silent weapons for quiet wars

Pochette de A Gradual Accumulation of Ideas Becomes Truth

chronique · 19 mai 2016 · Drone / Ambient

Robert Crouch

A Gradual Accumulation of Ideas Becomes Truth

Synesthésie, méta-stase et réalité augmentée.

par dotflac

Sa proximité avec des personnes telles Yann Novak ou Richard Chartier, ainsi que leurs labels respectifs Dragon's Eye Recordings et Line, ne peuvent pas prêter à confusion sur les relations que Robert Crouch entretient avec la musique. C'est d'ailleurs sur ce dernier que A Gradual Accumulation of Ideas Becomes Truth paraît, pérennant des explorations sonores balançant entre microsound et drone, mettant le traitement sonore en abîme et repensant les notions d'enregistrement et de création qui lui sont associées : faire, défaire, et surtout oublier pour refaire différemment. Mais contrairement à beaucoup de sorties de Line, ce qui m'a séduit sur cet album n'est pas l'abstraction extrême, parfois extravagante, de ses sons, mais au contraire un minimalisme étonnamment organique et viscéral, comme le Days de Triac l'avait déjà achevé l'année dernière.

Bien que le concept fondateur de l'opus s'articule autour de l'être factuel d'un objet et de son paraître imaginé et provoqué, on semble invités à travers les cinq longues méditations offertes par l'artiste à repenser la manière de ressentir la musique. Les origines des enregistrements utilisés comme échantillons sonores sont transcendées et provoquent en l'auditeur des sentiments eux aussi mutés, presque surnaturels ; une synesthésie polymorphe se manifeste alors naturellement en nous, nous faisant découvrir les pistes en réalité augmentée. Hohle Fels ou Limbo Town (Croatoan) développent particulièrement bien cette impression de vie tirée du néant, à peine camouflée derrière les immenses strates sonores glissant entre elles à la manière de draps aux textures liquides oscillant dans le vent, utilisant des cousins du bruit blanc qui émuleront leurs lentes respirations. Une fausse impression d'immobilité s'exprime progressivement, comme c'est souvent le cas dans le drone, révélant aux gens attentifs et patients un péristaltisme sonore qui surprendra à chaque écoute par l'apparition perçue de nouveaux éléments, renouvellant l'expérience à travers des sessions a priori prédéfinies et reproductibles.

Ces traits de caractères favorisent l'apparition de sensations inhabituelles, dépassent la simple écoute stéréo initialement imaginée. Ici, les sinusoïdes qui s'enlacent et se fragmentent stimulent les aires visuelles, dessinant dans les esprits tordus des paysages trichromes aux éléments indistincts et aux bordures floues, mais dans lesquels on détecte en plissant un peu ses yeux virtuels un mouvement discret mais constant. Bien que les glitchs discrets ponctuent notre écoute et ont l'air de nous murmurer que tout ceci n'est qu'un délire personnel et qu'il est temps de revenir à la réalité, on ne pourra pas quitter la chaleur audio-vidéo-tactile émergeant de A Gradual Accumulation of Ideas Becomes Truth, en particulier Bellona (Version 0-375-70668-2) et sa minuscule oasis de verdure perdue dans un désert aussi aride qu'accueillant. Le dépaysement est immédiat au lancement de la lecture et persiste sans ciller durant plus d'une heure, où les sens sont exploités d'une manière peu habituelle, ne rendant l'expérience que plus délectable de par sa singularité.

Voir la musique au lieu de seulement l'écouter, ne pas utiliser les sons pour ce qu'ils sont mais pour ce qu'ils peuvent encore devenir. Ajoutez n'importe quel suffixe à méta- correspondant à des concepts abscons oscillant autour de réalité et de virtualité, et vous pourrez tenter de résumer (bien trop facilement) cet album selon Robert Crouch. Personnellement, c'est une de ces surprises venant de chez Line qui me pousse inlassablement à revenir vers le label, proposant cette fois une expérience ne sollicitant aucun prérequis afin d'être appréciée pour ce qu'elle est : un voyage au-delà du réel, brouillant les frontières mentales et nous rassurant face à l'inconnu.

dotflac

Brasser la merde

4 commentaires

  1. Charles

    Cela me fait très plaisir que tu chroniques ce nouvel album de Robert Crouch, dotflac, car son auteur est pour moi l’une des meilleurs figures du drone tendance glitch/microsound, à l’instar de Yann Novak. Quoique je trouve que son précédent album paru sur Dragon’s Eye, Organs ‎, était meilleur, celui-ci est excellent. De ces débuts plutôt classiques (An Occupied Space) il m’a fait me replonger dans le catalogue de Line et de Dragon’s Eye avec plaisir, et me jeter sur la moindre de leurs sorties, même si beaucoup de celles-ci gagneraient à être écouté dans leurs contextes d’enregistrement quand ce sont des lives. Merci pour la chronique, et dommage que SWQW s'arrête, j'avais énormément de plaisir à lire les chroniques Drone/Ambient de toi, Aurelie S, Johann, et d'autres.

  2. Tacrolimus

    Fin swqw? Oh non !!!! Va falloir retourner lire les Chroniques de Das Ich sur Guts of Darkness pour s'occuper.

    1. Orné et Akasha

      Non pas nécessairement, il y a les excellents sites The Drone ou Hartzine mais bon un de moins c'est un de moins surtout quand c'est de qualité et ça ne court pas les rues... ):

      Akasha.

  3. Orné et Akasha

    Bonjour les admin :) Comment ça vous fermez ?? C'est vrai ça ? où avez-vous lu ça ? et Pourquoi ? ): Eh ben si c'est le cas vous allez laisser un fameux vide sans faire ma frotte manche je trouve votre site vraiment bien foutu et de qualité, il est rare que vous chroniquez un disque que je n'aime pas et vous avez tous une belle plume. Bref vous allez nous manquez si cela est vrai. Tous ça me font penser aussi qu'il serait peut être temps que je lance le mien de blog :D

    Akasha fidèle lectrice et mélomane affirmée^^

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

    pas de compte : ton pseudo est protégé par un ticket que ton navigateur garde pour toi.

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