silent weapons for quiet wars

chronique · 28 février 2014 · Expé. / Modern Classical

Traps

Vineland

par Dr. Somath

Il ne doit pas être simple, quand on vient d’une scène aussi peu ouverte d’esprit que la niche punk/noise/rock française, de débarquer avec quelque chose d’aussi radicalement éloigné de ses confrères, et de trouver pourtant un moyen de faire passer son message. Il en fallait cependant plus pour effrayer les deux activistes de la scène rémoise réunis sous le nom de Traps et proposant ici de déclarer leur amour aux ambiances analogiques d’Oneothrix Point Never et aux longues escapades hallucinées de Fuck Buttons.

Traps est en effet un duo où l’homme se charge des nappes à l’aide de synthés et autres jolies choses bidouillées pendant que la demoiselle, en transe perpétuelle, tape sur de splendides tambours tribaux. On évitera d’ailleurs ici de parler de la campagne que Civitas a lancé contre eux par rapport à cette inversion flagrante et provocatrice des rôles homme-femme pour se concentrer sur ce qui importe le plus : la musique.

Celle de Traps célèbre le rêve, manifeste pour une liberté totale, et impose sa propre temporalité, très lente mais attractive. Elle transforme les consonances en dissonances de la plus fine des façons, juxtaposant les diverses couches pour créer un tout qui nécessite l’abandon de l’auditeur pour que la sauce prenne. Quand la magie opère, c’est un univers naïf mais nostalgique qui s’offre alors à nos oreilles émerveillées, nous faisant rêver à la plus belle des afters, celle où le soleil affirme timidement ses premières lueurs.

Avec tout ça, Vineland arrive à se démarquer de ses influences, très larges d’ailleurs, pour imposer sa patte un peu maladroite mais dont l’honnêteté la rend terriblement touchante. Cette familiarité est amplifiée par le côté très ludique et espiègle du groupe, comme sur ce Running Interlude où l’on aimerait le voir digresser jusqu’à épuisement mais qui s’arrête brutalement au bout de deux minutes pour repartir sur quelque chose de bien plus contemplatif. On aime aussi ces percussions furtives qui s’imposent d’elles-mêmes, soit pour relancer la machine, soit pour signifier ses soubresauts.

Traps est un jeune projet fait de bric et de broc qui demande encore maturation (surtout au niveau du son) mais qui propose assez de belles choses dans une seule et même cassette pour que l’achat et le voyage qui va avec vaillent le détour. En parlant de cassettes, ces jeunes gens s’occupent également d’un très chouette label qui viendra fêter ses quatre premières sorties à Paris ce dimanche (nouvel onglet) :

Dr. Somath

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