Concerts · 28 octobre 2014 · le 21 octobre 2014, Instants Chavirés (Montreuil)
Child Abuse + Vaz + Rhys Chatham
"J’aimerais être comme lui, véloce, chauve et musclé"
par Dr. Somath
Soirée prestige aux Instants Chavirés (nouvel onglet), Gtok ? Gtko ! (nouvel onglet) se pliait en quatre pour nous offrir le meilleur de ce qui scie le cœur, broie les organes et affame les populations. Une nouvelle fois, plateau d’exception, avec Vaz (nouvel onglet), Child Abuse (nouvel onglet) et la légende Rhys Chatham (nouvel onglet) en ouverture.
Chatham vient juste de subir un attentat à l’houmous sur sa guitare. Immense courage, cela ne l’empêche pas de se présenter seul derrière une table surplombée d’une poignée de pédales. Il est en manteau, chapeau sur la tête, et formule dans un français tremblant qu’il jouera une quarantaine de minutes. Cela démarre doucement sur un ruisseau de bruissements pour s’allonger sur un tapis de cordes pendant lequel l’américain prêchera bonhommement les aléas de la vie. Trente minutes de cosmos, juste ce qu’il fallait.
Vaz s’arrange aisément sur scène après la fanfare Chatham, deux guitaristes et un batteur, dont deux Hammerhead. Vaz glisse de longues surfaces de riffs plongées dans un épais brouillard de saturation. Les deux guitares grattent et taillent sans arrêts des mélodies marécageuses, humides et boueuses, sombres et froides comme nuit noyée sous la pluie, du genre illuminée par des lampadaires tristes et de mornes espoirs. C’est surtout le batteur qui retient l’attention, dont les roulements de toms dégringolent sans pause façon rythmique locomotive. Il est assez impressionnant à regarder, j’aimerais être comme lui, véloce, chauve et musclé : c’est véritablement lui qui propulse le groupe sur une dynamique digne et sensible. De l’effort, de la sueur, de l’engagement, tout est là pour soutenir ses compagnons sur les ailes, pour leur donner cette volonté d’aligner sans même y penser des riffs de chauve-souris égarées. Set court mais tout à fait prenable, on les retrouvera le vendredi suivant au Cirque Electrique (nouvel onglet) pour une même dose d’excellence.
Child Abuse est un monstre de fer, effrayant et difforme, défiguré par l’immense compression d’un visage mutilé par l’outrance et la démesure : une peur panique poussant l’affolement, l’épouvante et l’égarement, le corps qui se convulse, les yeux révulsés, mille images d’horreur et de folie se superposant dans un spasmodique éblouissement. Une avalanche d’androïdes-sauterelles à capteurs thermiques ultra-développés qui pénètrent le système nerveux et le surchargent de saignantes infrabasses. L’agression est mécanique, la destruction est définitive, la violence est totale. Une machine de mort complètement déshumanisée, l’impression d’être constamment saturé d’informations qui défilent comme des lueurs d’éclairs dans un cerveau qui brûle à feu très, très rapide.
Visuellement, ça ne dépareille pas, l’investissement pour les costumes est colossal : des t-shirts qui brillent dans la nuit, des lacets orange fluos, alors que le rose prédomine sur les instruments. Un cauchemar qui passera vite fait façon fusée avec une poignée de morceaux seulement, un court rappel et le champ de bataille se trouvera rapidement vidé de toute substance de vie, encore chaud et fumant. Gros concert du trio new-yorkais qui s’est correctement attelé à violer l’ensemble de l’assistance présente aux Instants Chavirés.
Mots par Antoine Khoury

Brasser la merde