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Focus · 28 février 2014

Les Marquises - La fièvre de la jungle

La fièvre de la jungle

par Cholette

Il parait parfois que les domaines de la prime enfance rejoignent ceux du crépuscule de la vie, et c’est à la faveur de cette assertion présumée que Jean-Sébastien Nouveau présentait en filigrane le premier album des Marquises (nouvel onglet) en 2010, préférant mettre en avant les sources d’inspirations primaires de son opus à des volontés affirmées.

Ainsi sa découverte choc de l’œuvre du ténor malgré lui de l’outsider Art, Henri Darger, et les contrées enfantines parcourues par ses Vivian Girls, constituaient avec l’archipel qui donnait son nom au dernier album de Jacques Brel, l’origine de la beauté contenue dans les 6 titres de Lost Lost Lost.

Du début à la fin, de l’isolement subi à l’exil désiré, de l’expression spontanée aux mots les plus mesurés, le monde pouvait sembler trop vaste, la distance trop longue à parcourir, pour s’exprimer...S’en échappait pourtant une parenthèse enchantée contenant son lot de paradoxes prétextes à l’éclosion heureuse d’un disque, où l’alliance de pôles opposés générait le sublime, laissant l’auditeur seul à ses impressions d’écoute. Il devenait alors difficile d’apposer un carcan ou un guide de lecture sur cette musique, qui privilégie encore la sensation à la réflexion, s’affranchissant de toutes catégorisations possibles. Un univers singulier et foisonnant, imaginé par un seul homme qui avait su poser des jalons sur un territoire encore inexploré, laissant libre cours à ses rêves, affranchi.

Libre de convoquer le grand Jordan Geiger (Minus Story, Hospital Ships, Shearwater), invité à poser sa voix sur ses morceaux, de préférer faire des disques à les défendre sur scène, ou de laisser la mélancolie s’emparer de ses influences trop multiples pour les triturer sous des lignes percussives toujours plus entêtantes, hypnotiques.

Des trois années qui nous séparent de cet opus inaugural, le chemin parcouru fut conséquent et semble aussi riche que le temps nous fût long. Le collectif mouvant s'est enrichi de nombres acolytes nouveaux comme d'anciens compagnons de route sur disque, des promesses de concrétisations scéniques voient le jour, et Pensée Magique sort aujourd'hui sur le label Ici D'Ailleurs (nouvel onglet).

Si ces derniers éléments confortent autant qu'ils intriguent, trêve de fantasmes ! On a préféré directement s'adresser à l’intéressé...

De side-projects musicaux en remix, sans oublier tes créations graphiques, tu sembles avoir été pour le moins occupé... Peux tu nous informer sur ces différentes collaborations et productions, depuis Lost Lost Lost?

J’ai toujours plusieurs projets en cours car j’ai besoin de me sentir excité. Aussi j’ai besoin d’avoir la tête dans plusieurs choses pour ne pas être trop obsessionnel. Si je ne travaillais que sur Les Marquises ça me rendrait zinzin. Je surinvestisais trop le projet et je perdrais pied. Le fait d’alterner entre plusieurs projets en même temps assainit mes activités, et me permet d’y voir plus clair.

Sinon pendant ces trois années j’ai donc terminé "Pensée Magique*", on a fait une petite vingtaine de concerts pour "Lost Lost Lost"**, on sorti un EP avec Colo Colo, j’ai dessiné un peu, mais beaucoup moins, j’ai réalisé deux clips (un pour Colo Coloet un pour le prochain disque des Marquises), j’ai remixé un titre de Caandides, j’ai commencé à travailler sur un nouvel album des Marquiseset d’Immune…*

**▶ Écouter sur YouTube (nouvel onglet)**Only Ghosts, extrait de Lost Lost Lost, premier album des Marquises

Pensée Magiqueest un titre lourd de sens et de significations à des niveaux différents. Quel définition lui confères-tu, et quelles sont les raisons de ce choix ?

Tout d’abord je souhaitais un titre d’album en français, et qui est une dimension un peu mystérieuse, tribale, et primaire. Aussi l’album est assez cérébral, tout en étant aussi un sauvage, et donc j’ai pensé à "Pensée magique*"**. En gros, dixit Wikipédia « La pensée magique est une expression définissant une forme de pensée qui s'attribue la puissance de provoquer l'accomplissement de désirs, l'empêchement d'événements ou la résolution de problèmes sans intervention matérielle ». L’idée que de par notre pensée tout puisse se réaliser me plait beaucoup, même s’il y a là dedans quelque chose de fou, et complètement fantaisiste. Mais en même temps il y a de ça dans la création. Quand je travaillais sur l’album j’imaginais que je débarquais sur île, et que j’allais la traverser. Que j’allais d’abord être sur une plage, puis que j’allais pénétrer dans une jungle épaisse, puis tomber sur une clairière,… Quelque part par la pensée tout se réalisait dans ma tête, et par ce fait mon intuition prenait possession de ce que je faisais quand je travaillais sur des morceaux. Souvent quand je fais de la musique je me projette ailleurs, dans un cadre imaginaire où la musique que je souhaite faire se retrouve dans des paysages, des ambiances fantasmées.*

Les lignes des tes sources d'inspirations semblent avoir bougé, et seraient désormais plus cinématographiques. Quels sont ces films et quelles importances leur confères tu ? Cela donne t-il une nouvelle portée à tes compositions ?

Quand je suis bloqué sur un titre, souvent je regarde des images que j’aime, qui m’inspire. Pendant que je travaillais sur le disque, j’ai vu 4 films qui m’ont beaucoup marqués : "Fitzcarraldo*"** et "Aguirre, La colère de Dieu**"** de Werner Herzog, "Sa Majesté des mouches**"** de Peter Brook ou encore "Les Maîtres fous**"** de Jean Rouch. Dans ces films il y a les thématiques qui traversent le disque : le sauvage, la folie, la mélancolie, la transe, l’île, la jungle,… Mais je pense qu’il y a un grain commun aussi.*

Quelles sont les raisons qui te poussent désormais à envisager plus sereinement de te produire en concert ? Ce nouveau disque s'y prêterait mieux ?

Je pense qu’en effet les morceaux de ce disque seront plus saisissants sur scène, car ils sont plus tribaux, plus intenses, plus habités. Aussi, je suis beaucoup plus serein car nous avons changé de formation pour le live, et j’ai abandonné le chant. Je ne sentais pas du tout à l’aise avec ça, et ne le faisait pas très bien non plus en plus. Arnaud Lemoine a pris ma place, et c’est nettement plus convaincant ! Aussi mon frère est passé à la batterie, Souleymane Felicioli est à la trompette, et je sens que les potentialités de faire de bons concerts sont bien plus grandes.

Peux tu nous parler de ton affiliation nouvelle avec Ici d'ailleurs, le disque précédent étant sorti sur ton propre label ?

J’ai sorti "Lost Lost Lost*"** sur un petit label que j’ai crée car je n’avais pas trouvé de label pour sortir le disque. Mais sortir "Lost Lost Lost" par mes propres moyens était très formateur et très intéressant. Après c’est un vrai boulot, et ça demande un temps fou de tout faire soi-même. J’aurais eu beaucoup de mal à m’y remettre s’il avait fallu que je sorte "Pensée Magique**"** de la même manière… Mais heureusement, j’ai envoyé l’album à plein de labels, et Stéphane (le boss d’Ici D’ailleurs) a été emballé, et m’a proposé de le sortir. Pour moi c’est génial car c’est label que je suis depuis toujours, et que j’admire. Être sur le même label que Matt Elliott, Bed, Bästard,… c’est super !*

Les Maîtres fous extrait dePensée Magique

C'est bien de magie qu'il s'agit à l'écoute de ce second album des Marquises. Elle surgit inopinément dès le premier titre, immanent du terreau fertile de l'esprit de Jean-Sébastien. Si l'on a tout comme lui l'envie de rester allusif pour définir de quelque façon ce titre intriguant, on devine pourtant quelque chose qui n'a rien d'immatériel, tant l'expérience transporte et transparait physiquement. On imagine qu'il préfère en tout modestie ne pas préempter sur les émotions engendrées par ses compositions chez l'auditeur, laissant sa place à l'impromptu...L'intuition deviendra savante, d'expérimentations de textures en lignes pop triturées. Toujours tribal et animal, c'est la multiplications des écoutes qui permettra seulement de dévoiler toutes les richesses sensibles nichées entre les boucles et couches successives des différents morceaux, trames tissant des fils d'Ariane vers des territoires labyrinthiques encore non parcourus.

Merci à Jean-Sébastien pour sa gentillesse et son enthousiasme.

http://recordedhome.blogspot.fr/ (nouvel onglet)

Cholette

Brasser la merde

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