Concerts · 24 novembre 2012 · le 16 novembre 2012, Strasbourg : La Chambre, Stimultania, Hall des chars / Metz : Les Trinitaires
Musiques Volantes 2012
Explosion d'ambiances
par Booboow
Seconde édition à Strasbourg et 17ème à Metz pour ce festival qui explose littéralement les frontières. Qu’elles soient musicales, au vu des genres variés proposés, ou en matière de territoire où le festival s’étend de Metz jusqu’aux quatre coins de la France.
Retour en arrière sur quelques soirées les plus à l’Est.
06/11/2012 : L'étrangleuse @ La Chambre (Strasbourg)
Premier concert, ambiance intime.
C'est en tout début de soirée qu'un troupeau de curieux se rend dans un lieu inhabituel pour un concert : une galerie d'art. Peu commun, certes, mais nécessaire à Strasbourg, où la ville promet depuis des lustres une nouvelle salle dédiée aux musiques actuelles de capacité plus humaine que celle déjà existante.
Le concert du soir s’avérera être une entrée en matière tout en douceur mais non moins sans pics brûlants. Cet atypique duo lyonnais, guitare (Maël Salètes absorbé par ses nombreuses pédales) et harpe (Mélanie Virot, harpiste mi-mutine, mi-habitée), nous proposera un set varié et intime (la moitié du public sera assise aux pieds des musiciens). Quelques comptines vénéneuses chantées à deux voix (masculine et féminine), quelques titres plus folkloriques aux influences éthiopiennes et des moments plus fougueux presque punk ou Einsturzeude Neubautenien (sons trafiqués de la harpe avec de l'aluminium et divers objets).
11/11/2012 : Fordamage + Le Commander Keen @ Stimultania (Strasbourg)
Troisième soirée, ambiance gueularde.
La galerie Stimultania accueille les festivités électriques du soir. Le Commander Keen, jeune duo du cru, ouvre les hostilités avec un math-rock raide, tendance screamo. Un batteur qui tabasse et éructe, un bassiste/sampler/synthétiseur qui beugle et bidouille sa basse et son synthé pour un résultat bricolo-post-punk, ma foi sympatoche.
La tension va monter de plusieurs crans avec l'arrivée des talentueusement bruyants Nantais de Fordamage.
'Tendu' sera d'ailleurs le mot d'ordre du concert... Après quelques soucis technique, le groupe questionne son ingé son : ‘Tendu ou bien?’. Le public, taquin, houspillera entre les morceaux le groupe qui, rigolard, viendra se frotter et éponger sa sueur abondante sur les petits plaisantins. Les quatre membres du groupe donnent de la voix, ce qui rend le concert très peu linéaire. Ca gueule, ça se répond et on en prend plein la tronche.
Le groupe fait la part belle aux dernières compos saccadées et élastiques du très bon album Volta Desviada, mais les précédents albums ne seront pas en reste. L'hymne de Fordamage, Clean Dirty Water, clôturera le set, joué avec une maîtrise et une conviction qui font réellement plaisir à voir.
15/11/2012 : 100% Chevalier + Magnetix + Action Beat @ Hall Des Chars (Strasbourg)
Troisième soirée, ambiance psyché-bordélique bon enfant.
Action Beat dans le cul. Le collectif anglais ayant eu la bonne idée de ne laisser personne chez le garagiste à qui ils avaient confié leur van en panne à Paris... pendant qu'ils partent à la recherche d'un nouveau van à louer, le garagiste décide de secourir Zlatan qui a crevé un pneu sur le périph'... les Action Beat reviennent au garage et découvrent le garage clos... leur van et leur matos bien entendu à l'intérieur... Chapeau les mecs!
Du coup la soirée, se voyant amputée de sa tête d'affiche, devient gratuite, pour le plus grand bonheur des punks à chiens.
La soirée s'ouvre avec le tout jeune combo math-rock Strasbourgeois 100% Chevalier rebaptisé pour l'occasion 100% Beat. Ils tiennent la dragée haute (sur quelques titres) à Electric Electricen tant que Battles strasbourgeois version discoïsante. Batterie frénétique et sèche, basse ronde et funky et guitare tricotée pleine d'effets font de ce concert une belle découverte. Un premier E.P du groupe devrait être disponible au printemps de l'année prochaine (peut-être même sur un prometteur nouveau label strasbourgeois).
La tête d'affiche reviendra donc tout naturellement à l'excellent duo bordelais Magnetix, signé sur le nom moins excellent label Born Bad.
Batteuse à frange et marinière sur un kit de batterie minimal, guitariste fou à chemise orientale. Nous aurons droit à une bonne heure de punk garage psychédélique teinté de fuzz et de reverb. On retiendra des versions énormissimes des titres Living in a box et Drogue électrique, rallongés pour l'occasion et truffés de changement intempestifs de rythmes sur ces putain de riffs déflagrateurs qui mettront d'ailleurs Stéphane, le guitariste chanteur, dans une transe électrique.
Branlage de manche, batterie à pulsation cardiaque, suçage de jack, stimulation des pédales, fessage et éjaculation de guitare nous prouvent encore une fois le magnétisme sexuel et animal du groupe.
16/11/2012 : Action Beat + Do Make Say Think + Soft Moon + Ty Segall + Zombie Zombie @ Trinitaires (Metz)
Quatrième soirée, ambiance sheitan.
Les trinitaires, pour ceux qui ne le savent pas, sont un ancien couvent, et la soirée se déroulera principalement dans trois endroits: la chapelle (grande salle), le caveau (petite salle) et à l’extérieur, parce qu’il faut bien s’encrasser les poumons.
On arrive juste après le démarrage des canadiens de Do Make Say Think, en se demandant si c'est bien eux... il manque par rapport à leur dernière visite en France, trois musiciens (sax-trompette-violon), et ce premier titre (Do) déconcerte... D’autant plus que Justin Small, guitariste, est habillé au couleur du groupe néo-grunge METZ.
2ème titre et nouveau fait singulier... il est 21h30 et un vieux bab bourré commence à faire chier le groupe sur la scène... avant de se faire éjecter tant bien que mal par trois mecs de la sécu.
L'aspect, si je puis-dire, fanfare post-rock du groupe a disparu, aucuns chœur lalalaisant, beaucoup moins de cuivres, plus de grosses guitares. Le concert fera la part belle à tous les albums du groupe (cf setlist) et le plaisir d'entendre certaines vieilles compos (Landlord is Dead) ne sera pas boudé. Seul hic, le son est un poil brouillon.
Pause bières/clopes avant LE concert de la soirée : Ty Segall.
Et vindiou, il assure le bougre! Le son n’est toujours pas au top, la batterie et la voix sont noyées sous le garage rock dynamité et sous hautes influences du quatuor. On pensera à Nirvana, au regretté Jay Reatard (dont Ty Segall est un portrait craché) ou encore au Beatles sous speed. Le décibel-o-mètre passera rarement sous les 100 pour un show joué au lance pierre.
Concert fini, en sueur mais le sourire aux lèvres, on découvre avec joie que DMST jouent en acoustique une impro plutôt trippante pendant 20 minutes dans un petit auditorium. Ne reste plus au programme que les corbeaux San franciscains de The Soft Moon, qui délivreront un show de new wave enfumée, peut-être un poil moins chiant que lors de leur passage à la Route du Rock cet été…
La soirée se terminera par un show bondé de Zombie Zombie dans le caveau dans lequel les places sont chères. Après une petite attente on découvre un sosie de Peter Griffin en chair et en os derrière une armada de synthés, et c’est plutôt effrayant…
18/11/2012 : Sole + Numbers Not Names @ Hall des Chars (Strasbourg)
Dernière soirée du festival, ambiance sis-mic.
Co-fondateur d’ Anticon ayant quitté le navire, Sole revient en solo au Hall Des Chars plus prolifique et engagé que jamais. Laptop habillé d’un énorme autocollant OCCUPIER, Sole résume son style « Pour ceux qui ne comprennent pas tout parce que je rappe vite : Shit happens & Bullshit » ! Le rap au flow rapide du MC fustige les maux du monde… okay c’est cool d’être engagé, mais faudrait penser à ré-engager le Skyrider band, histoire que musicalement on ne se fasse pas trop chier. Heureusement le bonhomme a de l’humour : « Rapprochez-vous ! Ne laissez pas ce trou béant devant moi… Vous avez peur de mes maladies d’Américains qui résistent aux antibiotiques ou quoi ? ». Ou loupant le début d’un morceau « Nan, nan, nan, celle là je la fait pas finalement, c’est trop joyeux. Vous préférez quand je vous hurle dessus, nan ? Bon allez je la fait quand même ».
Ce qui manquera au rouquin fera la force des Numbers Not Names : flow furibard, beats lourds, rythmiques hypnotiques et brises-os.
Oktopus dirigeant tel un chef d’orchestre Chris Cole et Mitch Pirès aux batteries sismiques. Alexei Casselle, véritable pile électrique survoltée attirant tout les regards, bondissant, haranguant et venant se mêler à la foule pour apprécier la puissance de ses compères. Il présentera les membres du groupe un à un avant de se présenter lui-même avec un negro spiritual a cappella fracassant.
Les titres s’enchaînent à une vitesse folle : l’hypnotique Night Train, le « smash single » Numbers Not Names, et même le titre Cold War sounds qui ne me plaisait guère sur album m’a littéralement emporté. Le concert passera tellement vite qu’Alexeï avant d’entamer Stand your ground, meilleur titre de l’album et avant dernier titre du concert, s’étonnera : ‘Aw Shit, We’re here already’.
La dernière bombe lâchée par les NNN sera What’s The Price ? au final cyclique. Alexei et Oktopus quittant la scène l’un après l’autre, laissant libre court à un duel de batteries interminablement trippant. Grosse claque.
Au final, et comme prévu, Musiques Volantes éclate bel et bien les frontières mais aussi nos tympans. On en redemande pour l’année prochaine !
Un grand merci aux photographes. Respectivement : Jennifer Noesser (L'étrangleuse, Fordamage, Magnetix), Mélodie du Nelson ( Do Make Say Think, Ty Segall) et Vincent Lavigne (Numbers Not Names).

Brasser la merde
4 commentaires
Simon
Sympa cet article ! Vous n’êtes pas resté pour Lone et Pantha du Prince ?
Booboow
Malheureusement non, il fallait rentrer sur Strasbourg...
ECL-R
Notre vidéo des soirées Musiques Volantes : http://www.youtube.com/watch?v=lklS5XEZq0w
Mr B
Et hop, un compte-rendu complémentaire pour l'étape rennaise du festival : http://alter1fo.com/ty-segall-the-soft-moon-tristesse-contemporaine-lantipode-une-derouillee-memorable-61304 Grosse fessée de M. Segall également.
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