silent weapons for quiet wars

Concerts · 28 juin 2016 · le 03 juin 2016, Nîmes

This Is Not A Love Song 2016

Agneau au Chocolat

par Mattooh

Le TINALS, jeune et fringant, a fière allure. Voilà un festival qui connaît ses classiques, et sait où creuser dans la nouvelle génération. Bien sûr, il y a l'effet d'aubaine de se trouver sur la route des groupes allant et venant des Primavera de Barcelone et Porto. Mais quand même, ce festival fait tout très bien, et cette année encore, je vais essayer de te narrer ce qu'il a de si charmant.

LE DREDI

Le début d'un festival a ceci de particulier qu'on a beau l'attendre impatiemment depuis des semaines, on est prêt à sacrifier les concerts de nos artistes préférés pour un bout d'apéro et quelques bises aux copains. C'est ainsi qu'on rate Ty Segall, dont les guitares à l'infernale et reconnaissable distorsion finissent de retentir quand on pénètre sur le site. On s'en remettra, le groupe tourne partout, tout le temps.

Kamasi Washington, lui, est pour l'instant moins omniprésent alors on est bien content de découvrir ce qu'il a à nous proposer, dans une formule live plus concise que son bien nommé The Epic de 3h, sorti l'an dernier. Eh bien mes aïeux, ce set est d'une qualité à couper le souffle, Washington comme son groupe évoluant sur une autre planète, celle des sorciers jazz. Un jazz moderne, coloré, extrêmement vivant tout en respectant les codes du genre, et notamment les invraisemblables soli de chacun - la part du lion revenant évidemment au patron. Mention spéciale à cette choriste hyper enthousiaste, qui jouera de l'air-bass durant tout le set malgré le fait qu'elle n'ait ce soir qu'un titre à chanter. L'ovation est à la mesure de la prestation, et voilà le festival d'entrée placé sur orbite par rien de moins que le meilleur concert du week-end.

Le sandwich à l'agneau de la rotisserie itinérante Le Berliet est déjà entré dans la légende du TINALS, n'ayons pas peur des mots. Au point qu'il justifie de rester en retrait pour Chocolat - eh ouais, j'étais en rade de catch-phrase - ou du moins de l'écouter dans la file d'attente, bien calé derrière Kamasi Washington - comme quoi cet homme sait choisir sa nourriture aussi bien que ses notes. Si tu veux tout savoir, le sandwich était cher mais délicieux. Concernant le concert je serai moins catégorique mais, de loin, les promesses du disques (l'excellent Tss Tss, sorti l'an dernier) semblaient bien tenues.

En tout cas, il fallait bien une viande de qualité supérieure calée au fond d'un bout de pain pour encaisser la prestation à suivre.

Foals représente pour moi, peu ou prou, le cancer du rock moderne. Une musique javellisée, plastifiée, et reproduite à l'infini. Aucune trace de personnalité et encore moins de groove, pas un pet de travers, que de l'efficacité crasse et de la facilité d'écoute pour jeunes cadres blancs désoeuvrés. Eh bien, ce concert était à l'image de leurs disques et de leurs petites tronches de pines : vide, caricatural et terriblemement ennuyeux.

Heureusement, Battles est tout l'inverse. Voilà un groupe qui en a, de la personnalité, au point d'avoir inventé sa propre formule, qui va évidemment bien au-delà de la simple étiquette "math-rock" qu'on leur colle au cul par facilité. Battles fait du Battles, différemment à chaque tournée, et celle-ci laisse franchement place à la rythmique, et au jeu de l'incroyable John Stanier (ex-Helmet et également dans Tomahawk, il fait bon le rappeler pour les pauvres hères qui n'auraient jamais écouté ces groupes). Le résultat est grisant, euphorisant et contrairement à Foals, profondément musical.

LE SADI

Palehound a sorti un joli album de folk/grunge lo-fi l'an dernier, mais le live peine à captiver. La faute probablement à un répertoire décousu et trop chargé en folk songs 90's tristes, mais le groupe l'emportera quand même à l'humour.

On se proposer ensuite de me trainer dans le club pour le concert de Weaves, alors je me laisse faire puisque j'ai 1h à tuer. Je remercie encore chaleureusement l'enthousiaste qui m'a pris par la main, parce que ce groupe est tout ce dont l'honnête festivalier a besoin. Bourré de charme, son mélange de soul-pop, noise, indie- voire math-rock fonctionne à plein grâce une chanteuse bigarrée, un guitariste inspiré et une section rythmique qui ne fait pas semblant de tricoter - l'expressivité du batteur rappelle même celle du grand Brian Viglione, des Dresden Dolls. Du coup, on leur pardonne leurs looks de hipsters torontois à deux balles.

Je décide ensuite de redoner une chance à Algiers, la fausse-bonne nouvelle de y'a deux ans, mais rien à faire : l'album est toujours nul, ça changera pas, et si on y croît le temps de deux titres particulièrement électriques, le sur-jeu permanent du groupe et la vacuité des compos occultent rapidement la belle fougue du chanteur.

Air, bon, tout le monde a compris, non? Ils font de beaux disques, genre musique de chambre moderne, très statique, soignée, érudite. Très bien. Mais la reproduction à l'identique (plus ou moins bien maitrisée, coucou les pains) en live n'a aucun intérêt, et seul le final sur La Femme d'Argent, où les coutures pètent enfin pour laisser apparaître un peu de vie, me tirera de ma torpeur.

Cavern of Anti-Matter ensuite, semble avoir convaincu tout le monde sauf moi. Faut dire que je rêve d'un monde sans synthés et batteurs quinquagénaires en pull à col mao, alors que veux-tu, là je suis cerné. Ce truc louvoie entre l'intolérable et une sorte de mix gênant entre Can et Vangelis, alors voilà, démerde-toi avec ça, moi je veux rien savoir.

Dinosaur Jr, tu connais le topo. Rien à foutre de rien, on s'accorde entre chaque morceau, on dit pas bonjour, on met les amplis sur 11, et vas-y qu'on agite les doigts et les tignasses, et suivant les soirs, ça passe ou ça casse. On n'est pas là pour causer, hein? Ce soir, le son est bon, le répertoire aussi (coucou les nouveaux titres), alors le festivalier trentenaire est heureux. Et le jeune? Faut lui demander, mais j'ai du mal à imaginer qu'on puisse débarquer d'un monde où Kanye West, Foals et Metronomy sont des artistes références, découvrir l'étrange spectacle de ces trois vieux lards tabassant leurs instruments tête baissée dans un festival de larsens et de mini-couacs, et trouver ça excitant. En d'autres termes : peut-on apprécier et se reconnaître dans les canons de l'esthétique des 90's si on ne les a pas vécues? Je n'ai pas la réponse, mais je ne peux pas être le seul à me poser cette question face à ce genre de concert si hermétique à son époque. Alors si tu es jeune et comprends la question, n'hésite pas à intervenir.

LE GROMANCHE

Alors voilà, aujourd'hui les programmateurs ont mis le paquet : tu vas être servi en noise-rock, mon p'tit père. Ca se ressent immédiatement sur le site, de par sur-représentation en trentenaires barbus, membres de groupes de noise première classe déambulant incognito sur le site et godets de pisse dans les paluches.

Metz démarre l'histoire comme ils en ont l'habitude : dans une urgence bourrine, et c'est ce qui leur va le mieux au teint. La palette du groupe est limitée, on sent bien qu'ils n'auront jamais le groove d'un Mudhoney ni la finesse mélodique d'un Nirvana (puisqu'on les compare toujours à l'époque Bleach du groupe), mais c'est pas grave, leur formule fonctionne et leur agressivité permanente est extrêmement attrayante.

Drive Like Jehu ensuite, il faut bien le dire, déçoit un peu. Il y a d'un côté le plaisir de découvrir enfin ces titres en live, impeccablement éxecutés mais de l'autre un Rick Froberg cramé (un peu trop de sangria à Barcelone, si on en croît les blagues qui fusent sur scène) et des compos, finalement, presque trop complexes pour éclore naturellement. Ce concert demande une concentration qu'on n'a pas forcément, suivant le niveau de fatigue. C'est pas qu'on le découvre, 20 ans après les disques, mais on plus l'habitude de tant de minutie et comparé à Metz par exemple, on a là deux visions bien distinctes de pratiquer le noise-rock. Enfin allez, c'était cool quand même, hein.

Parquet Courts ensuite, je vais pas m'étendre, mais je suis pas loin d'en penser la même chose que des Foals. Un début de concert gentiment nul, quoi. On traine donc pas pour aller se placer pour le début de Tortoise, très bon, très rock, et puis allez, j'ai envie de voir Unsane quand même, et là c'est la déculottée. Fin de concert fantastique, l'étroitesse du club est vraiment le cadre idéal pour les voir s'ébrouer, mais c'est trop court. Et puis il faut courir pour choper la fin de Tortoise, elle aussi trop courte... Les dilemmes de festival, tu te rappelles? Chienne de vie, problèmes de riches.

Girl Band ? Je sais pas, je n'avais d'yeux que pour mon sandwich au cochon. Super, lui aussi. Girl Band, de loin, ouais, pas mal, mais ça manque soit de profondeur, soit de l'efficacité haineuse d'un Metz, cette affaire ; l'un ou l'autre, mais faut choisir.

Et puis allez, je te passe mon venin sur les petits mous de Beach House pour en venir directement à l'autre meilleur concert du week-end : Shellac. Ces vieux grigous sortent toujours un peu le même concert, mais jamais vraiment le même non plus. Alors voilà, tout ce que je sais c'est que ce soir, le rendu de leur show dans la grande salle - magnifique, avec un son à l'avenant - était fantastique. Forcément très rythmique, aussi simple dans l'attitude que chiadé dans les croche-pattes guitare/batterie, on connaît par coeur le répertoire mais on le redécouvre en live avec un plaisir inusable. C'est précis, c'est hargneux, c'est fin, c'est taquin, c'est bonheur ; c'est Shellac, bordel.

LE BILAN

Encore une édition flamboyante pour le TINALS, qui plane plus que jamais au-dessus de la masse des festivals "rock" de Franque. Plus variée et risquée qu'à la Route du Rock, moins prévisible que la Villette Sonique, plus prestigieuse que chez la floppée d'excellents mais modestes rassemblements d'esthètes apparus aux 6 coins de l'hexagone ces dernières années, et plus pointue que chez la totalité des festivals dits généralistes, la programmation du TINALS a tout bon. Ajoute à ça un joli site, des initiatives charmantes (ateliers, concerts gratuits, logistique au top) et une ambiance certes très 'hip' mais parfaitement bon enfant, et tu as le ticket gagnant des années '10.

Seule réserve, puisqu'il en faut bien une : on espère à l'avenir une main plus heureuse dans le choix des têtes d'affiche, car clairement cette année la brochette Foals / Beach House / Air était bien faisandée. Mais rien que pour l'intention d'ensemble et la programmation de cet incroyable dimanche noise, ... tout est pardonné.

Mattooh

Brasser la merde

1 commentaire

  1. Samgratt

    Ouai Dinosaur Jr c'est chiant

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

    pas de compte : ton pseudo est protégé par un ticket que ton navigateur garde pour toi.

    En attente