Concerts · 25 avril 2013 · le 22 avril 2013, L'Usine (Genève)
De la vertu des banques suisses : Wolf Eyes et Psychic TV à Genève.
Du bruit et des larmes
par Somath
Se dire que passer quelques jours dans le cocon familial apportera calme et repos. Se dire une fois arrivé qu’un coup d’œil à la programmation de l’Usine de Genève tant aimée n’a jamais fait de mal à personne. Se rendre alors compte que ce cadre idéal accueille en deux jours Wolf Eyes (nouvel onglet) et surtout Psychic TV (nouvel onglet). Oublier toute envie de calme et de repos.
Curieusement, si ce week-end on voulait retoucher de près les sensations apportées par les précurseurs de la musique industrielle que sont Throbbing Gristle, ce n’est pas du côté de Psychic TV mais bien de celui de Wolf Eyes qu’on aura trouvé notre bonheur. En effet, avec un look cuir / lunettes de soleil et une attitude passant en quelques secondes de distante à possédée, la bande de Nate Young nous replongera souvent ce soir là dans des plages de copulation entre instruments à vent et accidents noise très proches de certains travaux de Coil ou TG. Ces phases un peu longues bien que réussies viendront heureusement se faire bombarder par la no-wave délectable des excellents morceaux du dernier album du groupe, No Answer : Lower Floors.
Construit comme un seul homme, le concert commencera donc par une noise brute dans laquelle Nate Young crache dans une réverb sale et froide. La masse informe se verra au fur et à mesure articulée par une pulsation gavée de subs dévastateurs qui s’accélérera au fil des pièces présentées. Pour le reste, John Olson a toujours une classe si particulière avec sa sacoche à bruit et son attitude nonchalante alors que James Baljo, ressemblant de plus en plus à Warren Ellis et donc à Raspoutine, a toujours le talent pour trouver la ligne de guitare qui tour à tour soit détruit et électrise l’ensemble, soit l’emphase et le magnifie. Après 45 minutes sans interruption, le groupe s’arrête, remercie, adresse un « I Think you’ll really don’t like this one » et finit cette belle et rêche plongée industrielle par dix bonnes minutes harshs de haut niveau. Le public, adepte du genre, finira si concentré que l’on aurait pu entendre une mouche voler quand le trio quitte la scène, avant que la petite trentaine de personne explose d’applaudissement qui ne feront pour autant pas revenir le groupe pour une dernière éjaculation qui aurait été salvatrice.
Wolf Eyes a toujours eu le cul entre deux chaises, proposant une musique dite d’avant garde mais terriblement ancrée dans le passé. Parfois sur disque et très souvent en concert (un peu moins cette fois que d’autres cela dit), le groupe démontre par contre une réelle maitrise de sa technique et du moyen de composer de véritables bonnes chansons sur une base bruitiste. Sur ces moments, Wolf Eyes fait partie des meilleures formations actuelles du genre qu’éviter, comme par exemple vendredi (nouvel onglet) et samedi (avec Richard Pinhas) (nouvel onglet) aux instants chavirés pour les parisiens, serait une bien mauvaise idée.
Il pourrait sembler difficile d’analyser les travaux actuels de Psychic TV et de Genesis Breyer P-Orridge sans les comparer aux albums et performances de Throbbing Gristle et des premiers Psychic TV. Cette démarche est pourtant ici hors de propos car elle cacherait l’intérêt essentiel de ce que j’ai pu voir ce soir là : un voyage d’une intensité peu commune où l’émotion transpire de n’importe quelle parcelle du monde sonore dévoilé.
Depuis quelques années et l’arrivée du batteur Eddie O’Dowd, Psychic TV est en effet musicalement (presque) rien d’autre qu’hommage vibrant au rock psychédélique et au kraut-rock, nous renvoyant dans la belle époque où le solo de guitare était un passage obligatoire à tout morceau qui se respecte. On pourrait alors légitimement, quoique, se dire que GPO ne représente plus du tout l’expérimentateur et le découvreur d’antan, si il l’a été un jour, et le considérer alors comme un artiste à ranger dans la case des vieilles gloires qui feraient mieux de prendre définitivement leur retraite. Seulement, plus qu’une simple posture d’avant-gardiste, la trajectoire de GPO est avant tout une certaine quête du bonheur dans un univers contraint par ses démons internes. Hors, dans la formation actuelle de Psychic TV, on le sent, et ce à l’exact opposé de la performance de Throbbing Gristle à la Vilette Sonique 2008, totalement épanoui dans ce qu’il fait, et en réelle adéquation entre la musique produite et ses envies du moment. Toute l’émotion et la puissance de caractère de madame te sont alors balancées en pleine gueule, et il ne te reste plus que tes yeux pour pleurer.
Car oui, ce soir là, sur des slows psychés construits sur trois accords et devant 5 musiciens dotés d’un look que Mötley Crüe n’aurait pas regné, j’ai versé ma larme. Celle-ci est tombée devant tant d’évidence musicale, devant un retour du rock comme pur vecteur d’émotion, devant un groupe qui jubile et où chacun fait ce que son cœur lui dit, et devant un GPO qui même si il ne sera jamais le plus grand chanteur de tous les temps, sait comment placer ses mots et ses intonations pour captiver son public et estropier ses démons. Des longs développements psychédéliques d’Alien Sky, du sublime Thank You ou du Mother Sky de Can à la reprise punk-glam du Silver Machine d’Hawkwind, tout est alors terriblement jouissif, captivant, transcendant. On pourra en revanche trouver dérangeante cette figure de Lady Jaye tournant en grand format pendant une bonne partie du concert, mais elle n’est au final qu’un moyen de plus de surpasser le groupe et de mettre le public dans un état inconfortable comme cela a toujours été l'un des objectifs.
On pourra toujours dire que Psychic TV est devenu un groupe sans intérêt, kitsch, et rétrograde. On pourra aussi juste se laisser pénétrer par tant d’émotion et de simplicité, et vivre des moments complètement inoubliables. Thank You, Genesis.

Brasser la merde
2 commentaires
julienl
T'es un gros chounard.
Somath
J'espère que tu parles pareil à tes patients !
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