silent weapons for quiet wars

Concerts · 2 novembre 2012 · le 01 novembre 2012, Toulouse (le Bikini)

Festival La Petite invite #Worldwide Festival

Du clubbing éclaté, du clubbing exigeant

par B2B

Un constat comme valeur refuge : le public toulousain danse en toutes circonstances. Se moquant des qu’en-dira-t-on et du reste du monde, il fait preuve d’un investissement à toute épreuve. Et justement, hier, il lui a fallu outrepasser la relative désaffection de la foule. Malgré un line-up irréprochable, intelligent carambolage entre bass-music anglaise et techno racée française, le Bikini (nouvel onglet) toulousain sonnera bien creux avec une salle à demi-remplie. Fait d’autant plus regrettable que c’est la sémillante asso La Petite (nouvel onglet) qui est ici aux commandes en inscrivant la soirée dans le cadre de l’excellent festival La Petite Invite #Worldwide Festival. La programmation non pas pointue mais réclamant un minimum de curiosité peine à attirer. Il faut dire que la soirée fait face au rouleau-compresseur Koalition, énorme raout hardtek (si, si, ça cartonne encore par ici ce genre de truc), et que Toulouse, malgré sa population nombreuse, a du mal à jouer sur plusieurs tableaux en même temps. Dommage.

Je débarque sur les lieux en plein set de Joy Orbison (nouvel onglet), loupant au passage la prestation du français Chicky Boom (nouvel onglet). La mise en bouche de l’anglais est solide et limpide, alors même que la déstructuration est de mise. Son set varie intelligemment entre dubstep fine, bass-music vrombissante, house vocale et poussées acides euphorisantes. Le tout réussissant à prendre consistance au fil des minutes, Joy Orbison n’hésitant jamais à stopper la basse pour malmener le public et l’emmener vers les bas-fonds crados de l’east londonien.

A 00h30, Pearsoun Sound (nouvel onglet) (aka Ramadanman) prend le relais en gardant le rythme et l’esprit. Mais son set va cependant pêcher par moins de cohérence. Sans remettre en cause la playlist (ah, cette putain de migration vers la culture club de Baltimore et ce Bring In The Katz de KW Griff redoutable), c’est davantage les étranges connexions entre les morceaux qui sont à remettre en cause. Malgré cela, le public curieux ne file pas se réfugier vers une pause clope et tente de ne pas perdre pieds entre des rythmiques faisant le grand écart toute les 2 minutes.

De toute façon, il ne faut pas se leurrer, la grande majorité est ici pour se prendre un set de 3h d’Agoria (nouvel onglet) en pleine tronche afin de pouvoir rentrer l’esprit léger et les jambes lourdes. Le lyonnais est fidèle à lui-même et débute son set en calibrant directement la rythmique 4*4 libératrice. La première heure sera une mise en bouche parfaite, ente house progressive et techno acide redoutable. Agoria mixe avec cette fluidité qu’on lui connait, prenant un malin plaisir à dynamiter la foule via des montées fédératrices toutes les 3 minutes. Les bras se lèvent, le public est dompté. La deuxième heure sera encore plus fatale. Son Speechless conditionne la foule avant de muer vers la house-mutante de Daphni et son Ye Ye entêtant. Mais là ou Agoria excelle c’est dans sa volonté de toujours puiser dans les racines du genre. Ainsi, la troisième heure verra débouler nombre de tueries indépassables, du We’re Rockin Down The House d’Adonis au Work de Masters At Work. Le tout étant entrecoupé du rituel Code 1026 de notre hôte ou de passages typiquement berlinois. J’émettrai seulement un bémol concernant la dernière partie du set. Le pari de marier pop et anthems techno oldschool -aïe le mélange entre le Bang Bang de Nancy Sinatra et le Plastic Dreams de Jaydee- fut risqué. Agoria a du mal à finir et se perd quelque peu. Mais on lui pardonne tout d’autant que rarement un set n’aura été aussi dancefloor sans tomber dans la vulgarité.

Lorsque la lumière se rallume à 5h du mat’, le public, hagard, tente de retrouver ses esprits. Et force est de constater que la soirée fut à l’image du line-up, éclatée et exigeante, mais surtout ô combien exaltante.

B2B

Brasser la merde

8 commentaires

  1. Bombo

    C'est sympa cette lineup, ils pourraient l'exporter à Paris. Pearson je l'avais vu au Cabaret Sauvage et j'avais été vraiment déçu. Les deux autres j'adorerais les voir. Le mix qu'avait fait Agoria en marge de Fabric pour une univ française ou que sais-je était excellent (meilleur que le Fabric j'ai trouvé, qui était sympatoche sans défoncer) J'écoute les réfs que vous me donnez, jsuis passé à côté du NSCC. J'aime pas beaucoup ce sublabel mais merde, la piste défonce

  2. Bombo

    PS : "1 commentaires" CA C'EST VRAIMENT BRASSER LA MERDE QUAND MEME

    1. B2B

      En même temps, mon report semble faire consensus alors bon... (y'a même pas un fan de hardtek et du Koalition pour venir me traiter de bourgeois)

  3. zapatatra

    Merci! ça fait du bien d'entendre ce son de cloche... malheureusement pas par un toulousain. 90% de mes connaissances allaient à la Koalition, c'est une (bien mauvaise) tradition ici - et même pour nous faire danser au Bikini sur des artistes comme Âme, Pearson Sound, Agoria... il n'y a guère que La Petite pour se le permettre. Par contre pour des soirées dubstep dirty electro bien crades (on s'entend sur "dubstep", les trucs dégueulasses comme de la violence commerciale), le Bikini est rempli, ce qui ressent sur sa prog (alors que l'acoustique est énorme, c'est censé être une des meilleurs salle d'Europe, dommage). Et oui, d'un seul coup, Toulouse s'est mis à la House, - et ce fut Toulouse l'alternative - celle comme tu dis qui fais bouger le dancefloor sans jamais tomber dans la vulgarité. Même une salle comme l'Inox avait invité Martin Buttrich le week end dernier. Alors, nous toulousains résistants qui ne voulons surtout pas "brûler le dancefloor" (comme l'a écrit un peu bêtement l'un de tes collègues), sinon à force de le piétiner, nous modestes amoureux des pistes de danses et d'After exigeantes, avons pu enfin goûter à l'Underground non pas des petits bourgeois mais à celui des origines, de nos origines. Dandys peut-être, mais alors dans les caves, sous les spots, parfois légèrement amochés au petit matin, et fiers de l'être.

    1. B2B

      Et après, tu as les keums qui étaient à la Koalition qui te sortent des conneries du genre "Non mais ton truc au Bikini c'est un machin de bourgeois et c'est maintream". Woh. Là, je boue intérieurement et rigole clairement tant le parallélisme est foireux et mérite d'être retourné. C'est Laurent Garnier qui l'explique le mieux dans le documentaire d'Arte sur la techno (trouvable sur youtube pour les curieux) en affirmant que le mouvement d'n'b/hardtek, en se voulant initialement une réaction à l'explosion de la techno, est devenu son propre cliché et un concentré d'uniformisation autant musicale que vestimentaire et idéologique. Bref, Toulouse peine à se sortir des clichés éculés de la fin des 90's - début des 00's et ne semble pas prête à trouver un public aussi curieux et variés, tel qu'on peut le trouver dans quasiment toutes les grands villes de France (quand je pense à Lyon, Nantes, Bordeaux, Rennes, Strasbourg et même des villes plus modestes comme Reims ou Dijon, j'ai envie de me cacher). Ce n'est pas les assos que je remets en cause (merci à La Petite, à Regarts, aux Siestes, aux Jardins Synthétiques,...) mais le public, qui a des oeillères.

  4. nikki sonic

    Je te trouve un peu dur avec Toulouse. Si bien sûr l'esprit "free party" reste bien présent et que moi aussi j'aurais préféré voir le Bikini sold out pour Pearson Sound et Joy O, il n'empêche que certains événements dnb sont de qualité (la venue récente de Rockwell en témoigne) et que l'avant garde bass music , "post-dubstep"et house y trouve malgré tout un écho non négligeable.

    1. B2B

      Oui, je suis un peu dur mais es-tu seulement allé voir ailleurs ce qui se passait ? Prend n'importe laquelle des 10 plus grandes villes de France, sauf Nice, mais c'est un cas particulier, et tu le constateras par toi-même. Et putain, des évènements dnb, ok, il en faut pour tout les goûts mais sérieux, ça existe encore ? Il y a maximum un album de qualité par an (oh, et c'est le plus souvent celui de DJ Hidden ou alors en post-dnb avec ASC) et basta. Pour l'avant garde, à Toulouse, il y a de la marge. Impossible d'imaginer une soirée autour de Stroboscopic Artefacts par exemple. Pire, je suis persuadé qu'un mec du Berghain ferait un four ici.

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