silent weapons for quiet wars

Concerts · 8 décembre 2012 · le 07 décembre 2012, Rennes

Transmusicales - Deuxième jour

Haine martiale et renaissance de la joie

par Cholette

On en revient encore et toujours à l’Espace Liberté. Havre de paix pour ceux qui choisissent de squatter les transats centraux (devant une immonde tête de sanglier qu’on n’avait pas remarqué la veille) ; imposante machine centrifuge pour les aventuriers de l’interview perdue, qui ignorent bien souvent qui se retrouve devant leur micro deux minutes avant l’enregistrement ; et enfin, plat de résistance musical de l’après-midi pour les plus casse-cous, les plus endurants à la douleur physique, les justes qui osent monter quelques marches d’escalier pour se rendre à la bien-nommée salle L’Etage.

Dans ces hauteurs, des formations à la jeunesse souvent intimidée se succèdent devant un parterre de professionnels désespérément amorphes. Pegase tente d’infléchir le stoïcisme ambiant en louvoyant entre du Arcade Fire maniéré et du Coldplay sous stéroïdes, avant de multiplier les « woo-ooh-ooh » et autres tapes dans les mains. MEH, comme dirait Eric Cartman. Pause snack oblige, le set suivant de O Safari se limitera aux deux derniers morceaux, une reprise disco d’Il est 5 heures de Jacques Dutronc et un titre du même tonneau branlant queer / new wave, dont le refrain énonce fièrement « Radio City Music Hall, je pense à toi en stéréo ». Comme le dira le camarade Jean-Vic Chapus quelques minutes plus tard, « C’était un peu des Lescop dignes ». Soit. Le trio de We are Van Peebles, lui, verse dans du rock braillard, mais paradoxalement appliqué, pour ne pas dire scolaire. Même les quelques larsens disséminés ça et là font trop propres pour être honnêtes.

Pendant ce temps, Nick Waterhouse refuse de se laisser étiquetter rétro ou vintage dans l’espace interview VIP, et Jack Lang se fait photographier devant l’entrée avec un couple de superbes métisses. Rennes, terre de contraste.

Arrivés au parc expo, nous allâmes DIRECT chercher un peu de réconfort auprès de Rachid Taha, qui avait déjà eu les faveurs du festival il y a longtemps avec Carte de séjour. Comme sur son attendu album à paraitre, il est accompagné également par la figure tutélaire de Mick Jones, des Clash, ravi de participer à la fête et de faire revivre Rock the Casbah et Should i stay or shoud i go sur scène. Indéniablement, Taha sait donc s'entourer (rappelons également que Brian Eno figure sur la long-list des participants à Zoom), mais c'est plus encore Akim, oudiste et compagnon de toujours qui rassure et assure au propre comme au figuré un chanteur qui semble (au début de la performance du moins) moins alcoolisé qu'à son habitude… (l'ingénieur du son plus, par contre, hein)

Indéniablement, l'ensemble à toute sa place ici, et pulvérise gentiment la cartographie mise en place dans Le jeu de l'Ouïe (nouvel onglet), embrassant les influences de toutes parts au service d'un mélange heureux et transgenre où l'origine de la langue chantée disparait au profit de l'énergie punk qui reprend le dessus.

L’enchaînement sera douloureux. On n’attendait pas grand-chose du set de Thumpers, et pas grand-chose fut effectivement délivré. En gros, les britanniques alignent le genre de plages musicales qui auraient très bien pu être utilisées dans un épisode de Dawson pour illustrer le doute d’un des héros sur sa précarité sentimentale, sur fond de soleil couchant californien.

Sans autre forme de procès, direction la Green Room, repaire des sauvageons avides de sensations électroniques groupés en masse devant les enceintes (pour mieux profiter de la qualité du son, of course). Le binôme Budju envoie le bousin avec une absence de raffinement presque remarquable – de toute façon, le public est là pour bouffer de la basse jusqu’à la lie, qu’importe si sa nourriture s’assimile à de la junk food bien grasse.

La descente ne s’arrête malheureusement pas là. Pendant les changements plateaux, les DJs meublent comme ils peuvent dans les différents halls. Et sans qu’on sache pourquoi (à moins de verser dans le conspirationnisme éthylique), ils ont TOUS décidé de verser dans un revival house 90’s gavé de clichés électro ronflants – la limite nerveuse sera franchie avec un remix “deep“ du séminal Show me love de Robin S (1993, souvenez-vous, vous étiez jeunes et cons, et vous faisiez semblant d’aimer pour ne pas contrarier la masse bêlante).

De fait, l’arrivée sur scène de O. Children est vécue comme une libération. Non franchement, après une bonne heure de bouillabaisse électronique frelatée, d’instinct, on irait presque les prendre dans nos bras. Enfin, jusqu’à ce que le chanteur / meneur / guitar hero / modèle homme / Contradiction for Men, Calvin Klein n’agace aux entournures avec ses poses de beau gosse blasé à qui on ne la fait pas. Du reste, la tambouille sonore mixe habilement toutes ses influences rock mais sans jamais les transcender : déjà vu, déjà entendu, been there, done that, WHATEVER.

Von Pariahs dans un registre similaire, aura les faveurs de la comparaison un peu plus tard, la voix de baryton en moins. Accroché au micro et tout à son affaire, sa présence plus discrète favorise l'incursion de lignes de basses galopantes comme autant de réminiscences post-punk délectables.

Le salut final viendra de la performance de Birth of Joy. La présence en bord de scène de Jean-Louis Brossard est un indice qui ne trompe pas : il est 3 heures du matin, le Hall 3 est The place to be. L’impression se confirme dès les premières secondes : le trio hollandais joue fort, vite, ne laisse aucun répit au public avec un set construit en montagnes russes stoner, psyché et garage parcourues à une vitesse folle. Sûr de son coup, l’impeccable frontman embarque même le spectre Jim Morrison dans plusieurs tournantes successives, au plus grand ravissement de la foule qui multiplie les stage diving malgré les interdictions chagrines du service de sécurité. Plus convaincants que sur disque - la production trop 2012 pour leur beauté en moins et leur branleur de chanteur qui essaie de nous fourguer des tee-shirts en plus -, le coup de grâce pointera lors d'un boogie endiablé, hommage que l'on espère conscient et assumé à love me two times.

Les Doors reviendront donc à la mode en 2013.

Chouette.

Cholette & Drexl

Cholette

Brasser la merde

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