silent weapons for quiet wars

Concerts · 7 décembre 2012 · le 05 décembre 2013, Rennes

Transmusicales - Premier jour

Premier jour : coup de bar

par Cholette

Passé la frontière de la Loire, dans la moitié nord de la France, la nouvelle année musicale ne commence pas début janvier mais plutôt lors du premier grand week-end de décembre, lors des Transmusicales de Rennes. Cette épiphanie chaleureuse qui célèbre depuis 34 ans les musiques actuelles sous toutes leurs formes a gagné ses lettres de noblesse et son aura toute particulière grâce à un homme, Jean-Louis Brossard. Il cumule les qualités de médium extra-lucide - dénicheur des acteurs qui feront vibrer les salles de concert de l'hexagone et d'ailleurs -, à celles d'un sens aigu de la convivialité, les pieds vissés sur terre.

Cet ensemble lui permet d'organiser en bonne intelligence ces rencontres, avec une envie qu'on devine chevillée au corps de partager ses dernières trouvailles musicales.

La pertinence de la programmation n'est pas une légende véhiculée par les souvenirs éthyliques des adeptes historiques du festival. Il suffit de jeter un oeil au site Mémoires de Trans (nouvel onglet) pour découvrir que son oreille défricheuse ne lui a jamais fait défaut. La liste d'artistes en devenir ayant expérimenté ici leurs premiers moments de gloire est suffisamment longue pour que l'on revienne immanquablement chaque année, tel une armée de zombies envahissant la capitale de la Bretagne, hantés par la peur permanente de faire les mauvais choix à travers les propositions pléthoriques de la programmation.

Nous voici donc arrivés le coeur ouvert et un peu tracassé, bien décidés à ne présager de rien sans se prémunir du tout, pour se laisser bercer de salles en salles et de hall en hall à travers ces nouvelles rencontres Transmusicales.

Premier détour par l’Espace Liberté, grande foire à l’accréditation et à la promo tous azimuts, où les interviews expéditives s’enchaînent à une cadence spartiate. Télérama a installé des transats dans le salon, afin que les moins résistants puissent profiter d’instantanés live dans un décorum bizarrement constitué de peaux de bêtes – le quatuor Lolito offrira d’ailleurs un show-case électrisé, d’une poignée de morceaux furieux, aux badauds plus ou moins professionnels arborant leur pass avec fierté, ou au contraire les masquant habilement pour éviter les assauts des attachés de presse par l’odeur du sang médiatique alléché.

Après avoir rejoint le box dévolu aux Radio Campus de toute la France, la mécanique promotionnelle reprend ses droits : toutes les demandes d’interviews ont été mutualisées avec un art certain de l’arbitraire. De ce collectivisme associatif forcené jaillira une émission bricolée à l’arraché, d’où l’on retiendra :

  • Que selon le flamand Netsky, le dubstep ne se limite pas à la mèche rebelle de Skrillex

  • Que Hervé Salters de General Electriks a un super accent anglais

Enfin, selon la chargée de comm’ de l’événement, que les femmes n’ont de toute façon pas beaucoup de goût artistique et technique, et que chacun doit donc rester à sa place dans l’organisation d’un tel festival.

Les gauchistes n’ont pas fini d’en prendre pour leur grade. Non contents de voir les vertus de l’enthousiasme associatif et de la parité voler en éclats, l’exploration des Bars En Trans s’avèrera une lente et pénible déconstruction de ses idéaux fondateurs : soit un monde parallèle à la démonstration de force logistique du Parc Expo, où la plèbe joyeuse, forcément joyeuse, profiterait d’une contre-programmation exigeante mais funky dans les rades du centre-ville, dans une atmosphère bon enfant où tout un chacun se ferait des bisous mélomanes dans des volutes de cidre.

La réalité est bien évidemment toute autre. Les estaminets sont pris d’assaut plus d’une heure avant le début du moindre frôlement de corde ou de baguette. Imaginez le métro à l’heure de pointe : la sensation d’écrasement est la même, avec en sus le stress patent des spectateurs lassés de renverser la moitié de leur verre à chaque mouvement de coude. Ajoutez au tableau une promiscuité pas franchement érogène, des acoustiques approximatives, ou encore des artistes visiblement saoulés de s’abaisser à jouer dans des bars dans de telles conditions, et vous obtenez un petit aperçu de l’enfer que peuvent vite, très vite représenter les Bars en Trans.

Yeti Lane : Avec les seules pédales d'effet illuminées, la dimension shoegaze fait sens...

Dans cette ambiance délétère où chaque membre du public lutte pour ses ultimes centimètres carré d’espace à peu près vital, le set de Yeti Lane ne réchauffera que les âmes les plus magnanimes. Le duo balance chaque morceau comme pour s’en débarrasser, expédie ses envolées post-pop mélodramatiques sans aucune passion. Un manque d’enthousiasme largement communicatif, qui pousse à fuir vers la toute fin du set d’Anything Maria, dans un établissement à peine moins blindé (on peut y bouger les bras, si le cœur nous en dit). Incroyable : la chanteuse au visage pailleté a l’air contente d’être là, affichant un grand sourire quasiment contagieux lors de son ultime chanson, comptine pateline mais fortement appréciable dans cet environnement hostile.

La fraîcheur bienvenue d'Anything Maria

Enfin, targués de cette soif inextinguible du baroud d’honneur, l’heure est finalement venue de défoncer quelques côtes pour apercevoir des bouts d’Harold Martinez, qui confirmera malheureusement les impressions de son album : soit une incarnation vocale étrange et pénétrée, mais lourdement traumatisée par le spectre de David Eugene Edwards.

Harold Martinez

Trop, beaucoup trop. Avec un sérieux papal, Harold et son compère batteur livrent une sorte de parodie low-fi de Wovenhand, avec force trémolos en option. Mais bon, on dit sûrement ça parce qu’on est énervé.

Cholette & Drexl

Cholette

Brasser la merde

1 commentaire

  1. harold martinez

    merci les filles!trés jolie photo... Harold

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

    pas de compte : ton pseudo est protégé par un ticket que ton navigateur garde pour toi.

    En attente