Focus · 23 octobre 2014
BLNDR (ITW + Podcast) - Sonic Youth
Sonic Youth
par Void
Auteur de 2 releases particulièrement captivantes sur le jeune et ambitieux label Hypnus Records, BLNDR surprend et brouille les pistes avec une Techno lente, clinique, profonde, d'une pesanteur peu commune. Nous avons décidé d'investiguer avec leur géniteur les gouffres et crevasses de l'oeuvre brève mais prometteuse d'un artiste dont la dextérité prouve une fois de plus qu'âge et maturité musicale ne sont pas nécessairement corrélés positivement.
1 – Salut BLNDR, peux-tu te présenter brièvement à nos lecteurs, pour ceux qui ne te connaissent pas encore ? Quel âge as-tu ? D’où viens-tu ?
BLNDR: Salut SWQW . Je m’appelle Tom mais mon pseudo est BLNDR. J’ai 21 ans, et je viens de Paris.
2 – Peux-tu nous parler de ton parcours musical ? Du contexte qui a formaté tes goûts musicaux ? De ce qui t’a amené à la production ?
B: J’ai commencé le projet BLNDR il y a 5 ans. Je suis passé par de nombreuses phases musicales. Il y a deux ans de cela, j’ai découvert par hasard les artistes Ostgut, Mote Evolver Stroboscopic Artefact… et je me suis pris d’une passion pour la techno. Le mix de Ben Klock pour Fabric a été pour moi un élément déclencheur. J’y découvrais des artistes comme Shed, Luke Slater, Terence Fixmer ou Staffan Linzatti. Depuis, je n’ai cessé de chercher pour étendre mon inspiration. C’est une réelle passion. Je passe des heures sur YouTube ou SoundCloud à écouter de la musique et m’en inspirer pour mes tracks. Je me suis réellement mis à produire de la techno dite « deep » ou « mentale » lorsque j’ai découvert Mike Parker. C’est par le biais de cet artiste que j’ai découvert tout l’univers de labels tels que Prologue ou Semantica qui ont énormément influencé mon travail et qui continuent toujours.
3 – Comment s’est déroulée ta rencontre avec Hypnus Records (nouvel onglet) ? Comment en es-tu venu à signer ta première sortie chez eux ?
B: J’ai rencontré Michel (Ntogn) sur SoundCloud. On a pas mal discuté et, à cette époque, il enregistrait des podcasts appelés les « Incognito Soundcloud User Techno Podcast » dans lesquels il jouait des tracks d’artistes qui étaient non signés et de petite notoriété. On a pu y voir des artistes tels qu’Acronym par exemple ! Je lui ai envoyé quelques-uns des mes tracks qu’il appréciait et il les a joués. Quand le projet d’Hypnus est né, il s’est tout de suite tourné vers moi pour me proposer un EP et j’ai accepté avec grand enthousiasme. Tout est allé très vite ensuite. En un an, le projet d’Hypnus a pris une énorme ampleur.
4 – Selon toi, quelles sont les raisons du succès notable que connaît actuellement le label ? Comment expliques-tu son incroyable ascension en termes de notoriété ?
B: Hypnus est pour moi le label que tous les fans de techno deep & hypnotic attendaient. Il réunit de jeunes producteurs prometteurs et amène la présence de certains guests accomplis et respectés dans le milieu (Claudio PRC ou Deepbass par exemple). Hypnus a réussi à trouver une réelle identité sonore tout comme Prologue ou Northern Electronics. Le fait aussi que Ntogn ait décidé d’inclure au label la spécificité d’une certaine touche « mystique » lui a donné une singularité qui a beaucoup joué, je pense. Les gens aiment bien associer un label à une image.
5 – Parlons un peu de ta première sortie. The Untitleds (nouvel onglet), vinyle sorti fin Mai sur le label en question est une vraie claque. On y retrouve des éléments propres aux récents changements d’orientation de la Techno, comme par exemple un soundscaping extrêmement détaillé, une minutie dans l’usage des textures et surtout une réelle pesanteur des rythmiques avec un low pitch assez remarquable. Peux-tu nous expliquer ta démarche pour cet EP ? Nous parler de tes méthodes de production ?
B: Pour The Untitleds, je me suis à la base lancé sur des prods ultra low tempo. Je n’ai pas trop réfléchi à la manière dont je voulais construire mes tracks. Je les modifiais jours après jours, jusqu'à ce que j’arrive à créer le décor que je souhaitais. Techniquement, j’ai utilisé énormément de samples. Par exemple, certains bruits métalliques proviennent du bruit de mes clefs sur ma serrure ! Je ne suis pas un producteur super technique. Je sample aussi parfois des tracks existants déjà. Pour moi, le plus important, c’est l’atmosphère qui se dégage du morceau, pas la méthode de production. Pour Untitled 2, je n’ai même pas essayé de créer un track jouable. 80bpm, c’est vraiment lent. Ce qui était important c’était qu’on puisse se figurer « le décor ». Bien sûr, la technique est tout de même importante, surtout pour le jeu sur les textures. Si techniquement tu ne travailles pas, ça va sonner assez pauvre, comme si les éléments étaient détachés les uns des autres sur le morceau.
6 – Avec Mental Stretching (nouvel onglet), ton deuxième EP également sorti sur Hypnus, tu conserves les éléments distinctifs précédemment cités mais tu sembles brouiller les pistes en passant d’une Deep Techno résolument métallique et désincarnée à une série de 5 track Dub Techno mouvantes, sylvestres sensiblement organiques. Peux-tu nous décrire le contexte dans lequel tu en es venu à produire ce second EP ? Quels éléments ont influencé ce changement de style ?
B: Pour Mental Stretching, on a réuni pas mal de morceaux qui n’on pas été produits à la même période, mais on les a choisis de cette manière car on y voyait une réelle cohérence. Durant la production des Isolate Frequencies, j’écoutais beaucoup de sons de chez Echocord, Quantec, Deadbeat, etc. J’ai vraiment eu la volonté de choper le son « dub techno» et après, je me suis laissé aller comme d’habitude à ajouter des éléments pour développer une atmosphère narrative. J’avais, comme avec The Untitleds, envie de produire des tracks très froids et sombres. Pour les deux Mental Stretching, c’était clairement un mélange de toutes mes inspirations du moment, rien n’était vraiment calculé. J’improvise et parfois je trouve la bonne sonorité au bon moment.
7 - Ce qui ressort également de l’écoute de ces deux sorties, c’est avant tout l’étrange impression d’écouter une sorte de synthèse clairvoyante et raffinée des tendances actuelles au sein du mouvement Techno. Il y a dans cela une justesse particulièrement appréciable propre aux sorties produites par des diggers. Te considères-tu comme un digger ? Peux-tu nous parler de ta discothèque ? De tes influences musicales tant sur le plan personnel que sur le plan des techniques de production ?
B: Évidemment, étant un grand fan de techno (actuelle comme ancienne), je suis super inspiré par beaucoup d’artistes. Ma musique est dans ce cas en partie une synthèse de mes inspirations du moment. Après, j’ai toujours une part de créativité qui vient de la vie quotidienne, des films, des voyages… Mais c’est vrai que j’ai une âme de « diggers ». Je passe beaucoup de temps sur internet à écouter des sons sur YouTube. J’achète beaucoup de musique et je ne fais jamais un trajet sans mon Ipod ! J’écoute tout le temps de la musique et je me renseigne sur les sorties de chaque artiste ou label que j’apprécie. Je suis un peu geek sur les bords à ce niveau là (Rire). Récemment, je suis à fond sur toutes les sorties Avian et Our Circula Sound. Sigha et Shifted sont pour moi une grande source d’inspiration. J’apprécie aussi énormément toutes les sorties Polegroup. Ils sont super bons et ne m’ont jamais déçu. J’aimerais un jour être capable de créer des tracks plus agressifs tout en restant mentaux comme le fait Kwartz par exemple. Ce gars est super doué, et très sympathique avec ça ! Toutes les sorties Prologue sont pour moi des chef d’œuvres. J’attends l’album de Cassegrain avec impatience. Et pour finir, une grande inspiration qui est bien entendu Hypnus. Chaque artiste a sa touche spéciale et ce sont des gens très talentueux qui m’inspirent énormément.
8 - As-tu eu l’occasion de jouer tes productions en live ? Si oui, comment as-tu conçu ton / tes lives ? Quel set-up utilises-tu en général ?
B: Je n’ai jamais eu l’occasion de jouer du live jusqu'à présent. Je ne joue qu’en DJ set pour l’instant. Je me pencherai probablement sur le live un jour ou l’autre, mais pour l’instant je me focalise sur la production et les DJ sets.
9 - Quelles ont été jusqu’à présent tes expériences scéniques les plus mémorables ? Comment ressens-tu le fait de passer d’un studio, espace intimiste par excellence, à l’abri des regards, à la représentation scénique ? Certains décrivent leurs premières expériences de l’espace scénique comme un dénudement complet, expérience parfois terriblement anxiogène. Qu’en penses-tu ? Comment vis-tu tes représentations ?
B: J’aime beaucoup la scène, même si j’ai l’air très concentré, voire coincé en apparence. C’est une expérience très puissante que j’apprécie énormément. C’est parfois une source d’anxiété mais je la ressens de manière assez positive et j’en ressors toujours extrêmement satisfait. J’ai vécu plusieurs expériences scéniques qui ont été très agréables, comme ma représentation en septembre à la Machine du Moulin Rouge au coté d’As Patria, Shlomo et TM404. Ces gars sont super sympas et jouer dans la Chaufferie de La Machine a été super agréable. Il y aussi les Nuits Container où je joue avec mon collègue et ami d’enfance « Varsovie » en tant que résident. Les Nuits Container sont des expériences indescriptibles. Il fait chaud, il y a beaucoup de monde, la musique est violente… C’est très sauvage et l’énergie est dingue.
10 - Pour les curieux et ceux qui te suivent, peux-tu nous parler de tes projets à venir ? Prochaines dates, prochaines sorties, etc.
B: Sûrement plusieurs EPs cette année ! Peut-être quelques apparitions sur des VA... Une série de remix de certains de mes tracks par des producteurs / productrices très reconnu(e)s pour le prochain VA de Hypnus. Tout ça est encore très confidentiel… Beaucoup de projets très intéressants. Mais je préfère rester discret à ce niveau. Sinon, une date pour le Glazart le 10 novembre avec Container et j’espère recevoir encore d’autres propositions de DJ sets d’ici peu ! Je n’attends que ça.

Brasser la merde
2 commentaires
Mathieu
Si quelqu'un peut me rappeler quel est le morceau entre la 24eme et 26eme minute (grosso modo), je l'épouse sur le champ.
Void
Si tu suis le lien soundcloud - http://bit.ly/1tOqt5l -, tu trouveras la tracklist en haut à droite.
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