Concerts · 1 juillet 2013 · le 27 juin 2013, Toulouse
Les Siestes Electroniques 2013
Rejeter ses certitudes
par B2B
Ça bouge du côté des Siestes Electroniques (nouvel onglet) toulousaine puisque cette année le festival s’étend sur quatre jours consécutifs (du jeudi 27 au dimanche 30 juin) et nie l’idée initiale des concerts allongés dans l’herbe en provoquant continuellement les certitudes du public. Pour cette édition, place au défrichage absolu pour un résultat à double tranchant : des concerts remarquables côtoyant des prestations dispensables.
- Jeudi 27 -
La crème du math-rock français, incarnée par Marvin (nouvel onglet), Pneu (nouvel onglet), Electric Electric (nouvel onglet), Papier Tigre (nouvel onglet), tous pensionnaires du label Africantape, avait tout à prouver à un public peu habitué aux guitares, à la sueur et la bière tiède. Le pari des Siestes ne fut pas difficile à remporter tant le principe du live quadriphonique de La Colonie de Vacances se révèle être une idée aussi géniale que ludique. Les quatre groupes se font face, se répondent, se renvoient la balle, jouent chacun leur tour, parfois ensemble, le tout avec une maitrise renversante, notamment sur un final chirurgical. La foule est dense, chacun cherche à se faire une place au milieu pour prendre sa claque. Parce que oui, La Colonie de Vacances livre là un des concerts les plus jubilatoires de l’année. Pendant 2h, le public s’éclate et les groupes ont le sourire qui grandit à mesure que le soleil décline. Timing parfait, concert mythique.
- Vendredi 28 -
Contre-pied total. Toulouse ne veut pas laisser le soleil s’imposer et laisse ainsi la pluie prendre l’ascendant. Le live quadriphonique de Dscrd (nouvel onglet), Polar Inertia (nouvel onglet) et Bipolar s’en accommodera en bloquant la rythmique à 112bpm et distillant une ambiance de teuf sous narcoleptique, au cœur de la jungle. La spatialisation sonore évite l’ennui car même si le travail sur les textures et ambiances est remarquable, il n’en demeure pas moins que cette techno dubbée est souvent redondante. Finalement, le mauvais temps sied bien à l’ambiance de ces révélations parisiennes. On finit par danser la capuche sur les oreilles, le regard noir bloqué sur le sol.
La nuit tombée, place à la fameuse soirée club située cette année à la Grainerie (Balma) dans un décor industriel idéalement adapté. Passé les warm-up de Cold et DIY Music Academy Live Jam, le teuton masqué Redshape (nouvel onglet) va délivrer un live acid-techno sous perfusion Detroit. Pendant 1h, on se retrouve en pleine rave 90’s, appuyé par un laser détruisant méticuleusement les rétines. Sans être parfait, le live de Redshape a le mérite de réveiller une foule dense et continuellement à la recherche d’un kick salvateur. Les italiens de The Analogue Cops (nouvel onglet) prennent la relève pour un live 100% analogique. Ça a beau être rêche et tendu, l’ennui pointe le bout de son nez. L’erreur est peut-être d’avoir programmé deux lives puisant leurs racines dans les mêmes modulations acides. Alors oui, ça tabasse sévèrement mais ça manque parfois de variations. Commençant à subir la fatigue, je reste à peine pour le début du set de DJ Deep (nouvel onglet) qui aura à coup sûr fait le boulot.
- Samedi 29 -
On attaque enfin le cœur de la programmation avec le traditionnel week-end de concerts gratuits, au jardin Compans-Caffarelli, rameutant une foule toujours plus importante. Le basque Panda Valium (nouvel onglet) ouvre la journée avec le projet Polygorn. Il s’est entouré d’un groupe live dans l’optique de mieux dynamiser sa techno aérienne. Mais il est bien trop tôt pour écouter cette techno-rock un poil trop bourrine. Dommage, on en attendait bien plus. Heureusement, le duo portugais Sturqen (nouvel onglet) (photo) va remettre les idées en place à un public de prime abord circonspect mais finalement attentif. Faut dire qu’on atteint ici les limites de l’expérimentation postcore-techno. Les mecs triturent leurs machines en niant toute forme de compromis. On aurait pu craindre une musique trop abrasive alors qu’au final, les textures granuleuses se font aussi douces qu’immersives. Un live de haut vol. Brillant !
Cut Hands (nouvel onglet) prend idéalement le relais avec son afronoise percussive. Bien que parfois foutraque, le live est rattrapé par les déhanchés outranciers de l’anglais finissant par réveiller le public. On rentre alors petit à petit dans cette transe tribale, laissant un goût d’acier dans la bouche. Mais gardons la blague pour la fin avec le set house de Boston Bun (nouvel onglet). Dès les premières mesures, on saisit que ça va être un carnage. Bienvenue à la fête à la saucisse avec un déballage de house vocal putassière et kitsch. Le revival house old-school ok, mais là, on touche le fond. Impossible de rester jusqu’au bout tant l’impression de se faire violer les oreilles s’accentue au fil des minutes.
- Dimanche 30 -
Ultime séance de déblayage musicale pour cette édition 2013 avec pour débuter le concert vaporeux de Paris Suit Yourself (nouvel onglet). Malgré une ouverture cotonneuse captivante, le live art-rock prend une tournure neurasthénique plombante. Heureusement, la cadre est idéal pour fermer les yeux et sombrer dans ses songes. La parenthèse sera de courte durée puisque l’anglais Andy Stott (nouvel onglet) (photo) va catapulter la foule dans des sphères techno d’une radicalité fascinante. Alors oui, ce mec nous pose problème chez SWQW puisqu’on hésite encore à le taxer de génie ou d’usurpateur. Son live va permettre de vite comprendre qu’il s’agit d’un tueur. En moins d’une heure, il va retourner toutes nos certitudes, se permettant de pousser son concept de dub-techno expérimental à son paroxysme, via des lignes de house cradingues, des digressions drum’n’bass saturées et des incursions acides redoutables. Une énorme claque dans la gueule !
Impossible ensuite d’adhérer comme il se doit à l’art-rock lo-fi de Spectral Park (nouvel onglet). L’horaire était peut-être mal adapté, tout comme le fait de les faire jouer sur une scène extérieur devant un public aussi vaste. C’est typiquement le genre de concert que l’on s’imagine dans une cave pourri aux murs moites. Dommage. Le festival s’achève sur une sucrerie totale, un live G-funk cheesy au possible. Redinho (nouvel onglet) assume pleinement le mauvais goût de sa musique, on se croirait en plein clip west-coast 90’s, vocoder à l’appui et keytar en renfort. C’est tellement outrancier que ça en devient un plaisir-coupable. On finit avec le sourire au coin des lèvres.
Large succès pour cette 12ème édition des Siestes Electroniques toulousaine, démontrant que le public est toujours prêt à modifier ses certitudes. On pourra dire ce que l’on voudra de l’assemblée toulousaine (savant mélange d’hipsters et d’arrachés, alors même que l’on est dans un bastion historique pour tous les hippies en herbe), il a le mérite d’être curieux et ouvert d’esprit. La programmation aura eu ses moments de grâce (La Colonie de Vacances, Sturqen, Andy Stott) et ses incartades gênantes (Boston Bun en tête) mais au final, on retient cette envie de défricher toujours plus, dans un souci de provoquer continuellement le public. Et c’est parti pour durer.

Brasser la merde
4 commentaires
mich
C'est ca, bonne chronique même si j'ai trouvé The Analogue Cops plutôt convainquant sur leur set ( plus que Redshape relativement mou); meilleurs souvenirs la colo et Cut Hands puis andy stott et son mix "touche à tout mais bien" pour le reste une année d'hipsters comme jamais c'est vrai aussi ;)
T2_M
Bonne claque Andy Stott, allant même jusqu’à jouer de l'acid :-)
B2B
Et c'était d'ailleurs complètement dingue à ce moment là. Le mec nous gratifie de lignes acid saturées à l'extrème, un pur bonheur. Je te renvoie cependant vers d'autres artistes bien plus couillus que lui actuellement comme Varg, Somaticae ou tout ce que peut sortir L.I.E.S. Records.
T
Je vais y jeter un œil et une oreille, je ne connaissais même pas Andy Stott avant de vous fréquenter sur Chroniques ;-). Bon taff les mecs.
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