Concerts · 6 mai 2013 · le 02 mai 2013, La Machine du Moulin Rouge (Le Central)
Alva Noto, Cabaret Contemporain & Chateau Flight, Dscrd à la Machine (Paris)
Fusion, destruction, respiration.
par T.E.O
Depuis environ un an la Machine du Moulin Rouge (nouvel onglet) surprend par des programmations pointues touchant de prêt la perfection, l'ambition et la prise de risque. Elle prend peu à peu le relai d'un Rex Club fatigué et mis à mal par un public souvent condescendant et prétentieux, et d'un staff constamment sur les nerfs malgré des programmations toujours qualitatives. Car qu'on le veuille ou non c'est le public qui fait la soirée. Ce soir s'annonce passionnant et Pigalle semble le lieu idéal pour de tels événements. A l'entrée, les personnes sont simples, décontractés et amicales, principal atout de la Machine.
Et c'est à Cabaret contemporain (nouvel onglet) (composé des géniaux musiciens Fabrizio Rat Ferrero, Giani Caserotto, Julien Loutelier, Ronan Courty, Simon Drappier) et Château Flight (nouvel onglet) (composé de Gilb'r et I :Cube du label Versatile) que revient de démarrer les hostilités, en proposant d'adapter librement des pièces de Terry Riley, grand musicien américain et considéré comme l'un des fondateurs de la musique minimaliste.
Et on retrouve justement cette liberté d'interprétation très marquée, si précieuse à Terry Riley, dans le jeu des musiciens et ceci crée un rendu aussi personnel qu'inattendu. On est franchement surpris par l'utilisation des instruments. Les musiciens gardent l'enveloppe principale de leurs outils mais se les réapproprient d'une manière inédite. La contrebasse se mue en percussion et inversement, le piano en support des émotions primaires et délicates et la guitare électrique en une entité profondément douce et minimale. Ainsi, par des moyens fondamentalement acoustiques, sont produits des sons qui appartiennent au domaine des émotions pures et qui touchent directement l'esprit de celui qui sait écouter et contempler. Si les musiciens du Cabaret Contemporain ne recherchent pas la virtuosité technique individuelle, ils sont en quête d’une virtuosité d’orchestration, de mélange, de fusion des propositions de chacun, générant une entité sonore nouvelle, où les voix individuelles deviennent alors impossibles à distinguer. L'apport de Château Flight est intrigant mais pas évident. Il apporte au groupe une dimension sonore nouvelle grâce à l'utilisation de la machine qui créée alors un contexte sonore saturé, sombre et pesant.
Le public semble réellement apprécié et se place ici en étonnant support de l'émotion véhiculée, certainement excité par l’arrivé proche de Alva Noto (nouvel onglet), (nouvel onglet) éminent représentant de la musique minimale actuelle et boss du label Raster-Noton (nouvel onglet) dont les éloges fusent dans nos chroniques.
Carsten Nicolai est un musicien unique. Sa volonté d'associer les arts visuels et la matière sonore (car il est question de texture et de forme ici) créée une proposition inédite et une remise en question dans la façon même d'appréhender la création. Le procédé est quasi mathématique. Ou comment faire coexister Art et Science. En résulte une musique sans concession, puissante, rejetant l’instinct comme manière de construire la composition. Point de schémas musicaux classiques ici juste une maitrise exceptionnelle où l'homme fleurte sans cesse avec le vide et le plein. Car la musique de Alva Noto est violente, une violence maitrisée et austère, quasi hypnotique. Le final est magistral : une collaboration entre le musicien et l’artiste Anne-James Chaton (nouvel onglet) dans une dénonciation juste et d’une étrange véracité du martèlement des médias, des grands groupes et de la publicité. Les logos et noms de marques se mêle à une montée constante sans autre finalité que le néant. Cerveaux retournés, crises d'épilepsie, mission accomplie pour Alva Noto
Il revient à DSCRD (aka Discordance) de clore cette magnifique parenthèse nocturne. Il avait, avec la série « Monad» sur Stroboscopic Artefact, fait le pari d'une techno modulaire porteuse d'une esthétique centrée sur les formes naturelles et organiques. Alva Noto nous avait fait baisser la garde, ici DSCRD assène le coup fatal tout en douceur et ironie. Le collectif nous plonge ainsi dans une techno froide mais gourmande, assez linéaire mais aucunement ennuyante. Un pari risqué.
Doucement la température baisse, la tension aussi, la salle s'éclaircie. C’est la fin. La Machine réussit une fois de plus son pari : mêler une line up exigeante et originale, de vrais musiciens, un public adorable et un lieu cool. Que demander de plus ici-bas?

Brasser la merde
6 commentaires
Jamie
Ressenti partagé, une belle soirée.
a
...Peut-être une sono aussi immersive que celle du rex ?
SWQW
Je t'avoue non, La Machine compense ailleurs.
a
Je suis entièrement d'accord pour l'ambiance insoutenable du rex, la mentalité etc... qui fait du bien à la machine. Mais c'est vraiment dommage qu'on ait pas une qualité de son suffisante pour apprécier. J'avais vu il y a un petit moment Len Faki au rex puis à la machine, et il n'y a pas photo, le son braillait dans le vide et n'arrivait pas à créer une nappe sonore dans laquelle s'immerger. C'est quand même une comble d'entendre le bruit du public malgré une techno berghainienne pas assez forte ! Simplement s'ils mettent à jour leur système sonore çà deviendra vraiment top !
Sly
Excellent concert en effet !
t
Ah tiens je m'étais fait la même réflexion que "a" après avoir enchainé Len Faki au Rex et à la Machine, le son était largement en défaveur de cette dernière. Idem récemment pour Barker & Baumecker, un peu perdus dans une salle trop grande et une prog' trop éclectique. Par contre Alva Noto l'an dernier à la Gaité Lyrique c'était juste nickel, immersion sonore et visuelle totale.
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