silent weapons for quiet wars

Pochette de Music for a Dance Performance

chronique · 2 octobre 2015 · Expé. / Modern Classical

Olymphia

Music for a Dance Performance

L’état de danse : une sorte d’ivresse, qui va de la lenteur au délire, d’une sorte d’abandon mystique à une sorte de fureur. Paul Valéry

par Lexo7

Autant le dire dès la première ligne, depuis plusieurs mois, je voue un véritable culte à tout ce que touche Loke Rahbek. Co-fondateur de Posh Isolation, membre de Croation Amor, de Vår et de l'immense projet Damien Dubrovnik, le danois semble à l'abri du burn out et de la panne d'inspiration. Quand il ne collabore pas avec Puce Mary (vous savez, celle qui a commencé par copier un peu Pharmakon pour mieux la surclasser), il multiplie les aliases et s'adonne à des mixtures sonores abrasives. Noise, Indus, Drone, Power Electronics. Rien de tout ça. Ou tout à la fois. Son sillon artistique ne se borne à aucune limitation de genres ou de concepts. Au sein d'Olymphia, il est rejoint par un autre pensionnaire du collectif Vår, également membre du projet plus douteux Marching Church, le bien nommé Kristian Emdal. Music for a Dance Performance est sorti (en vinyl uniquement) au début du mois de juin. Je n'en parle qu'aujourd'hui parce qu'il fait partie de ces disques dont la substance addictive ne se répand qu'avec le temps. Pour en digérer toute la sève, s'en séparer un peu pour mieux y revenir.

Comme son nom l'indique, l'album en présence est une création dont la vocation, outre celle d'être un objet musical, est d'accompagner un spectacle de danse contemporaine. D'après mes informations, aucune compagnie ne s'est encore positionnée pour porter pareil projet.

Physique, intense, radicale, épidermique. Si cette collection d'adjectifs est particulièrement adaptée à l'ensemble de l'oeuvre de Loke Rahbek, elle le sera encore d'avantage au sujet d'un disque qui souhaite célébrer toute les sensations corporelles, extrêmes pour la plupart, de cet art noble et de cette poésie muette qu'est la danse contemporaine.

Oeuvre contrastée et ambivalente célébrant les équilibres instables, Music for a Dance Performance est une succession de caresses à la laine de verre sur des peaux implorant la rupture musculaire. Un éboulement intérieur ponctué de sursauts et d'intrigues, où les tissus se déchirent et se régénèrent par la force du souffle. On pourrait bien sûr disserter sur la construction chronologique de l'album, et de l'intérêt de poser un climax orgasmique aussi sévère si tôt, dès la seconde moitié du premier morceau (l'immense Carpet of Crushed Seashells Covering Parts of the Floor), quand la majeure partie des titres pratique un certain éloge de la lenteur et du crescendo. Peut-être pour poser l'acmé sur le terrible et tellurique 100 Bottles of Sparkling Mineral Water, où ce maelström d'éléments modulaires et industriels, d'ambient et de musique concrète vient sublimer sa zone de catharsis.

Qui dit musique électro-acoustique dit instruments charnels. Signalons donc la présence d'un violoncelle, de cymbales et d'une somme importante d'instruments exotiques, plus particulièrement ceux qu'on trouve en Orient ou au pays du soleil levant. Ceux qui auront chéri l'album Jaku de Dj Krush les reconnaîtront peut-être mieux que moi. Relevons aussi la maîtrise des contrastes et des (dés)équilibres, là où les toboggans vertigineux hertziens sont contrebalncés par des aigus à la stridence dissonante, bien aidés il est vrai par des rythmiques rampantes et des frappes parcimonieuses.

Music for a Dance Performance est un album rare, dense, physique et puissant. Inutile donc de préciser qu'il est vivement recommandé à un public averti. Les compagnies de danse sont elles aussi invitées à se manifester. Pour que cette missive enflammée ne trouve pas son destin à terre.

Lexo7

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