chronique · 14 janvier 2014 · Drone / Ambient
Sima Kim
Debris
"j'ai perdu ce qui restait de moi sur les chemins" (Esteban)
par Aurélie S.
Bien que jeune (à 24 ans, il a déjà quelques albums derrière lui et a notamment collaboré l’an passé avec Saito Koji sur le très beau On The Sea), le coréen Sima Kim n’en possède pas moins le sens de ce qui transporte et hypnotise. Né en Corée du Sud, il a ensuite grandi et étudié en Europe, avant de revenir plus tard en Corée. Entre-temps, il a entrepris plusieurs voyages, d’où il a peut-être ramené cette envie de mettre en forme sa propre musique.
Debris constitue la cinquième sortie physique du label belge Soft Corridor Records, fondé en 2012 par Julien Lambrecht dont le travail photographique accompagne régulièrement les éditions physiques. Ces dernières, souvent en nombre très limité, paraissent toujours dans des enveloppes particulièrement soignées où l’on retrouve également les illustrations de Jess Pauwels.
Sur des pointillés se trace le fil d’une vie dispersée, de restes éparpillés. Eclats de souvenirs, fragments d’oubli, et brisures d’un monde qui se décompose. Trois morceaux principaux encadrés et divisés par quatre titres plus courts, de Debris #1 à Debris #4. En sept pistes traversées par l’onde fragile de la disparition s’élabore l’art du discontinu, s’invente une réécriture d’une histoire à la fois personnelle et commune.
Drones, nappes et sons synthétiques ou acoustiques sont ici manipulés, traités, enrobés d’échos et de réverbérations. Sima Kim les dirige et les emporte pour mieux les faire osciller et chavirer entre eux. Il maintient les textures en suspension, leur insuffle d’infimes mouvements qui viennent frémir contre la lumière ou l’obscurité.
Car Debris est avant tout un album inscrit à la fois dans l’inquiétude et une forme de mélancolie lumineuse tendant à surgir au fil de l’avancement du disque. Sur Night Flight, les murmures et chuchotements d’Heidi Harris viennent donner voix à la peur qui rebondit et se cogne contre les parois d’un antre sans nom. Il y a là une respiration aux aguets, et les bruissements de la crainte rampant sur le sol. Where I Was With You, au contraire, éclaire de ses nappes le mouvement d’un cycle sans fin. Pièce centrale de l’album, longue de vingt minutes, elle se tient là où tout se boucle, à l’infini, avec l’autre.






Brasser la merde
3 commentaires
PIe-re
Si jeune et si doué, j'ai particulièrement été touché par le moreau May, représentation juste de ces " textures en lévitations ".
schlounga
C'est superbe. J'ai bien lévité moi aussi. Un bièn bel albeum.
bobdadog
Excellent, merci. "Where I Was With You" me rappelle pas mal le taff de son collègue Hakobune.
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