situe très probablement autour de la batterie de Trevor DeSchryver, qui défie à juste titre souvent la lenteur imposée par le genre, et ressort ici bien plus dynamique et déterminé que dans bons nombres de formations similaires. L’ajout d’un second guitariste, en la présence de Jackie Perez Gratz au violoncelle, sont autant d’éléments venant étoffer encore davantage les textures et sonorités massives de ce disque aux multiples facettes.
Musicalement impressionnant, Lycus prouve une nouvelle fois sa capacité à distordre le temps pour y injecter angoisse, peur et autres pensées morbides. Une œuvre qui pousse non sans mal à la méditation et parvient au passage à étoffer une formule millénaire…






Brasser la merde