silent weapons for quiet wars

Concerts · 26 août 2013 · le 18 juillet 2013, Dour (Belgique)

Dour 2013

Rapport d'opération

par Dr. Somath

JEUDI 18 JUILLET

C'est sous un soleil de plomb que se passera mon arrivée en cette terre promise de La Plaine de la Machine à Feu, soleil qui ne s'arrêtera pas de taper pendant ces quatres jours, mettant nos organismes à rude épreuve. Quelques minutes d’une fanfare certes en place mais vite lassante, La Chiva Gantiva, m’auront permis de découvrir une grande scène à taille humaine portée par un son des plus corrects. L’étape suivante a lieu à la Boombox, consacrée majoritairement au rap et à ses petits et grands frères. C’est Veence Hanao qui tient le micro, un belge auteur d’un rap conscient parfois pas loin du slam voire de la chanson, mais dont les instrus minimales et le charisme sortent du lot pour créer un univers pas si banal.

16h, premier jour, et déjà l’heure du meilleur concert du week end : White Denim. Je ne connais pas grand chose à la discographie des texans, mais force est de constater qu’en live, rien ne résiste à leur rock vaguement psychédélique. Peu originaux dans le style, les quatre gonzes jouent par contre d’une façon admirable, à tel point que l’on se demande si l’on a déjà vu jouer aussi bien ce genre de musique. Avec un tel groove et des mélodies imparables, il est alors impossible de résister et de ressortir du chapiteau avec autre chose que des étoiles dans les yeux.

Pas de répit pour le bon goût, car on enchaîne sur BadBadNotGood. Personnellement, sur disque ce groupe me fait chier au plus haut point avec leur jazz moderne des plus quelconque hérité des Bad Plus et autres E.S.T.. Sur scène c’est par contre l’orgie, ça joue super bien, c’est très rythmé, et le trio a l’air de prendre un réel pied qu’on leur envie vite.

Charles Bradley, par Lara Gasparotto (nouvel onglet)

Après une petite session zapping avec BRNS (du sous Foals pas désagréable mais pas bien excitant non plus, et donc complètement surcôté), puis Charles Bradley (j’aime pas James Brown) et enfin Fauve (même les bobos ont dit que c’était nul), je me gorge d’une bonne dose de débilité à l’état pur avec le set d’Otto von Schirach. De plus en plus loin de son breackcore des débuts, cet éternel taré nous sert ici un set dancefloor à tendances latino complètement débridé qui met le sourire et fait danser les belles filles. Même résultat quatre jours plus tard à Paris, cela a beau être idiot et répétitif, c’est la communion assurée.

A l’inverse, Shed nous sort un set plutôt insipide qui ne part jamais et réduit sa musique au strict minimum, ôtant tout l’intérêt des disques. Déçu je fais un tour à la Marquee pour The Horrors afin de m’allonger quelques instants. La new wave des anglais est cotonneuse, à tel point que je m’y endors. Au réveil, ma montre affiche 21h30, PUTAIN, j’ai loupé près de la moitié de Tomahawk! Un beau sprint plus tard j’arrive sur Rape This Day et découvre un groupe définitivement impérial sur scène. Même sur les chansons d’un dernier album bien inférieur aux précédents, la présence de Patton (ce mec m’impressionnera toujours en concert) et le tractopelle conduit par ses trois acolytes transforment chaque instant en pure jouissance. Quelques chansons plus tard, un Coward toujours aussi génial m’emportera très loin, et je n’atterrirai qu’une fois le set terminé.

On change totalement d’ambiance avec Trentemoller, mais sans perdre d’intensité. Entièrement joué live avec guitare, basse, batterie, et le maître de cérémonie aux divers claviers, le set de ce soir là aura été des plus enveloppants, bien à part dans le monde musical, et sacrément puissant. Complètement écrasé par ce set magistral et cramé par diverses boissons, je décide de faire le minimum d’efforts en me posant à proximité du concert des Yeah Yeah Yeahs. Je n’ai jamais eu particulièrement d’affection pour ce groupe, mais en tout cas tout le foin fait autour de la chanteuse Karen O n’est pas démérité. Avec une belle présence et une voix au top, la miss rend le set agréable bien que moins rock que dans mes souvenirs, et me fait passer une belle heure d’une musique rafraîchissante et efficace.

Je reste devant la grande scène pour profiter d'une place confortable à l'arrivée du Wu-Tang Clan. Je ne pense pas que le collectif nécessite une présentation, si ce n'est que comme pour beaucoup, les new-yorkais ont énormément compté dans mon éducation musicale. Je n'attendais pas grand chose du concert, et rien d'extraordinnaire ne s'est offert à moi, si ce n'est que pour une fois sur cette tournée ils étaient tous présents. La majeure partie de la setlist est consacrée à 36 Chambers et son avalanche de classiques impérissables, mais force est de constater que la communion entre les membres n'est plus aussi forte qu'elle devait l'être à l'époque. On accepte assez vite ce fait, ainsi que l'omniprésence des basses dans le rendu sonore, et on prend en fin de compte un pied plutôt important dans ce petit voyage nostalgique.

Wu-Tang Clan, par Mathieu Drouet (nouvel onglet)

VENDREDI 19 JUILLET

Ah le réveil à neuf heures par une chaleur suffocante qui rend ta gueule de bois encore plus tapante : belle panade des festivals par beau temps.

Ce vendredi débute de façon bien funky avec les locaux d’Unik Ubik (nouvel onglet), auteurs d’un curieux mélange de saxophone et de garage, le tout dans la joie et la bonne humeur. On note que le public se fait très peu présent sur les débuts de journée à Dour, mais l'ambiance accueillante persiste, même en petit nombre. Première belle surprise ensuite avec les étranges et costauds belges de The Black Heart Rebellion. Apeuré par ce nom ridiculement émo et le fait de voir le inscrit un peu partout en ce moment, je n’y suis pas allé très confiant, avant de vite retourner ma veste à la vue de ce prenant post-rock choral matiné d’ambiences western. Les mecs ne sont pas là pour rigoler, mais cela tombe bien car il va falloir prendre sous peu au sérieux cette tribu qui par pas mal d’aspects me rappelle ILikeTrains.

Direction une ambiance bien plus calme et encore plus à la mode avec Jacco Gardner. Sur la route je m’arrête à Exsonvaldes dont mon seul souvenir les concernant était qu’ils avaient gagné la palme du pire concert que j’avais vu en 2009. Je ne resterai pas plus d’un morceau, afin de ne pas leur déscerner ce prix une seconde fois. Quant à Jacco, autant dire que pour du Simon and Garfunkel c’est plutôt de bonne facture, les chansons étant plutôt bien écrites et l’ambiance générale prenante et savamment distillé.

Tout comme celui des And So I Watch You from Afar présents le dimanche, le math rock de Maybeshewill me laisse complètement de marbre, avec un son et des structures stéréotypées qui te forment une musique sous cellophane parfaite pour une jeunesse cocaïnée. En fin de compte, celle-ci (la musique, pas la jeunesse, quoique) se mord la queue au bout de deux morceaux et se la pète méchamment. Retour sous la Boombox pour Coely, rappeuse que je ne connaissais ni d’eve ni d’adam et qui se révèlera par la suite sur disque très consensuelle. Seulement, sur scène, en dehors d’un côté promo trop ostentatoire, la jeune demoiselle se démène vraiment et propose un set très énergique avec la rage aux bords des lèvres. Après un passage vers les ridicules metalcoreux d’Adept et leur capillarité aussi dégoutante que leurs riffs convenus, c’est l’heure de la communion belge avec le rappeur Scylla. Le succès du bonhomme et de ses acolytes en cet après-midi n’aura pas été démérité, les textes plutôt censés étant mis en exergue par un concert varié et des acteurs des plus impliqués. Une découverte qui passe comme une lettre à la poste.

Après la Belgique, l’heure est à la West Coast bête et méchante avec La Coka Nostra, rassemblement d’Ill Bill, Slaine, et deux anciens House Of Pain, dont un Danny Boy qui vieillit bien mal. La forme est donc bien plus réduite que lors du Pukkelpop 2007 mais le fond est sensiblement le même, avec des instrus solides et un Ill Bill qui survole les débats. On regrettera quand même les nombreuses interventions à base de Say Hell Yeah, Say Fuck Yeah qui diminuent nettement l’impact du set.

La house bricolo de Com Truise est plutôt pas mal à l’heure de l’apéro et convaincra les adeptes de ses disques étrangement addictifs. C’est devant très peu de monde que débarque alors Chuck Inglish, moitié des Cool Kids pour un set bien plus old school, et par la même occasion bien moins inégal, que ce qu'il peut faire dans son duo originel. Résultat, les instrus tabassent, le mec transpire l'honnêteté et rap très bien, sans chichi ni communication outrancière, et propose au final un des meilleurs sets du week end.

Dan Deacon, par Simon Grossi (nouvel onglet)

Je n’attendais pas grand chose de la fête au village orchestrée par Dan Deacon après un souvenir un peu lourd d’une Vilette Sonique il y a quelques années. Seulement, là, entouré de deux batteurs à qui l’on décernera la palme du courage et de l’endurance, le set proposé est épileptique et tient aussi bien la route rythmiquement que mélodiquement, pour une heure qui passera à une vitesse folle, et où l’on sort sourd mais avec un sacré sourire aux lèvres. Du coup, le set de Torche qui suit semble très fade, bien que nettement plus sérieux et carré qu’au Hellfest il y a 4-5 ans.

J’ai alors envie de perdre quelques calories accumulées via les steaks de fricadelle et choisit le set de Nina Kraviz pour remplir ce rôle. Sa minimale burnée est parfaite pour s’abandonner et la charmante demoiselle a quand même un sacré don pour les enchaînements et les contrastes d’un set mouvant et hypnotique comme je les aime. Sur la route pour Mark Lanegan, je croise un Hatebreed toujours aussi pro, mais je n’ai pas très envie de cela. Je préfère alors souffler un peu en attendant la légende à la voix de velours troué. Je n’avais jamais croisé la route de ce dernier, et pourtant j’ai eu ce à quoi je m’attendais, c’est à dire un set joliment orchestré porté par une voix exceptionnelle mais avec un leader qui à force de jouer la carte de l’autisme finit par lasser. Je ne dis pas que dans de bonnes conditions et avec moins de fatigue je ne serai pas reparti totalement convaincu de ce set, ni que j’y ai passé un mauvais moment car les chansons sont bonnes et la couleur générale captivante, seulement le maître de cérémonie m’a un peu laissé sur le bas côté.

Cela aura été tout le contraire avec Converge qui a su transcendé mes dernières forces alcoolisées pour me procurer un exutoire personnel d’une intensité rare. Par rapport à la semonce habituelle, le tout est équalisé de telle sorte qu’on a l’impression que Jacob Bannon s’est enfin acheté une voix (et bordel ça fait du bien !), mais en contrepartie la guitare et la basse sonnent un peu brouillon. Au final on y gagne quand même au change, et c’est un rouleau compresseur qui me passe dessus, avec quelques perles comme Heaven In Her Arms ou The Broken Vow et malheureusement un peu trop d’All We Love We leave Behind pour en faire un concert ultime du groupe.

Converge, par Romain S. Donadio (nouvel onglet)

Je l’ai dit juste avant, j’ai jeté mes dernières forces dans cette bataille, et l’alliance chaleur, boissons, et autres routines du festivalier déconseillées par le ministère de la santé, auront eu vite raison de moi. C’est donc aigri et ratatiné que j’essaie de rentrer, sans succès, dans un set drum’n bass bas du front d**’Amon Tobin** puis dans un JC Satan plus mou que d’habitude. Je me rends compte que j’ai besoin d’un break réparateur, faisant l’impasse sur une nuit qui semblait pourtant des plus prometteuses. Dommage, je vous l’accorde.

SAMEDI 20 JUILLET

Heureusement pour moi, ça va bien mieux en ce samedi matin, et après une bonne douche froide je suis d’aplomb pour la deuxième moitié de ce marathon belge. Le samedi qui s'offre alors à moi aura marqué la toute puissance du rap de qualité en 2013, ce qui me ravira au plus haut point, mais qui a l’air d’avoir ennuyé la plupart des potes rockeurs que j’ai pu croiser, dommage pour eux !

On commence avec les jeunes belges de Billions Of Comrades et leur bonne version de Block Party. Comme sur disque, le niveau technique, surtout vocalement, est des plus élevés, mais on notera une belle absence de charisme (les pauvres sont belges) et quelques chansons encore faiblardes. On reste dans le belge avec le jazz moderne de Stuff., agréable et reposant malgré quelques kitscheries sonores à base de saxophone numérique à proscrire le plus vite possible. On traverse plusieurs continent d’un coup pour les sud africains de Hiatus Kaiyote, mais pas longtemps car leur funk ethnique est des plus banal. Niveau banalité, la pop des belges de Pale Grey en tient également une bonne couche, au suivant !

Ambiance, par PoissonPoisson

Lee Scratch Perry est une légende et un producteur de génie caché derrière un bon nombre des trucs assez hallucinants qui ont éclos de la Jamaïque des années 60-70. On sait le mec avoir été aussi une énorme enflure sanguinaire qui traitait ses artistes comme des moins que rien. Ce côté là a l’air de s’être calmé, ce qui n’empêchera pas son backing band strasbourgeois ERM de paraître très en retrait du petit bonhomme tout rabougri teint en rouge. Et malheureusement pour nous, c’est pas Lee Perry qui pourra assurer le show à lui tout seul. Malgré quelques placements bien sentis, le bonhomme n’a plus de voix et finit par se ridiculiser.

Après cet enchaînement de concerts bien moyens, il fallait un électro choc, et ça tombe bien car c’est l’heure d’Apollo Brown & Guilty Simpson. Après 20 minutes d’un beatmaking de haut niveau du premier, c’est au tour de Dice Game d'être présenté par la paire, avec très vite l’inévitable I Can Do No Wrong. Franchement rien à redire sur cette performance, Apollo Brown joue typiquement dans le genre de sonorités sobres mais ultra puissantes que j’apprécie, et Guilty Simpson rap parfaitement là dessus, sans en faire trop niveau communication public, avec néanmoins quelques discours bien sentis sur la situation de Detroit, leur ville d’origine aux deux, et sur l’héritage de J Dilla. Quant on s’appuie sur un album aussi bon, et qu’on fait sur scène ce qu’il faut, forcément le résultat ne peut être que tonitruant.

Après ça le harcore/emo moderne ridicule de Bleed From Within et la mélodie du bonheur de The Herbaliser ne me parlent pas des masses, et je m’autorise le plaisir coupable du petit Mass Hysteria à l’heure de l’apéro, que franchement je ne regretterai pas, grâce à un son étonnamment encore plus gros qu’Hatebreed au même endroit la veille. Etonné par ce virage hardcore sans concession au niveau du son, je suis prêts à encaisser les discours naïfs de Mouss pour profiter d’un concert tout à fait honnête.

La session zapping qui suit commence par les petits jeunes (paraît-il) à la mode de Diiv, et leur new wave shoegaze bien brumeuse. Forcément cela me parle au niveau ambiance, mais les new-yorkais n’ont pas encore dans leur répertoire de quoi tenir une scène plus de vingt minutes sans lasser. Du coup je tente le Robert Glasper Experiment, ça groove de la mort, je me dis que la claque va être méchante, puis la troupe s’attaque à une reprise du Get Lucky des vengeurs masqués, et ce à gros coup de vocoders et d’effets immondes, tout ça pendant dix minutes. Alors certes il y a quelques interludes musicales vraiment excitantes, mais quand le morceau suivant repart à grand coup de vocoder, je lâche l’affaire pour tenter l’expérience Sunns, et bien m’en a pris. Il faut dire que ces gars là possèdent quand même un univers vraiment sombre et hypnotique comme il est rare d’en trouver dans la pop. Autre fait marquant, c’est qu’on se dit que le quatuor en est toujours au stade de la recherche, du coup on leur pardonne quelques errances de temps à autres, et on les regarde dérouler leurs chimères avec plaisir.

Ambiance, par Mathieu Drouet (nouvel onglet)

Sur la route du rendez vous avec les cultes Ultramagnetic Mc’s, on s’arrête quelques morceaux sur U-Roy, ou contrairement à Lee Perry le vieillard assure toujours. Après, ce genre de reggae pasteurisé me tient rarement longtemps en haleine, et il en aura été de même pour les Ultramagnetic Mc’s. La musique de la bande à Kool Keith a en effet quand même pas mal vieilli. On retrouve surtout ce sentiment bizarre d’entente pas optimale entre les membres, comme pour le Wu-Tang, et à l’inverse de Jurassic 5 qui jouait deux heures après. Je décide alors de tenter la carte de Comeback Kid, et là aucune déception à l’horizon bien au contraire. Les Canadiens nous ont en effet ce soir là servi un set au cordeau, constitué d’un enchainement incroyable de tubes où même si comme moi tu n’en connais pas la moitié tu chante à tue-tête chaque refrain. Tout est évident, joué avec les tripes, le public ne s’y trompe pas et réagit à l’unisson pour un beau moment de communion redorant un peu le blazon de cette Cannibal Stage qui aura quand même pas mal tiré la gueule pendant ces quatre jours.

Parfois l’effet de pub peut faire son effet sur moi. Du coup quand j’entends parler d’un rappeur, Oddisee, qui se produit avec une formation instrumentale complète, je me dis que ça peut valoir son pesant de cacahouètes. Et pour une fois j’ai eu le nez fin: le côté soul qui me gène un peu sur disque groove parfaitement, les passages plus rap old-school ont carrément de la gueule, tout cela grâce à un groupe qui n'est clairement pas là pour faire de la figuration. Par là dessus, Oddisee se promène avec aisance à l’aide de son flow posé et d’un charisme certain, pour un ensemble qui au final représentera un des meilleurs moments du festival, tout style confondus, et donc une sacré surprise.

Pourtant, si l’on devait garder qu'un seul de tous les fameux concerts de rap vu ce week-end là, cela serait bien celui de Jurassic 5, et ce haut la main. Les quatre mc’s et deux dj’s ont en effet survolé les débats, proposant un set bon enfant comme on pouvait l’attendre, mais surtout une cohésion de groupe inébranlable porté par un groove tonitruant et une énergie incroyable. C’est bien simple, il était impossible de ne pas se laisser avoir par ce concert tant tout s’enchainait à la perfection, avec en sus un son permettant pour une fois d’entendre autre chose que les basses d’une instru hip-hop. Une claque en bonne et due forme, vous l’aurez compris.

On est donc un peu sonné et encore à fond dans l’heure précédente quand on se faufile difficilement pour apercevoir quelque chose du set de Flying Lotus. Personnellement je n’ai jamais été fan du mec, essentiellement à cause de l’aspect rythmique de ses productions qui ne me convient ni pour l’écoute cérébrale, ni pour bouger mon cul. Quant on rajoute le fait que son dernier album est chiant comme la mort, j’étais des plus sceptiques. Au final, Ellison ne m’aura pas convaincu, mais par contre on ne pourra lui enlever son honnêteté pour ce live finement travaillé où l’on retrouve un mec investi à fond (depuis quand il rappe d’ailleurs ?) dans une scénographie certes grandiloquente (il joue derrière un écran immense criblé de projections rappelant la fin de 2001 L’odyséee de l’espace) mais néanmoins efficace. Au final on a donc affaire à un set mainstream bien branlé, qui contente les fans, mais qui se complait dans une facilité vite énervante.

Flying Lotus, par Damien Milan (nouvel onglet)

Ayant tout raté la nuit précédente j’essaie de pousser un peu plus loin la montre en ce samedi histoire de pouvoir bouffer un peu de musique électronique. J’attaque par Ben Pearce, que je ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam. Dans mon imaginaire, son set sonna très berlinois, avec un petit côté ensoleillé néanmoins nostalgique qui te fait te noyer dans des fumées sonores où chaque départ de beat t’enfonce plus loin dans les méandres de ton cerveau, et ce jusqu’au bout de la nuit. Je fais une petite pause bière-Venetian Snares où ce dernier m’a l’air de proposer un set un peu plus vivant qu’à l’habituel, tout en restant toujours aussi violent, mais mes neurones sont toujours à Berlin. Je retourne donc me finir sur Joy Orbison, mais au final ce dernier réussit beaucoup moins son coup que Ben Pearce et ne me fait pas reprendre la locomotive, ce qui m’encourage à jouer la carte de la tente assez vite.

Venetian Snares, par Jérôme Renaud (nouvel onglet)

Pendulum et Zomboy accompagnent mon endormissement, ça sent le public complètement happé par du formatage extrême, bref, je sais que je ne loupe rien et m’endors donc rapidement.

DIMANCHE 21 JUILLET

Les visages ont l’air bien tiré en ce dimanche matin, et mon voisin de tente solitaire a l’air bien emmerdé par la fille qui trône a côté de lui et qui ne se réveille pas. Je sens pourtant que mon organisme a encore de belles cartouches à tirer, qu’il s’est habitué au régime frite-bière-insolation, et qu’il est prêt à profiter des dernières heures à passer dans cet univers parallèle.

Avant de profiter, il aura fallu par contre sortir vainqueur du funk-jazz insipide de Def MonK, du yiddish sans saveur de Yew et du folklore irlandais fade de Buster Shuffle. Si je devais retenir un concert de ce difficile début de journée cela serait surement celui de Rohan Lee, rasta pompant allègrement les attitudes de Bob Marley mais proposant un set tout de même plutôt honnête et groovy. Histoire de dynamiter toutes ces bonne pensées, on profite avec grand plaisir du set des garageux belges du Prince Harry. Jouant à fond, et à juste titre, la carte du rebelle, brulant drapeaux belges en l’honneur de la fête nationale et expliquant que si on veut un tshirt il faut s’adresser à eux car le festival prend 40% sur les ventes, le trio sort vainqueur de cette tranche horaire bien matinale pour une musique respirant autant la bière de clodo.

Le Prince Harry, par Romain S. Donadio (nouvel onglet)

Le garçon étant résenté comme le nouvel Eminem, il me fallait faire un tour du côté du set de l’ado (en fait il a 26 piges) Watsky. A la vue d'un groupe de petits jeunes avec les chevilles plus grosses qu'un américain et un sosie de Selena Gomez en place de choriste, le constat est plutôt amère. Les compos de Watsky voguent elles très souvent du côté de la pop pour ado de mauvais goût que son flow monotone ne sauve pas, pour accoucher au final d'un genre de mauvais Why?. Si l'on enlève la brutte engagée par la production à la batterie, vraiment impressionnante de technicité et de groove, on a la mauvaise impression de se matter un épisode de Glee, et du coup il est vite fait de se demander ce que l’on fout là. Forcément, on se demandera la même chose en passant devant Raggasonic.

Dans le genre produit préfabriqué, les And So I Watch You From Afar sont pour moi le pire exemple actuel. Que l’on essaie pas de me faire croire que leurs hymnes de stades sous hélium pour jeunesse superficielle soit un quelconque renouveau de la musique instrumentale, ce style de groupes anglais ne fait qu’enchaîner riffs banals et pitreries stylistiques qui font bon effet mais faible repas pour cacher des compos insipides et plates. Terrifiant.

Kadavar, par Mathieu Drouet (nouvel onglet)

Heureusement il est temps de prendre la machine à remonter dans le temps, de se recoller la barbe, et d’headbanguer sans interruption sur les classieux Kadavar. Tout le monde est conscient de se bouffer du resucé de Black Sabbath, mais quand c’est si bien bien joué et si bien écrit, on ne fait pas la fine bouche longtemps. Que ceux qui apprécient sur disque foncent en salle, les trois gaillards assurent carrément le boulot. Le retour en 2013 est dur quand il est apporté par Youssoupha. Dur de juger du flow, des paroles, et des instrus du garçon, la tente est pleine, le gonze fait chanter sans arrêt son public remonté à bloc, du coup on peut même pas dire si c’était bon ou mauvais, bien que ça ait eu l’air quand même sacrément faiblard.

J’ai eu beaucoup de mal ces dernières années à me faire à la musique de Thee Oh Sees mais depuis leur virage bien plus psychédélique et velvétien des deux derniers disques, j’ai du moi aussi me laisser hâper par ces profilifiques et définitivement très doués californiens. De même, je m’étais bien emmerdé en concert quatre ans auparavant. Cette fois-ci, aucun ennui ne se pointera à l’horizon, le leader est complètement fou, l’interprétation frénétique et hypnotique, et la setlist construite parfaitement. Ce groupe devient une vraie référénce, et si ils enchaînent ce genre de prestations, cela sera bien dur de s’y opposer.

Il me reste trois concerts avant de devoir prendre la route du retour, et cette fin de festival aura marqué mon début de grand amour pour la nostalgie. On se dit alors qu’on vieillit méchamment, mais en même temps, merde, j’ai passé deux supers moments pendant IAM et les Smashing Pumpkins. Pour les marseillais, subjectivement, j’ai pris un pied fou à chanter Né sous la même étoile, La Saga, Petit Frère, ou encore Bad Boy. Objectivement, la version slam de Demain c’est Loin ne cassait pas 3 pattes à un canard, et Akhenaton a la parole un peu attaqué, si elle ne l'a pas toujours été.

IAM, par Jérôme Renaud (nouvel onglet)

Entre les deux leçons de nostalgie du jour jouait Two Gallants. Méconnu, le duo est pourtant emmené par un chanteur à la voix incroyable, et la musique dégage une énergie à l’arrachée comme on aime l’entendre. Quand on rajoute le fait que aussi bien dans le blues groovy que dans la balade tristouille le groupe sait captiver, on peut parler d’un sans faute.

Clotûre personnelle du festival, The Smashing Pumkins est avant tout le premier disque de rock que j’ai acheté dans ma vie. De leur reformation, j’en avais vu un excellent concert best-of bien méchant en 2007 au Pukkelpop, et un bide sans nom à Bercy avec 3 heures de set dont 1h30 en plein milieu uniquement composé de compositions récentes, molles et peu inspirées. Pour Dour, mis à part un son trop bouillon pour les passages les plus bourrins, on peut dire aisément que la prestation avait quand même bien plus de gueule. Comme d’habitude, c’est la faute à Corgan qui a enfin compris que faire sa tête de con ne servait à personne et que construire un set alternant les diverses périodes du groupe, ce n’était pas non plus la mer à boire. Au final, entre des Today, Tonight, Ava Adore, Bullet et autres Disarm, on a le droit à quelques extraits d’Oceania qui passent plutôt bien, rappelant que Corgan a quand même toujours un peu de talent. Si, par contre, pour la prochaine fois il pouvait comprendre que des covers d’Immigrant Song (Led Zeppelin) et Eruption (Van Halen) c’est interdit par la loi du bon goût, cela ne serait pas pour me déplaire.

The Smashing Pumpkins, par Jérôme Renaud (nouvel onglet)

Pour un premier Dour, je crois que j’ai pris ma dose. Au vue de la qualité et de la diversité de la programmation de cette année, le tout dans une chaleur de plomb, il fallait s’armer de sacrément de courage pour enchaîner les journées complètes. Du coup, entre les journées hip-hop/rock et les nuits électro, j’ai clairement fait le choix de la première catégorie, loupant par la même occasion surement un paquet de bons trucs. Sur le retour, mes covoitureurs qui sont sortis de leurs tentes à 23h tous les soirs m’ont dit que Booka Shade et Sub Focus étaient LES concerts du festival, je n’ai du coup peut être pas manqué grand chose. Depuis une bonne année, le hip-hop revient en force, se diversifie, produisant plein de merdes c’est sûr, mais toute une scène également assez passionnante, qui a l’air d’avoir enfin compris l’intérêt de monter de vraies bonnes prestations live. Bref, il reste à Dour d’acquérir le même niveau d’exigence sur la Cannibal Stage, assez insultante pour les musiques extrêmes, et on tiendra une putain d’année 2014.

Merci à tous les photographes pour la mise à disposition des photos, et à Sourdoreille (nouvel onglet) pour les vidéos.

Dr. Somath

Brasser la merde

2 commentaires

  1. Nifa

    Sympa ton live report, je m'y attendais plus d'ailleurs. On a fait quelques concerts en commun mais je dois dire qu'à part le jeudi, j'ai pas réussi à aller sur le site avant 18h, classique.

    Si ça t'intéresse : http://eurocks.xooit.fr/t44-DOUR-FESTIVAL.htm?start=60#p7565 (j'y ai pas mis la forme hein)

  2. Duff

    Me souviens pas de Eruption de Van Halen pour le concert des smashings (qui était d'ailleurs excellent). Par conter, chouette reprise de Space Oddity.

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