silent weapons for quiet wars

Concerts · 26 décembre 2012 · le 30 mai 2012, Barcelone

PRIMAVERA SOUND FESTIVAL 2012

Gamberge espagnole.

par Mattooh

J’ai craqué : j’ai pris mon pass pour un festival de moustachus, en Espagne qui plus est, et puis j’ai pris un billet d’avion et comme si ca suffisait pas, j’y suis vraiment allé. A un festival qui n’hésite pas à célébrer des tocards aussi pénibles que Animal Collective, Atlas Sound ou The XX. Oui, mais la nouveauté cette année, c’est que le Primavera s’est mis au métal. Stupéfaction dans la communauté des indie-dudes à l’annonce de la prog’ : que font ces Napalm Death, ces Mayhem, ces Liturgy et ces Godflesh au milieu de mes anglais anorexiques à grosses lunettes? Faudra-t-il à l’avenir se taper des hipsters aussi aux concerts de black metal ?

C’est ce que je suis allé voir pour toi, lecteur circonspect. Avec d’autant plus d’enthousiasme que cette année, et pas seulement en musique avec des balloches qui dépassent du futal, la programmation est d’une excellence assez affolante.

Le Primavera, c’est 3 jours de concerts intensifs sur un site excentré en bord de mer (Parc del Forum), du joudi au sadi, et quelques concerts gratuits en ville, sur divers sites (place de l’Arc de Triomf, parc de la Ciutadella, Sala Apollo…) pendant le festival mais aussi le credi et le gromanche.

Credi : la journée des grands enfants

Je fais le déplacement dès le 1er jour, pour tâter de l’ambiance en centre ville. Conformément à une de mes plus fondamentales règles de vie, j’arrive en retard et loupe plein de trucs pour assister aux concerts des Wedding Present et des Walkmen. Deux shows assez anecdotiques, des chansons pop-rock honnêtes et bien jouées pour les 2 groupes, mais qui retiennent moins mon attention que les premières San Miguel écoulées en territoire ibère. Puis viennent les Black Lips, et si la bière non coupée a pu a cette heure infléchir mon impitoyable jugement, il n’empêche que c’est déjà plus enthousiasmant. Flower punk de branquignols fait avec 3 bouts de cordes de guitares, c’est euphorisant et parfaitement adapté pour boire des coups au milieu d’une foule bigarrée venue parce que c’est gratuit. La soirée se terminera dans un feu d’artifice de papier toilette (premier indice des tendances scato du gang), mais les Black Lips lors du Primavera 2012, c’est un peu les Dionysos ou Shaka Ponk des scènes françaises cet été : ils seront partout, tout le temps.

Joudi : la journée forte

Après récupération du pass bracelet + carte magnétique (la crise ? quelle crise ?) en centre ville (stratégie censée éviter une attente délirante à l’entrée du site, mais qui perd en pertinence quand tout le monde fait la même chose ; le bouche à oreille, c’était mieux avant les smartphones), je débarque sur le site principal du festival.

Et mes derniers doutes volent en éclats et se dispersent dans la Méditerranée : cet endroit est mortel, parfait pour un rassemblement d’esthètes en goguette avides de concerts frénétiques mais racés. Situées sur un ancien site des JO de 1992 peinant à se reconvertir, les 8 scènes s’étalent sur un immense espace en béton et profitent d’un relief naturel pas naturel qui donne pas mal de cachet au lieu. Recoins, descentes, escaliers, petits passages étriqués, on s’amuse à découvrir tout cet espace et on apprécie les nombreuses possibilités d’assise et de surplombement qu’offre un tel terrain de jeu. Et puis mec, on est en bord de mer. Ah c’est autre chose que le champ de poussière dégueulasse de Dour, hein. Et s’il y a bien comme partout de l’électro médiocre à 5h du matin, on évite le spectacle navrant de voir des pouilleux défaits agiter leurs dreads en cadence ; ici, c’est la mèche qui chaloupe.

Soucis : on se rend compte des la première nuit que marcher toute la journée sur du béton détruit les pieds vachement plus vite qu’arpenter les grandes étendues herbeuses festivalières habituelles, et surtout, surtout, le vent associé à l’usine d’incinération de déchets toute proche rabat à fréquence irrégulière un fumet coupe-faim et tue l’amour extrêmement déplaisant. Surement le prix à payer pour ne pas se taper Dionysos dans la programmation, me dis-je, philosophe.

Avant l’entrée sur le site, je me suis quand même repris une petite dose de Black Lips, qui jouaient dans le Red Bull Tour Bus stratégiquement disposé sur le parvis de l’Auditorium, avant les barrages nazillons. Encore une petite demi-heure de mise en jambe totalement bonnarde, mais j’ai raté -si j’en crois les rumeurs- un grand moment de transgression : un membre des Black Lips aurait déballé le sien pour uriner sur les parties hautes de la petite foule ondulant à ses pieds. Rock’n roll ?

Bref, premier concert « payant » et premier parpaing, avec un set lourd et carré de A Storm Of Light – le groupe de Josh Graham, qui s’occupe des visuels de Neurosis et sévit aussi chez les instrumenteux de Red Sparowes. Totalement archétypal et sans génie, mais contrairement à leurs premiers shows on n’a plus l’impression d’être face à un clone médiocre de Neurosis. Aujourd’hui, ils sonnent comme un honnête rejeton de la Neurot family, un second couteau dont on attendra jamais rien mais qui assure d’honnêtes premières parties, ou comme aujourd’hui autorise d’efficaces headbangs au soleil, face à la mer, le sourire aux lèvres. Tu connais Amen Ra ? Tu connais A Storm Of Light.

En fait ce concert était peut-être complètement à chier mais j’étais tellement content d’être la, dans les gradins de cette belle scène ATP en bord de flotte que franchement, ca n’a aucune importance. Tu veux de la fine analyse journalistique ? T’en as.

Archers Of Loaf ressemble ensuite a une mauvaise blague pop-punk, un peu comme si on était encore en 1999 et que personne n’y trouvait rien à redire. Je m’offusque et file voir Iceage, qui comme à la Villette Sonique une semaine plus tôt, m’ennuie rapidement. Leur set live est une brève démonstration de crust-punk bien foutu, mais trop retenu et redondant pour fixer l’attention. Prends ton manteau, on s’en va.

Jamais dépourvu de mon solide bon sens de festivalier à qui on ne la fait plus, je me tiens soigneusement à l’écart de la vaste blague Grimes (don’t believe the hype, plus que jamais valable en 2012) et m’installe devant Lee Ranaldo, qui déçoit un peu. Un agréable moment de pop-rock, mais sa prestation sonne rachitique par rapport à la luxuriance des arrangements de son premier album solo écoutable sorti il y a peu, avec ses coulures de guitare dorées de Nels Cline et ses tout plein de petits arrangements beaux et soyeux. La présence de Steve Shelley ne suffit pas non plus à rendre justice à son très bel album, si bien que je finis par partir avant la fin voir ce que les Afghan Whigs ont à proposer.

Bon, j’hésitais parce que j’ai un problème avec Greg Dulli. Belle voix, quelques belles chansons, mais alors aussi et surtout une capacité à en faire des caisses dans le lyrisme éraillé, catégorie Zucchero/Axl Rose. Il m’a par exemple pourri l’album et le concert des Gutter Twins en 2008 (malgré la classe sobre et tatouée, de son inaltérable collègue Mark Lanegan) et je le tiens pour coresponsable de la grave déroute lyrico-cheap de l’avant-dernier dEUS, ce qui fait quand même beaucoup pour un seul homme. Et bon, je n’ai vu que 3 ou 4 titres (la fin du concert en fait), mais il a été réglo, le Greg. Cela sonne certes un peu rock FM des années 90, genre basse profonde, guitares discrètes et claviers un peu envahissants (si vous voulez mon avis, les claviers sont toujours un peu envahissants), mais Dulli (sévèrement amaigri) se tient à carreau. C’est tout à fait plaisant à entendre, un peu moins à regarder quand même puisque Dulli semble avoir puisé la motivation de son régime dans l’adoption d’une attitude de vieux beau à la Morrissey, avec mèche et t-shirt moulant col en V comme même un Tom Barman n’oserait pas. Du genre qui fait rêver les ménagères, quoi.

A ce stade, nonobstant mon inexpugnable envie de voir un maximum de trucs (vous connaissez le prix du pass?), l’horizon reste assombri par un impitoyable dilemme : je dois choisir entre Mazzy Star, Mudhoney et White Denim. Torturé est l’esprit du festivalier trop gâté. Ayant prévu de revoir les premiers cet été, et ayant déjà pris une secousse considérable devant les seconds a la Villette Sonique, je choisis les derniers, de jeunes texans qui tournent très peu en Europe et dont le dernier album m’a obsédé pendant de belles et insouciantes semaines de 2011. Bonne pioche, puisqu’il s’agira du meilleur concert des 3 jours. White Denim, donc : pop, rock, psyché, hard, funk et jam-rock s’entremêlent et se confondent au cours de 50mn d’une intensité terrifiante, sans blanc entre les chansons (!) et avec donc un minimum de blabla. Comme si une hystérie propre à de plus en plus de groupes modernes venait chahuter un classic-rock hyper vintage. L’assise rythmique et la complicité basse-batterie sont relativement traumatisantes, avec ce batteur au feeling jazz-rock qui donne l’impression d’une démo perpétuelle. Sauf que le groupe n’improvise pas et reproduit bel et bien ses compos, tout en tension pour éviter l’écœurement, pourtant jamais loin quand on balance autant de notes à la seconde (Mars Volta, je vous vois). Les parties de guitares sont du même tonneau, les deux préposés (dont le chanteur, qui balance des choses pas croyables tout en assurant un impeccable chant pop-soul exalté) moulinant eux aussi leurs propres parties comme si c’était facile (rappel : ça ne l’est pas), le tout garanti sans branlette. Occasionnellement aussi, un peu de simplicité, car White Denim sait savourer le plaisir simple de balancer une indie-soul gluante, en bord de mer devant une masse hispanique au taquet. Bref, j’ai pris un pied de coquin.

Le public aussi, notamment durant le couplet en espagnol de la fusée « El Hard Attack DCWYW. », balancé la bave aux lèvres par le chanteur qui sent bien qu’il est temps de battre le fer espagnol tant qu’il est chaud comme une baraque à paella. A partir de là, on peut dire que la journée est bien lancée, d’autant que la San Miguel, opportune, fait son effet.

Je m’offre une descente sur les derniers titres de Mazzy Star, dont je n’entendrai que de longs larsens post-shoegazing émanant d’une scène dans la pénombre, comme si l’armistice venait tout juste d’être signé. On dirait que par la aussi, ça a trippé sévère durant la dernière heure.

Et c’est pas fini, puisqu’il suffit de quelques pas pour se retrouver impeccablement placé pour Wilco. Bordel, Wilco. Le groupe le plus classe du monde connu, qui atteint sur cette tournée 2012 un niveau de talent et de coolitude révoltant. Vous avez vécu leur fabuleux concert parisien, eh bien ça s’est passé à peu prés pareil ici, compacté en 1h30. Sauf qu’au lieu de tirer la gueule devant des parisiens qu’il déteste manifestement (cf. le bien connu problème que Wilco a pour jouer en France, et encore plus pour y refourguer des disques), Jeff Tweedy n’est que sourire et douceur pour son public espagnol, qui le mérite bien : la foule réagit à chaque intro (même récente, comme quoi y’a bien qu’en France qu’on est resté bloqué sur Yankee Hotel Foxtrot), chante bien la moitié des chansons en chœur, et se permet même ça et là de reprendre un solo a la bouche (!). A ce moment, mon coin de Primavera n’est plus qu’amour, plaisir béat et plus belles chansons du monde. La setlist alterne classiques remaniés et nouveautés impeccables, guitareries punitives et folkeries delicates, tout cela avec un Nels Cline incandescent, un Jeff Tweedy en patron débonnaire à la voix d’or, et un John Stirratt déchainé aux futs. Très haute tenue, rien à jeter. Wilco for president. Wilco on top of the rock. France, une fois encore, tu n’as rien compris.

Et comme si ca ne suffisait pas, on se prend maintenant un Refused dans les dents, avec d’autant moins d’hésitation que Matt Spike de Sleep a eu la bonne idée d’entrer en cure de desintox au pied levé, et, subséquemment, de planter tout le monde. Le son des suédois est démentiel, le set également. J’observe ça assis sur les hauteurs –le béton, remember– et tout est assez impressionnant : la performance du groupe, précis et puissant comme dans nos rêves, mais aussi la quantité de gens massés devant la scène, qui pogottent à l’unisson pendant tout le set, mais surtout pendant « New Noise », bien sûr. Ensemble, ces 5 types ont encore tout leur mojo et même les speechs de Dennis Lyxzén ne gâchent pas notre plaisir puisque le sien est évident : peu importe l’opportunisme de cette reformation (rapport au discours du groupe lors de sa séparation (nouvel onglet), mais en 2012 plus que jamais il faut bien manger), quand la musique est aussi bonne... C’est un monument du punk-hardcore qui reprend vit ici, et ces chansons font un bien fou.

Ma journée s’achève ainsi, tant pis pour Spiritualized, on les reverra à Saint-Malo sous la pluie. DODO. Demain matin, greffe de pieds au petit dej’.

Dredi : le changement, c’est maintenant

Autant le dire, le meilleur du festival est derrière nous. Ou derrière moi, en tout cas. Sur le papier le joudi était la journée que j’attendais le plus, impression confirmée sur place.

Aujourd’hui, c’est Royal Baths qui joue au sommet du Red Bull Tour Bus et se retrouve charge de faire coucou aux festivaliers arrivant, le pas lourd et la bouche pâteuse. Au programme : dandysme western-indé, avec une pointe de kraut et une léchouille de psyché. Ces gens sont branchouilles à mort avec leurs dégaines négligées-travaillées, mais ils ne sont bien sûr pas aussi pathétiques que les Kills et c’est une très bonne mise en bouche pour accompagner le siphonage d’une Estrella tiédasse avant l’entrée sur le site.

Other Lives sur la grande scène, so 2012 : les barbes sont là, l’origine craignos aussi (l’Oklahoma, + 12 points sur l’échelle de la crédibilité terroir), c’est beau et chiant, Pitchfork a surement adoré. Encore une fois, je les gausse pour le principe, mais c’était sympa.

Bide et musique ensuite avec Chavez, sur la scène Mini perdue au fin-fond du site. Matt Sweeney enchaine les interventions hilarantes et pince-sans-rire (« I had a dream last night; we were playing in Spain, we were right next to the sea, I couldn’t speak spanish, our bass player had a moustache... it was a fucked up dream ») devant un public clairsemé et ne manifestant pas la moindre réaction. Foutus fans de Sonic Youh. La panoplie 90’s est de sortie : chansons alternatives jouées au ralenti avec une disto bien baveuse, l’air de rien, totalement uncool et hors tendances. Pas dégueulasse du tout, comme du Jay Mascis downtempo avec de l’humour et sans les solos. Dinosaur Sr., un peu.

Sur la grande scène, dandysme et volupté avec Rufus Wainwright. Chant sur du velours et piano à queue, j’ai beau vouloir le détester très fort pour le principe (a-t-on franchement besoin d’un Benjamin Biolay anglophone et métrosexuel ?), tout ca ne m’est pas désagréable, bien au contraire. Simplement, je trouve terriblement embarrassant d’aller au Primavera pour voir Refused et les Melvins, et de rentrer à Paris en annonçant que j’ai découvert Rufus Wainwright en live et que j’ai aimé ça.

D’autant que, excusés par leur médecin, les Melvins nous laissent seuls face à War on Drugs, que je ne connais pas. Les salauds. Cette voix… nom de Dieu, j’ai soudain l’impression d’être face à Perry Farrell avec une grosse barbe, et un clavier à la place des danseuses. Je vous laisse imaginer la perte de score vertigineuse sur l’échelle du sex-appeal. J’ai de sales pensées. J’ai envie de secouer des épaules, les gens ne semblant pas se rendre compte que nous sommes ni plus ni moins que face à un Simple Minds pour hipsters. Un jour peut-être, les moustachus de la terre se réveilleront, vieux et imberbes, et regarderont ce qu’ils écoutaient en 2012 comme on regarde le pire des années 80 : avec dégout de soi, et une incompréhension mêlée de dérision. On a tendance à l’oublier, mais dans les années 90, on déclenchait des fatwas pour moins que ça.

Prends ta bière, on s’en va.

Avant cela, The Cure débarquait bien à l’heure pour être sûr d’avoir assez de temps pour jouer. Car quand The Cure vient, on leur prévoit un créneau de 2 heures mais ce n’est pas encore assez : des affichettes annoncent sur le site que Bobby assurera 15mn de temps supplémentaire. En réalité, c’est d’une cure de 3h que les corbeaux ayant envahi le site depuis le matin vont pouvoir se repaitre. Curieux public d’ailleurs, qui bafoue allègrement une des lois implicites les plus élémentaires du code du festivalier (ne JAMAIS porter le t-shirt d’un groupe présent le jour même) et semble agacé de se retrouver face a des concerts de pas-les-Cure à chaque coin de rue.

Je reste 30mn sans bouder mon plaisir : plein de tubes, chant perçant parfaitement juste, un vrai batteur, les papys sonnent encore très bien. Robert Smith n’en finit plus de gonfler, il est aujourd’hui tellement bouffi qu’il ne pourra bientôt plus chanter sans se charcuter l’intérieur des joues ; mais ça, c’est son problème.

Du côté de Napalm Death, les hipsters découvrent le grindcore et ils aiment ça, les bougres. Ils ont raison, c’est vachement bien. L’effet de surprise semble emporter l’adhésion donc oui, il est probable qu’à l’avenir, les moustachus se mélangent de plus en plus aux barbus pour mettre clairement en minorité les rasés de près dans toutes nos fosses préférées. A surveiller.

Je ne m’éternise quand même pas, parce que ce soir ma priorité va à Dirty Three. Me voilà face à une sorte de trad-jazz-rock-kung-fu, avec Warren Ellis en MC ninja qui distribue des coups de pied à hauteur de tête de hordes d’assaillants imaginaires. Le plus grand bouffeur d’arche de violon du monde civilisé, avec presqu’autant de pilosité et de classe que Napalm Death, en fait. Le résultat est quand même très free, et finit par m’ennuyer.

Je préfère ensuite Codeine à M83 pour des raisons de proximité, et leur slow-core ajouté à la fatigue accumulée, le cul posé dans les gradins, n’arrange pas ma motivation. C’est de très bon goût, mais l’ennui revient vite et je décide d’en rester là pour la journée, tant pis pour Death In Vegas et The Men.

Non loin, il ne fait aucun doute que The Cure joue toujours.

Sadi : le troisième tour

La journée de concerts commence en plein cagnard au Parc de la Ciutadella, avec des Obits en sueur. Prestation excessivement sympathique d’un groupe qui ne l’est pas moins, mais clairement leur place est plus au fond d’une cave ou sur une micro-scène nocturne que dans ces conditions de lutte acharnée contre une déshydratation spontanée. Le grain de voix éraillé de Rick Froberg est néanmoins un vrai plaisir à découvrir en live, surtout après avoir lamentablement raté le passage parisien des Hot Snakes, quelques mois plus tôt.

Un petit tour en ville plus tard, les choses sérieuses reprennent dans le coton au Parc Del Forum, avec Sharon Von Etten sur la grande scène. Encore du petit lait pour qui aime la pop-folk feutrée, véritable mamelle du public du Primavera, ne l’oublions pas. Ca ne m’émeut pas plus que cela, mais il faut avouer que son set a une certaine tenue.

Sleepy Sun vient alors salutairement me botter le cul : concert délicieux au coucher du soleil. Ces jeunes gens ne ressemblent à rien, la chemise dans le jean et le cheveu gras au vent, mais après un an et demi d’adaptation ils parviennent à faire oublier l’absence de leur chanteuse démissionnaire. Le son est ample, lascif, psyché. Distorsion et voix s’entremêlent fabuleusement et ces chansons dégagent un naturel alarmant, comme si elles coulaient depuis leurs doigts et s’écrivaient, se jouaient toutes seules. Gros, gros kiff, et il était temps.

Les Kings of Convenience n’étaient, sur mon programme, qu’une agréable bande-son pour une pause sandwich sur le carré d’herbe surplombant la grande scene. Mais après une introduction en duo folk (« Voilà donc ben, Simon je te présente Garfunkel ; Garfunkel, Simon ») un tournant funky acoustique est pris et leur coco-pop sobre et sympa comme pas possible me fait clairement lever le nez de mon bocadillo au jambon Iberico ; excellente surprise.

Histoire de ne pas quitter le festival sans avoir posé mon cul dans un fauteuil moelleux (vraiment, allez voir le prix du pass), je fais ensuite un crochet par l’Auditorium pour aller voir ce que le texan Josh T Pearson a à nous dire. Avant ce concert je n’ai aucune idée de ce que le gazier a pu faire depuis la fin de Lift To Experience, et si maintenant je sais, je retiendrai surtout ses blagues.

Ce type est hilarant, et joue du décalage entre son allure de prédicateur mormon et son flegme potache pour plier la salle en deux entre ses longues pièces de trad-folk messianique. Jeu de guitare ultra-chiadé et one-man show, l’improbable alliance.

Bon, on s’amuse bien, mais Shellac joue bientôt sur la scène ATP et je ne les ai jamais vus, alors je file prématurément. Et les Shellac, donc, rockèrent comme ils en ont l’habitude. Un set très tendu et jubilatoire, aussi sec que le corps de Steve Albini, du moins jusqu'à ce qu’un titre un peu mou s’éternise et dissipe mon attention. Excellent concert néanmoins, devant une foule énorme et même trop importante pour cette scène ; il faut dire que Shellac joue ici à peu près tous les ans, et ça, ça crée un public fidèle et enthousiaste.

Le set se termine abruptement, apparemment comme la coutume le veut : par une déconstruction en règle de la batterie, avec le cogneur qui tape jusqu'à ce qu’il ne reste plus rien sur quoi cogner. Merci Steve, et on se revoit l’an prochain.

Pas convaincu par l’entrée de Godflesh (trop métal gueulard, pas assez crado), je vais m’assoir devant Yo La Tengo, qui commence également au petit trot. Mais plus les titres défilent plus le set gagne en intensité, et paradoxalement, les festivaliers désertent à mesure que le psychédélisme et la qualité s’installent. Curieux, mais après tout, même au Primavera la fameuse fonction décroissante fréquentation = f(qualité) peut se vérifier. Peu de souvenirs de ce concert, mais un très agréable sentiment général.

Les jambes en compote, je décide d’en terminer de ces 3 jours avec The Pop Group. Assez peu familier de l’œuvre du groupe (que je connais finalement surtout par des reprises, dont l’excellente que propose St Vincent en live – c’est d’ailleurs bien le seul moment ou St Vincent côtoie l’excellence, mais ça suffit, les mesquineries), je découvre encore un gang de papys tout à fait apte à mettre une branlée aux brouettées de jeunes anorexiques adoubés par Pitchfork. J’ignore comment un quinquagénaire débraillé à la dégaine de vendeur de voitures d’occasion ivre en pleine fête de village peut se révéler un frontman aussi flamboyant, mais ces dernières années les exemples se multiplient : David Yow, Buzz Osbourne ou encore Mark Arm, tous sont là pour prouver que old is the new young. Monde de merde ?

Section rythmique et guitariste huilent de rutilantes mécaniques funk-rock, mais dans un esprit punk tordu qui laisse imaginer ce qu’auraient fait les Minutemen s’ils avaient voulu faire danser les filles en plus des junkies. Au final, un groupe qui souligne s’il le fallait l’insignifiance des pénibles The Rapture et une tardive mais jolie découverte pour moi.

Et puis, voilà, c’est fini. Aussi préfère-je vous prévenir, si vous avez l’intention de vous y rendre un jour : un Primavera, ça passe vite, beaucoup trop vite.

La conclusion normale

J’ai vu plein de bons concerts, mais je ne vais pas mentir : j’attendais plus de prestations frénétiques et plus de mandales impitoyables de ces quelques jours. L’interminable liste de bons groupes qui s’étale sur la prog’ papier fait rêver, mais entre les annulations, les déceptions et les groupes qui jouent en même temps, on n’assiste pas forcément à l’orgie discontinue escomptée. Il faut le savoir.

N’empêche : dans des conditions idéales (son, beauté et équipement du site) et après un jeudi de feu, j’ai passé un très beau festival et un super séjour à Barcelone. Pas de dégradation de l’Espagne en vue, donc : le Primavera conserve son triple A.

Mattooh

Brasser la merde

7 commentaires

  1. bob

    Ah ces métalleux ...

  2. Choucroute

    Animal collective, The Xx = Tocards ???

    C'est une équation qui n'a pas de sens à mes yeux

    1. Mattooh

      Pourtant, le compte est bon.

    2. bob

      C'est surement trop gayfag pour les ongles vernis au noir.

  3. Theo

    Beau review

  4. GrégoTronc

    Coolos la review du festival! Bien jouée l'idée de l'écrire 6 mois après, en décembre, histoire de nous réchauffer...

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

    pas de compte : ton pseudo est protégé par un ticket que ton navigateur garde pour toi.

    En attente