
chronique · 7 janvier 2016 · Weird Rock / Metal
Pinkish Black
Bottom Of The Morning
C'est quoi le plus important dans la vie? Les riffs.
par Mattooh
Et pourtant. Parfois, un groupe chamboule nos certitudes ainsi que les postulats les moins déboulonnables du monde libre, et Pinkish Black (nouvel onglet) est de ceux-là. Rarement d'ailleurs groupe se sera aussi bien nommé, puisque Pinkish Black cultive l'art de sonner evil, mais de manière synthétique et mélancolique ; insondable noirceur, mais dans un gant de velours.
Car voilà : Pinkish Black est un groupe "heavy" sans guitares.
Le mélange de froideur et de saturation avant-gardiste de Bottom Of The Morning évoque le magma des modern-blackeux de Oranssi Pazuzu, un certain romantisme en plus et la fureur en moins. En fait, je vais te dire : Pinkish Black invente le kraut-gothique, ou le kraut-death-rock. Un régal pour les dénicheurs de l'impossible, et autres fabricants d'étiquettes.
Le chant lui, rappelle Mikael Åkerfeldt d'Opeth (Burn My Body, Bottom of the Morning), ce qui finit de placer Pinkish Black du côté des justes et dans la marge supérieure de la qualité. L'excellence de Bottom Of The Morning n'incite tellement pas à lésiner, que je suis à deux doigts de qualifier de parfait chef d'oeuvre l'immense titre éponyme du disque, et ses dantesques 9'30. Dire qu'en ces temps de classements tous azimuts, certains faibles mal renseignés en viennent à trouver des qualités au dernier Marilyn Manson ou à se perdre chez les clowns de Ghost ! Ces désorientés n'ont assurément pas croisé la route de l'affolant Bottom Of The Morning.
Pinkish Black a beau être l'équivalent musical de l'inexorable marche en avant d'un glacier mû par un noyau de lave, le groupe n'en vient pas moins du Texas. Plus étonnant encore : ils ne sont que deux, Daron Beck et Jon Teagueen, en fait survivants de The Great Tyrant, leur précédente formation disparue avec le suicide de leur bassite, Tommy Atkins. Après deux disques intéressants mais encore brouillons dans l'écriture et peu aboutis dans la mise en forme, Bottom Of The Morning, troisième disque du duo, a tout de l'album étalon pour un groupe qui s'est réellement trouvé.
Remarquable par ce sommet, le disque ne souffre néanmoins d'aucun temps mort. En dépit d'une formule instrumentale limitée (batterie et claviers uniquement), Pinkish Black dégage une grandiloquence certaine mais maitrisée, et fusionne aujourd'hui avec une naturel impressionnant des éléments de kraut-rock, death-rock, post-punk, doom, indus ou évidemment - on est en 2015 - de psychédélisme. Tu devines alors que même si sa beauté est spectaculaire, cette musique n'incite pas tout à fait à l'allégresse et ne te commandera pas d'aller boire des coups en terrasse. Mais toi-même tu sais, c'est ce déballage éhonté de nihilisme, de mélancolie et de démesure psychotique qui fomente la meilleure musique ; sans cela, nous écouterions tous Foals ou Jamie XX, et serions encore plus malheureux.






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