Concerts · 13 novembre 2013 · le 07 novembre 2013, Odyssud (Blagnac)
Enki Bilal, Erik Truffaz, Murcof - Being Human Being
Diaporama sur fonds de tiroir
Après le concert de Murcof cet été au festival Berlin Atonal qui avait atteint des sommets, grâce notamment au mapping vidéo 3D de Simon Geilfus du label visuel AntiVJ, le retrouver en compagnie du trompettiste Erik Truffaz provoque instantanément une certaine excitation. On se rappelle alors de leur coup de maître sorti en 2008, Mexico, et on salive déjà à la perspective de les voir réunis sur scène. L'attente n'est que plus grande quand on sait qu'un des grands noms de la bande dessinée française, Enki Bilal, sera également de la partie. Being Human Being est le nom de ce concert-graphique de 1h40 signé Bilal et Truffaz, où Murcof (électronique) et Philippe Garcia (batterie) les accompagnent pour cette performance en périphérie toulousaine.
La trame narrative est amenée par les dessins aux tons vert gris de Bilal, projetés en plan fixe ou mouvant via sa console tactile. Il usera en direct de vibrations, dédoublements, saturations et autres effets pour accrocher l'oeil et l'attention du spectateur et, malgré le flou amené par l'enchaînement des nombreuses planches sans rapport immédiat, il s'en dégage plusieurs parties. Après une première phase introductive marquée par des projections abstraites assez simples et le doux ambient-jazz du duo Murcof/Truffaz, arrivent les premières silhouettes humaines. Le live se teint alors d'une atmosphère plus inquiétante, signe annonciateur du chaos qu'apportera le genre humain : pouvoir, tensions, luttes, souffrance. Les plaintes vocales de Truffaz alternent avec les lamentations de sa trompette et font échos aux dessins de blessures, de corps démembrés et de squelettes. La couleur rouge se fait plus présente, matérialisant le coût du combat : WAR, distingue-t-on en lettres de sang. Des bombes sont lâchées au rythme des glitchs meurtriers de Murcof, soutenus par le rythme de la batterie, déversant malaise et appréhension dans le public.
De ses cendres renaîtra l'humanité : une nouvelle ère arrive, le bleu apparaît progressivement, suivi de quelques autres couleurs. Les portraits de personnages défilent, d'abord seuls, puis en couple, lors de scènes de baisers et de sexe. À la chaleur d'un violoncelle qui déploie ses drones, des animaux à la morphologie étrangement humaine côtoient des humains aux traits animaux ou en symbiose avec des machines, reflets d'une évolution à venir : ANIMALS / WE ARE, lit-on sur les lèvres d'un des personnages. On sent que les protagonistes arrivent au bout de leurs idées, les compositions commençant légèrement à s’essouffler lors de cette dernière partie. Les dessins s'estompent enfin au fur et à mesure dans le même esprit abstrait et épuré que l'introduction, sur les traits d'un avenir incertain.
On ne pourra pas nier la réussite musicale et esthétique du projet. Les sourdines et les boucles utilisées par Truffaz au cours du concert apportent leur lot de contrastes et s'adaptent sans peine à l'univers des planches de Bilal. Quant à Murcof, toujours aussi discret en concert, il est le ciment de ces diverses ambiances, soutenant cette fresque sonore de l'humanité. Si tout cela est musicalement très réussi et visuellement très beau, on pourra néanmoins émettre plus d'un doute sur l’apport réel de Bilal. En effet, celui-ci s’est contenté d’aller piocher dans ses anciennes planches, dont certaines ont plus de 15 ans, comme celles du couple Leyla et Nike, apparus dans Le Sommeil du Monstre en 1998. On assiste alors pendant tout le concert à un vide-grenier agrémenté de quelques effets, Bilal s’étant juste contenté de trier ses planches pour y ajouter une pseudo-narration. Si le néophyte pourra s’émerveiller devant ces magnifiques dessins, le lecteur averti se sentira escroqué face à une telle fainéantise, et préféra fermer les yeux pour oublier ce désagréable déjà-vu et se laisser porter par l'excellent trio de musiciens.
Photos : © Patrick RIOU

Brasser la merde