silent weapons for quiet wars

Concerts · 9 octobre 2013 · le 01 octobre 2013, Village Underground (Londres)

A Winged Victory For The Sullen et Douglas Dare

67 minutes of new music

par Dr. Somath

67 minutes of new music. Voilà ce que promettait A Winged Victory for the Sullen pour leur prestation à Londres, au Village Underground, en ce premier jour du mois d'octobre. Groupe formé par Adam Wiltzie (moitié du duo culte Stars of the Lid) et Dustin O'Halloran, ceux-ci se sont permis d'inviter un quintet à cordes pour ce concert à l'allure d'évènement exceptionnel, puisque seulement 4 dates sont prévues pour cette tournée à travers l'Angleterre. Suivront quatre autres représentations, à Londres, afin d'accompagner la nouvelle pièce de danse contemporaine de Wayne McGregor, Atomos, une pièce pour laquelle ont justement été écrites ces 67 nouvelles minutes. C'est Douglas Dare qui assurait la première partie, jeune gars seul avec son piano, une belle voix mais un rendu un peu trop classique pour être réellement percutant.

Quintet à cordes, donc, provenant de Bruxelles: trois violons et deux violoncelles. Adam Wiltzie est à la guitare tandis que Dustin O'Halloran est au piano, les rôles sont respectés. Les pièces sont relativement courtes, s'allongent entre 5 et 7 minutes, et la musique du duo ne tardera pas à se faire profondément captivante.

A Winged Victory for the Sullen crée une vague de mélancolie. Une collection de notes qui s'évade vers l'infini et flotte harmonieusement dans l'atmosphère, comme en suspension, ne voulant jamais s'éteindre ni descendre. Quelque chose de diffus, de nébuleux, d'insaisissable, une impression d'immense soupir qui s'étend pour l'éternité. A l'instar des compositions de Stars of the Lid (dont la musique du duo est, au final, quasiment similaire), les pièces du groupe s'étirent, se traînent, se languissent, chaleureusement et doucement, prodiguant cette sensation fœtale d'évoluer dans une bulle de quiétude et d'apaisement, comme blottis dans les bras de quelqu'un de rassurant, loin des turpitudes du monde extérieur. Comme une nonchalante et duveteuse respiration, comme si tout était fini et que l'on s'installait, balançant, dans l'immensité, avec cette douce pointe de langueur, de celle qui fait lever les yeux vers le ciel. Cela résonne assez idéalement avec la façon dont l'un des deux membres de Stars of the Lid qualifiait leur musique lors d'une interview: celui-ci l'envisageait comme les souvenirs qu'il avait de sa famille écoutant de la musique classique dans la pièce juste à côte de sa chambre. Ainsi, ce qu'il entendait de sa chambre ressemblait à des sons déformés par la distance et les obstacles, quelque chose d'incertain et de lascif, comme le son que produit un avion qui passe lentement au-dessus de la tête un dimanche après-midi de plein soleil.

Paradoxalement, si tout cela évoque l'intérieur, la musique d'A Winged Victory for the Sullen s'inscrit également, de manière profonde, dans la nature. L'harmonie et l'évidente beauté dégagée par leurs morceaux évoquent instinctivement des paysages, de longues chaînes de montagne en plein hiver ou une forêt au crépuscule. De la même manière, la construction des pièces, le jeu des silences et la répétition de motifs renvoie a la marée montante et descendante, à l'océan. Cette musique nous lie à ces décors, on s'y sent pleinement attaché, s'arrachant à la violence et au chaos du monde urbain pour nous retrouver connecté à ces panoramas.

Puis vint le rappel. On sait qu'A Winged Victory for the Sullen est un groupe né de la volonté de rendre hommage à Mark Linkous, défunt leader de Sparklehorse. Quoi de mieux qu'une reprise pour sceller ce pacte: de manière complètement inattendu, le collectif reprendra Spirit Ditch, titre paru sur le tout premier album de Sparklehorse, dans une version piano et cordes. On verra d'ailleurs, pour cette reprise, Wiltzie prendre le micro et ne pas trop mal s'en tirer. Les deux têtes pensantes du groupe quitteront alors la scène afin de laisser le quintet lancer une dernière pièce, conclusion d'un concert absolument rêveur, grandiose et magnifique.

Mots par Antoine Khoury, photos par Christine Estima.

Dr. Somath

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