silent weapons for quiet wars

Concerts · 30 octobre 2012 · le 26 octobre 2012, Centre des Arts d'Enghien-Les-Bains

Murcof & Simon Geilfus (AntiVJ)

par Aurélie S.

Dans le champ des musiques électroniques, les créations audiovisuelles sont désormais loin de se faire rares. A une performance qui peut parfois se révéler bien statique derrière un écran d’ordinateur, la dimension visuelle peut apporter beaucoup. Seulement voilà, il faut que le visuel ne soit pas uniquement là pour pallier les manques de la matière sonore, ou inversement. Il faut qu’aucun des deux ne fasse oublier l’autre, ne prenne le pas sur lui. L’exercice est délicat. L’image impose un imaginaire auquel l’auditeur doit accepter de se laisser prendre. Ce sont deux arts à la recherche de leur point de jonction, d’articulation. Deux arts qui se guettent, attendent un point de croisement. Prendre le son à la trace, sonoriser l’image. Ces deux notions devraient se mêler étroitement, pour ne laisser qu’une impression de fusion, de symbiose évidente, aussi imparfaite soit-elle, à la sortie du spectacle.

Murcof, c’est ce compositeur mexicain auteur notamment du magnifique Remembranza sorti chez Leaf en 2005, pour ne citer que celui-ci. S’engageant dans de multiples projets, il s’est allié à un membre du label européen AntiVJ (comptant bon nombre d’installations à son actif, comme aux Nuits Sonores), Simon Geilfus. Un projet présenté au public et à travers le monde depuis 2009, ayant fait un passage par MUTEK en 2011, et qui est accueilli au Centre des Arts d’Enghien-Les-Bains en cette fin de mois d’octobre.

Si la prestation de Murcof au festival Denovali avait manqué d’attrait - le mexicain semblant s’être contenté de lancer Ableton tranquillement installé derrière son ordinateur -, il faut dire que la collaboration de cette soirée s’avère bien plus intéressante. Pendant un peu plus d'une heure, la musique de Murcof va se faire immersive, palpitant au plus près des constructions géométriques de Simon Geilfus.

Une fois les deux hommes installés derrière les écrans quasiment transparents recevant les projections de Simon Geilfus, des lignes de drones s'installent par intermittence et semblent progressivement donner forme à un réseau tissé dans la précision et la rigueur géométrique, mais ne demandant qu'à s'en détacher pour prendre vie. Les structures amenées par le membre d'AntiVJ prennent possession de l'espace 3D en avançant sur le fil des attentes et des explosions générées par les nappes sonores. L'atmosphère est alors faite de spasmes. De calme et de saturations. De choses en gestation.

Puis, par moments, les couches de son se retrouvent fracturées par des beats hypnotiques et puissants, pour mieux nous happer dans un espace au sein duquel on a déjà perdu la notion de limite depuis longtemps. Derrière la dimension ciselée du graphisme, ses fragments de ciel étourdissants, c'est le vivant qui se bouscule. Car l'expérience est, finalement, organique. Ce sont des essaims qui tournoient sur eux-même, des cellules qui naissent et éclatent. Une expérience impressionnante, donc, le travail des deux artistes réussissant à se combiner pour un résultat des plus captivants.

Plus d'infos sur le projet ici. (nouvel onglet)

Photos : Aurélie S.

Aurélie S.

Brasser la merde

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