silent weapons for quiet wars

Concerts · 23 mai 2013 · le 22 mai 2013, Le Trianon (Paris)

Deerhunter au Trianon (Paris)

Tout est chaos

par dicklaurentisdead

« Tout est chaos. A côté. Tous mes idéaux: des mots abimés... Je cherche une âme, qui pourra m'aider. Je suis d'une génération désenchantée. Désenchantée.»

Oui, Bradford Cox a parfois quelque chose de Mylène Farmer dans ses moments d'exaspérante lascivité. Une posture qui cache bien des tourments d'Artiste torturé objecteront les uns, une imposture de petit branleur arty qui se rêve punk assèneront les autres.

Maigre comme un clou (même plus la place pour une aiguille, tant mieux pour ses veines...), taillé comme un cintre, notre angoissé de première est comme qui dirait porté par ses vêtements. Reconnaissons lui néanmoins d'avoir fait dans le sobre cette fois avec un t-shirt des Ramones à 24 livres ramené de Topman, loin de la robe léopard fièrement arborée à Austin il y a quelques semaines.

Dans le feutré théâtre du Trianon (nouvel onglet), finalement correctement garni après avoir craint la désertion (les mois de mai et juin étant fatals aux portefeuilles à concerts, il faut faire des choix), la seule exubérance de Bradford Cox reste finalement d'ordre capillaire, à la croisée des sculptures improbables chères à Nicolas Sirkis et Marylin Manson.

Tant mieux car ce qui nous intéressait en l'occasion était la défense live du dernier effort studio du groupe, le très serein Monomania où il a remisé dans le garage ses vélléités pop indé du précédent et très réussi Halcyon Digest.

Avec un jeu de lumière économe invitant souvent le fog, mais sans l'attendu néon rouge qui illumine pourtant la pochette du dernier album, le ton semble donné : le concert sera noisy, planant, énergique, fourrez vous le nez dans les savates et faites tomber les pellicules. Les ombres de Sonic Youth, de MBV et consorts ne planeront véritablement qu'au début et à la fin du set, avec une intro résonnant comme un mille-feuilles de nappes avant que la batterie têtue de Cryptograms ne vienne définitivement lancer les débats, puis durant l'outro shoegaze long d'une vingtaine de minutes nébuleuses, qui a eu tôt fait de décourager une bonne partie de l'assistance.

Pourtant, à bien l'écouter, ce petit happening sonore, savamment entretenu par chacun des membres du groupe affairé dans son coin avant de quitter la scène un à un, fait l'effet d'une boucle qui tend à conduire vers l'introduction évoquée plus haut. Ce qui peut s'apparenter à de la fainéantise, alors qu'une seule heure est passée entre ces deux plages, devient alors une sortie plutôt réussie parce que tout simplement bien exécutée.

Et au milieu ? Au milieu, de l'efficace et du sérieux. Neon Junkyard, certes moins psychédélique que sur galette, a légitimement ouvert le bal des nouveaux morceaux du groupe, suivi par la ballade pop plus vénéneuse qu'elle n'y paraît de Missing. Un bon moment pour satisfaire les quelques puppies de devant avec le déjà classique Revival et surtout les indispensables Don't Cry et Desire lines, qui nous rappellent que Deerhunter (nouvel onglet) n'est pas que la voix distordue de son leader emo, mais aussi celle du guitariste Lockett Pundt, l'autre cerveau (a priori sans les fils qui se touchent) de la bande d'Atlanta, auteur des perles Blue Agent et THM superbement enchaînées par Cox.

Ayant vite repris les commandes, ce dernier s'empresse alors de donner un peu plus de rugosité à la seconde partie du set, avec en point d'orgue le Monomania enragé tant espéré qui achève de convaincre un auditoire bien sage et chanceux, diront les connaisseurs, de voir Bradley Cox daigner revenir, magnanime, pour un encore de deux chansons apaisantes Agoraphobia et Punk (La Vie Antérieure). N'aura finalement manqué qu'un Whatever Happened pour combler le plaisir, mais voir Deerhunter enfin réussir une date parisienne est déjà une bonne nouvelle.

dicklaurentisdead

Brasser la merde

1 commentaire

  1. Suceur

    It's Nothing Ever Happened, bitch.

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

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