
chronique · 14 décembre 2015 · Expé. / Modern Classical
Michalis Moschoutis
Nylon
« In Nylon the guitar sounds exactly what it is ; a sonorous piece of wood with 6 strings attached to it. » (Michalis Moschoutis)
Inauguré l’année dernière, le très jeune label grec Holotype Editions aime la prise de risques : en privilégiant le pressage au format vinyle uniquement, et par l’intermédiaire de sorties assez singulières. On peut citer les field recordings enregistrés en Antarctique de Lawrence English et Werner Dafeldecker sur le saisissant Shadow of the Monolith, ou très récemment une bande originale signée Jacob Kierkegaard pour La Passion de Jeanne d’Arc de Dreyer. Autant de noms et de thèmes qui attirent rapidement l’œil (et l’oreille). Sorti à quelques semaines d’intervalle de Arc, le dernier né est la première sortie physique de Michalis Moschoutis, guitariste grec et surtout tenancier du label ici présent.
Nylon n’est pas un album évident, c’est peu de le dire. Voulant faire ressortir les sons habituellement indésirables d’une guitare (bruits de cordes qui lâchent, crissements, etc..), les 8 morceaux improvisés de l’album sont denses, dissonants, physiques, et requièrent une attention particulière pour passer outre les premières impressions.
Imaginez ainsi quelques secondes qu’une personne mal avisée prenait un malin plaisir à vous gratter les tendons avec un pied de biche pour y jouer des arpèges. À vous scier les cordes vocales pour en extraire la quintessence de leurs vibrations. Et à ne perdre aucune fréquence si elles venaient à céder. Viscéral, c’est bien le terme et l'impression qui se dégage des premières écoutes. Assiégée jusque dans ses moindres noeuds, les fibres disséquées par le médiateur-scalpel, la guitare de Michalis Moschoutis ploie sous les attaques incessantes et intrusives de son chirurgien.
Pourtant, dans ce chaos de cordes hirsutes, certains motifs se frayent un passage, tentent de résister à l’agresseur avant d’être inévitablement emportés par ce raz-de-marée. Comme si, l’espace d’une fraction de seconde, vous dégagiez une image visuellement captivante au sein d’une volée de flèches dirigées vers vous. Une certaine beauté éphémère et ambivalente, qui imprègne le disque et rend l’expérience hypnotique.
Quelques titres joués à un ou plusieurs archets « allègent » également le propos en dépit de leur caractère oppressant (There Is Only Us et With a Strong Sense of Purposelessness). Tel du papier de verre tachant de polir nos plaies avec une patience maladive, ils s’évertuent à maintenir une pression constante dans leur effort et à explorer des fréquences inconfortables, malgré les plaintes abyssales des cordes.
Nylon est un album éprouvant, à ne pas mettre entre n'importe quelles oreilles - évitez à ce titre les écoutes matinales. Enregistré avec une précision d’orfèvre, c'est surtout un objet fascinant, d'une violence exutoire qu’il serait bien vain de vouloir museler.






Brasser la merde
1 commentaire
Orné ² Akasha
Je vais m'écouter ça se soir^^
Je suis plutôt fan des projets de se genre...J'aime beaucoup par exemple Prurient, ou Kevin Drumm ou dans une déclinaison plus accessible les album de Svarte Greiner ou sous son vrais blaze Erik K Skodvin surtout son Knive sous Svarte Greiner et Flare avec son vrai nom.
Sinon je voulais surtout vous présentez un disque pas récent mais combien extraordinaire dans la lignée. C'est le "Modern Jester" de Aaron Dilloway. Un disque interdit aux profanes tellement ici l'écoute s'avère extrême ou l'éditeur va être confronté à un univers des plus hostile et inconfortable. Mais ô combien intéressant et riche en émotion de tout bord. Le travail sur les sonorités est juste époustouflante et rarement atteint avec une production millimétrée, le son est vivant et mouvant il rentre dans l'oreille pour aller vous fouetter les neurones^^ Un disque difficile d’accès mais une expérience vraiment intéressante !
Akasha.
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