silent weapons for quiet wars

Concerts · 23 septembre 2013 · le 22 août 2013, Charleville-Mézières

Cabaret Vert 2013

"...la chope immense, avec sa mousse..."

par Mattooh

Toujours avide de nouvelles sensations, SWQW est encore parti à la découverte d'un festival qui lui était inconnu. Car pour toi lecteur, on est prêt à aller jusque dans les Ardennes.

Tu le sais peut-être, le Cabaret Vert (nouvel onglet) est réputé pour le soin apporté à l’attractivité de la bouffe et la boisson vendues sur son site. Cela fait partie de la démarche « éco-festival », et contrairement à la plupart des autres grands rassemblements s’autorisant un sticker vert sur ses affiches, l’organisation y met les moyens et fait le choix de confier ses gargotes à des producteurs locaux, assurant une offre pléthorique et de qualité. On oublie donc les américains à 10€ et les jambon-beurre en sachet, et une balade devant les stands de restauration fait grogner l’estomac plus encore que les mauvais groupes de l’affiche ne font grogner le chroniqueur trentenaire. Ouais, gars : plus on vieillit, plus on apprécie une bonne bouffe, avec une bonne bière trappiste dans un festival qui ne prend pas les gens pour des cons – juste, parfois, pour des sourds. Aussi suis-je en mesure de te conseiller le dodu quart de poulet, sa sauce et ses patates ; mais, kébab de sanglier, stand de champignons et autres spécialités ardennaises, croyez bien qu’on se retrouvera l’an prochain et que cette fois, je vous ferai la peau.

Il s’en est fallu de peu, donc, pour que cette chronique de concerts vire à la halte gourmande ou l’escapade de Petitrenaud mais de musique je vais tout de même te causer. Pour ce jeudi inaugural, le Cabaret Vert accueillait deux de mes madeleines de Proust favorites, de juteuses sucreries pour les trentenaires mais aussi et surtout deux groupes ayant maintenu une production de qualité de la fin des années 90 à maintenant : Eels et Deftones.

Deux autres points communs entre ces deux groupes : leurs derniers disques (respectivement Wonderful, Glorious et Koi No Yokan) font partie de leurs meilleurs, mais la qualité de leur live est réputée dépendante, toujours respectivement, du type de formation embarqué en tournée et de l’état de forme (de poids ?) de ses zicos.

Bref, Eels déboule, et c’est jogging Adidas pour tout le monde sur scène, bleu pour les artistes, gris pour les roadies. Si cette fantaisie n’émanait pas d’un esprit aussi malinement drôle que celui de Mark Oliver Everett on ne verrait que le côté grotesque de la chose, mais là, c’est charmant. J’avais vu le groupe il y a 10 ans, avec un line-up de bûcherons assez similaire et j’étais resté froid face à une prestation trop massive, sabotant les arrangements et le charme mélancolique de chansons délicates et douces-amères. Sauf qu’en 2013, le répertoire de Eels s’est enrichi de nombreux albums dont les chansons se prêtent bien mieux à une interprétation guitar only ; ainsi à quelques exceptions près, le set de ce soir sera essentiellement composé de titres extraits des excellents Hombre Lobo (2008) et Wonderful, Glorious (2013). Résultat, un set rock grisant, tendu et carré mais non dénué de la fantaisie et du talent mélodique irrésistible de Mark Oliver Everett. Même les réarrangements bourrus de Mr. E's Beautiful Blues, Cancer For The Cure ou Fresh Feeling passent impeccablement. Entre les chansons, un E d’humeur badine harangue la foule et distribue des hugs à ses impeccables musiciens et si le public est clairsemé pour ce premier gros concert de la journée, la petite foule de kids passant par là ou d’individus nés avant 1984 est ravie.

Alt-J enchainait ensuite sur la petite scène, et ce devant une foule nettement plus conséquente. Cela s’explique : le public est ici plutôt jeune, et le gentillet album An Awesome Wave s’est retrouvé propulsé album de l’année par une bonne partie des indie-foules en 2012. En un an, leur live a progressé mais le répertoire est encore trop faible pour tenir une foule en haleine pendant une heure. Si bien que passés les agréables premiers titres, on s’ennuie rapidement.

Depuis la disparition de son bassiste originel, Deftones traverse musicalement une très bonne passe et a donc logiquement assuré un show d’une puissance et d’une efficacité imparables. Le son est massif et de qualité, chose appréciable car ce n’a pas toujours été le cas avec eux. Il en va de même pour le chant de Chino Moreno, et les habitués le savent bien, dans ces soirs là on va prendre son pied. La setlist, strictement fracturée par album, balaie toute la discographie à l’exception de l’éponyme et de Saturday Night Wrist et rappelle la cohérence et la qualité de leur répertoire. Un jubilatoire sans faute qui se conclut par le classique enchainement Engine No.9 / 7 Words. Les cervicales sont endolories, des sourires gras s’étalent sur les visages disgracieux : on est bien.

A$ap Rocky représente ensuite tout ce que je ne comprends pas chez les petites frappes à succès du hip-hop moderne. Le garçon cartonne, tout le monde est à fond… pas moi. Pas de groove, un flow assez quelconque, pas mal de sonorités fort vilaines et un répertoire sans aucun charme. Bon, c’est pas mon truc, quoi.

Le concert d’Asaf Avidan est ensuite le moment idéal pour aller dévorer un quart de poulet ; la viande blanche a donc rendu ce moment nettement moins pénible que prévu.

Mais comme on ne peut pas manger toute la soirée, il a fallu boire. Car comment accepter de se fader l’effarante putasserie du live de Major Lazer sans l’appui du produit du dur labeur des plus fins brasseurs belges ? Il est regrettable de livrer nos bons jeunes à une pauvreté musicale si dégradante.

Heureusement, dans la foulée et devant un public nettement réduit, Amon Tobin était là pour ramener de la dignité à cette fin de soirée. Peu confiant avant sa prestation (la faute à ce projet Two Fingers guère intéressant sur disque), je fus pourtant immédiatement rassuré. Oublié le bling-bling inepte de ce gougnafier de Diplo, Amon Tobin se contente d’un pupitre dégueulasse pour tout support scénique, et se concentre sur l’essentiel : la musique. Le résultat est tapageur - juste ce qu’il faut - mais bourré d’idées, et forme la bande-son idéale pour une danse de l’ours de fin de soirée. C’est finement bourrin, en quelque sorte. Tu comprends ?

Oui, ... même ici.

Le Cabaret Vert trie beaucoup ses poubelles, mais devrait peut-être plus trier ses artistes et moins aller recycler le rebus des gros festivals. Il faut toutefois garder à l’esprit la situation du festival et la nécessité pour lui de brasser large dans une région peu féconde en événements musicaux, et les quelques pointures ramenées chaque année font déjà preuve d’une ambition étrangère à bien des raouts plus installés. Et gageons que le succès croissant du festival devrait permettre aux programmateurs plus de prise de risque à l’avenir. Il ne faudra de toute façon jamais trop d’opulence dans la programmation pour nous faire revenir de bon cœur.

Mattooh

Brasser la merde

2 commentaires

  1. Djobi Djoba

    Clin d'oeil à la Famille Tenenbaum le jogging adidas ?

  2. carac0le

    Vous auriez dû me le dire, j'habite à côté je vous aurez payé le champ. Sinon comme truc pourri y a Electricity cette semaine sur Reims.

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

    pas de compte : ton pseudo est protégé par un ticket que ton navigateur garde pour toi.

    En attente