silent weapons for quiet wars

chronique · 27 avril 2016 · Musiques électroniques

NL

Zomerliedjes

You’re the star of the story. Choose from 14 possible endings. You are… Merzbow.

par Mélanie Meyer

Une œuvre de pure destruction, c’est un peu comme l’idéologie nihiliste. Fondamentalement, ça ne sert à rien. C’est juste pour voir. Et quelquefois, de ce néant émergent des débris formidables.

Procédé : adjoindre le summum de l’abrasion sonore à la moelle de la musique cheap.

Objectif : mettre en abyme l’inaudible.

Résultat : de la musique de charts broyée au bruitisme.

Le livre musical dont vous êtes le héros est à décomposer consciemment. Vous allez méthodiquement vous appliquer à en déchirer les pages une à une. Pourquoi ? Pour investir le champ de votre propre sous-culture afin de construire une contre-culture.

Quelles influences donc épuiser ? Les superficielles, les épuisantes, les adolescentes, soit toutes les productions de dance FM des années 2010 telles que Swedish House Mafia, Tiesto, voire Inna. De la musique de filles à cheveux qui, au final, n’a guère évolué depuis les années 90 – à part peut-être l’agencement des cheveux… Mais comment ériger une œuvre – oui, une ŒUVRE - avec un tel matériau ? En distordant, en disséquant, en détruisant au moyen d’une noise à la Merzbow. Quelle brillante idée !

Or donc qui se dissimule derrière NL, ce sigle frappé Pays-Bas ? Eh bien, un Toulousain installé en Belgique…soit Maxime Denuc, l’un des ordonnateurs de Plapla Pinky. Loin du côté plus accessible de ce dernier, ce projet solo développe un univers véritablement marginal. Concernant l’inspiration, il s’agit donc d’un maelström de réminiscences musicales affectueuses, d’évocations de plages flamandes et de dispositifs techniques exploratoires très subtils. Concernant le format, il est question d’une réactivation : deux titres, à l’aune des productions dance de la fin des années 90/du début des années 2000 qui s’achèvent invariablement sur un cut brutal. Une issue voulue, pensée, maîtrisée ? Non. Uniquement pour respecter une durée de radio edit. Concernant le traitement sonore, il implique la recherche de tension : la base est jouée sur synthétiseur puis une diffusion est effectuée via un petit haut-parleur radio passant au travers de modulaires. Le résultat en est méconnaissable et doué. Comme si un bruit blanc s’était superposé à des mélodies de variété pour mieux les déchiqueter. Il se place ainsi dans la continuité de V/Vm , l’avatar de James Leyland Kirby dans les détournements dadaïstes de morceaux pop tels que le « Lady in Red » de Chris de Burgh ou « Last Christmas » de Wham ! On peut également le rapprocher dans cette démarche de certaines expérimentations totalement hystériques sur du rock psyché 70’s provenant d’un projet texan obscur du début des années 2000 et disparu depuis, MassMurderMedia.

Il y a donc une forme de bravoure à retirer de n’importe quel élément musical quotidien, le plus banal soit-il, une création qui l’élève et qui, par l’hermétisme bruitiste, le place au rang d’une forme d’innovation. Il y a de la noblesse à partir des choses les plus insignifiantes pour construire un travail humble. Enfin, il y a une manière de réconcilier les inspirations lorsque l’on s’empare de la réalité.

Mélanie Meyer

Brasser la merde

6 commentaires

  1. poney

    -_-

    1. Mélanie

      Il était tôt...

  2. Silaedan

    La démarche ne me convainc pas. :/

    En quoi passer de l'eurodance dans du modulaire en fait de l'art ? Si encore il y avait un vrai travail sur les textures de bruit, un vrai dialogue entre le bruit et l'eurodance.... pourquoi pas ?

    Là j'ai vraiment un soucis avec la démarche même et surtout sa mise en application.

    Pourtant j'adore la musique bruitiste, le noise...

  3. Mélanie

    1er point, une expérimentation à partir de musique cheap. Tentabl : je réponds oui. 2ème point, "un souci avec la démarche" : lequel donc? 3ème point en conclusion : peut-on identifier l'objet du débat? Il me tarde. Merci. :-)

  4. drÖne

    Silaedan veut sans doute dire que la démarche consistant à se contenter d'ajouter une couche de bruit blanc à de l'Eurodance est d'une paresse intellectuelle consommée, et que le résultat est d'un ennui sans nom. Si je ne sur-interprète pas ses propos, c'est exactement ce que je ressens à l'écoute du titre "Choral", qui ne me donne aucune envie d'écouter le reste.

    1. Mélanie

      Je comprends mieux la difficulté : merci. Il n'y a aucun titre "Choral" (c'est le nom du label). Il n'y a que deux morceaux sur cette réalisation (Apeldoorn et E40). Il n'y a, à mon sens, aucune volonté de recherche pointue intellectuellement en la matière : simplement l'envie d'un one shot à ce stade qui pourrait peut-être et uniquement ultérieurement tracer le sillon pour des réalisations futures d'une autre ampleur (là je m'avance, je l'entrevois comme cela). Il n'y a aucune obligation donc. C'est ce qui me plaît dans la démarche. Merci pour le retour :-)

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