Focus · 15 juin 2015
Mace. (ITW + Podcast) - Arte Povera
Arte Povera
par Void
Infinie extension d'un surréalisme prégnant, dédale de digressions oniriques et cauchemardesques sur fond d'interrogations économico-sociétales, la discographie du jeune italien Mace. est aussi passionnante que glaçante. Ses sorties sur des labels tels que Further Records (nouvel onglet) ou Attic Music (nouvel onglet) nous avaient interpelés, son récent EP, Non Succede Niente (nouvel onglet), définitivement convaincus du talent du jeune homme. Animés par notre insatiable curiosité, nous avons donc décidé de lui donner la parole via une interview et un podcast.
Salut Mace., tout d’abord, pourrais-tu te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas encore ?
Bonjour à tous. Ma mère m’appelle Enrico, mes amis Cesa et parfois, je suis Mace.
Commençons par une question étrange : que fais-tu et qu’aimes-tu hormis la production musicale ?
Pour ce qui est du monde réel, le cinéma, le métro, les fenêtres et l’alcool. Je mange, je fume, je lis, je pense et je dors.
Quels éléments issus de ton enfance / tes jeunes années ont contribué à modeler ton goût pour la production musicale ?
Lorsque j’étais plus jeune, je faisais ce rêve récurrent – je ne suis pas vraiment certain qu’il s’agissait d’un rêve plus que d’un cauchemar – qui se formait de mon esprit. Dans mon souvenir, il se présentait sous forme d’une immense masse informe continuellement changeante et mouvante. Je ne suis pas sûr que cela m’ait influencé d’une manière directe mais ça a certainement contribué à m’orienter vers cette approche audio-visuelle que j’adopte aujourd’hui, celle-ci même qui a été méticuleusement suivie et a été inspirée par le mystérieux génie Arvo Udtor.
Comment en es-tu arrivé à sortir un album sur Further Records ? A partir de ce moment, as-tu adopté une autre approche de la production musicale ? As-tu délibérément choisi d’exercer cette passion de façon professionnelle ?
J’ai tout simplement envoyé quelques productions à Mark et Chloé et ils ont aimé. Je n’ai jamais choisi de faire de la musique de façon professionnelle. J’ai commencé par produire de la musique telle que j’aurais aimé en écouter. Je suis d'ailleurs particulièrement satisfait de mes premiers travaux sortis sur vinyle, sur The Heavens Are Already Theirs (nouvel onglet), de ma première cassette sur Further Records et peut être plus encore qu’ils m’aient laissé créer l’artwork pour l’accompagner: il me semblait très important de lui donner cet aspect surréaliste qu’il a.
A ce jour, ta discographie (nouvel onglet) est une sorte de mystère : allant d’excursions trance marquées par la pulsion rappelant Tangerine Dream – sur The Metamorphosis Through Dreams – jusqu’à des productions Indus Techno très sombres en passant par la Darkwave et le Dark Ambient – notamment sur ta dernière sortie Non Succede Niente. Peux-tu nous dire pourquoi ?
Haha ! Oui, il y a quelques jours de cela, je regardais mon profile Discogs et je me suis dit : “Ouais, maintenant essaye un peu d’expliquer le lien entre tous tes travaux”. Comme tu le vois, je n’ai pas une manière précise de produire de la musique, et je dois dire que c’est certainement une bonne chose puisque ça m’a permis de rester complètement libre et de faire ce que je voulais. En plus de cela, si tu as remarqué, chaque track au sein d’un même EP est relativement différente des autres ; cela s’explique par le fait que je considère chacune d’entre elles comme des titres uniques caractérisés par leur propre essence. A chaque fois que je travaille sur quelque chose de nouveau, c’est une surprise pour moi aussi et c’est un authentique processus de production. J’aime généralement travailler autour des notions d’évolution et de métamorphose ; c’est pour cela que j’aime les musiciens qui adoptent ce genre d’approche de la production.
Quel est le message derrière toutes ces digressions ? Y en a-t-il un in fine ?
Non, mais ce message pourrait être : “Pensez plus à ce qu’il se passe dans le monde réel et dans celui de vos rêves, pensez moins à ce que vous faîtes” parce que mes productions et ma discographie sont le résultat direct et spontané de cette réflexion.
Bien qu’elles soient très diversifiées et sorties de façon imprévisible, tes productions semblent toutes être empreintes d’une tristesse profonde et décrire des paysages sonores particulièrement menaçants. D’où penses-tu que cette noirceur récurrente provienne ?
Elle vient de partout (cela n’est pas nécessairement négatif) : d’où j’ai vécu, de ma famille, de mes choix de vie, de mes études, de l’ère post-financière dans laquelle nous vivons, des vacances en enfance, des films que je choisis de regarder, des producteurs underground, de l’histoire, de la drogue et des moments de solitude.
Penses-tu que la rhétorique nihiliste de l’ère moderne et le chaos technologique dans lequel nous vivons ait inspiré tes productions ? Si tel est le cas, de quelle manière ?
Dans un certain sens, oui. Ce qui m’a particulièrement influencé, de façon plus conceptuelle, ce sont mes études. En effet, lorsque je travaille sur un nouveau sujet, l’approche et le style peuvent changer mais ce sentiment, principalement lié à la financiarisation de la vie et des émotions des gens, demeure. Je pense qu'il s'agit plutôt de tentatives d’association d'une bande son aux faits historiques et financiers qui nous ont amenés où nous en sommes.
Lorsque j’écoute tes travaux, je ne peux m’empêcher de penser au Futurisme, mouvement artistique né en Italie au début du XXème siècle. Serais-tu un fan de Marinetti, Balla ou Boccioni ?
Je le suis même si je m’intéresse plus spécialement aux idées telles que le retour, l’abolition du symbolisme, et la modernité en tant qu’érosion de notre mémoire, typiques du mouvement Arte Povera.
La scène Techno et électronique italienne ne cesse d’exploser et ce depuis un certain temps déjà – cf. Donato Dozzy, Neel, Claudio PRC, Fabrizio Lapiana, Violet Poison, OOBE, Morkebla pour ne citer qu’eux. Etant toi-même italien, pourrais-tu nous donner ta vision de ce phénomène ?
Je n’ai rien de spécial à dire à ce sujet, je n’en connais pas les raisons (si tant est qu’il y en ait), mais je peux dire que j’ai rencontré des musiciens italiens (et je parle de ceux provenant de la scène musique électronique instrumentale et expérimentale plutôt que de la Techno) qui sont particulièrement brillants.
Par rapport à cela, aurais-tu des suggestions de producteurs italiens méconnus du grand public à suivre que tu souhaiterais conseiller à nos lecteurs ?
Méconnus ? Je n’en suis pas sûr mais si vous ne connaissez pas, je vous conseille d’aller écouter dès à présent Von Tesla (nouvel onglet), toutes les sorties Boring Machines (nouvel onglet) ainsi que celles de NO=FI Recordings (nouvel onglet).
En parlant de renommée, tu as réalisé un podcast pour le très prestigieux site Secret Thirteen, ce qui est généralement une marque de respect pour des producteurs de longue date. Sachant que ta première sortie était en 2013, comment expliquerais-tu cela ?
Justinas ne m’a pas choisi, je lui ai demandé et il a accepté. J’étais particulièrement fasciné par la façon dont il organise la structure et le concept S13. Ce que je veux dire par là, c’est que j’apprécie particulièrement l’idée de réaliser un mix de tracks inmixables, comme j’ai l’habitude de le faire, et ce partie pris selon lequel l’idée sous-jacente est plus importante que le reste, qu’elle est prédominante. C’est ce dont il s’agit et de cela uniquement, les idées et la façon dont tu les travailles : si tu n’as pas d’idée, tu peux arrêter de travailler dès maintenant.
Que peux-tu nous dire à propos de ton podcast ? Quelle est l’histoire derrière cette tracklist ? Quelles émotions voulais-tu transmettre avec celui-ci ?
Les tracks que j’ai rassemblées viennent simplement de ce que j’aime (et cela rejoint la question 2). Je suis conscient que l’écoute de ce dernier n’est pas facile mais je voulais vraiment construire un large panorama de tracks et artistes desquels je me sens proche, qui m’inspirent.
Pour finir et pour ceux qui souhaiteraient te suivre, pourrais-tu nous parler de tes projets à venir, prochaines sorties, prochains lives ?
Oui, merci. Je travaille actuellement sur un projet appelé “1944 To Eternity” qui sortira sur Veleno Viola prochainement. De potentielles performances live sont à venir mais rien de confirmé pour le moment.
Merci beaucoup d'avoir pris le temps de répondre à nos questions et nous espérons entendre parler de toi très prochainement.
ENGLISH VERSION :
Hi Mace. First of all, could you introduce yourself for those who haven’t heard of you yet?
Hello everyone. I’m Enrico for my mum, Cesa for my friends, sometimes I’m Mace.
Let’s start with an odd question: what do you do and like apart from producing music?
Regarding the real world, cinema and the tube (underground), windows and alcool. I eat, I smoke, I read, I think and I sleep.
What particular elements from your childhood / teenage years shaped your taste for music production, for music experimentation?
There was this recurring dream (I don’t actually know if it was more a dream or a nightmare) taking shape into my mind. It appeared in the form of a huge amount of unshaped mass continuously changing and moving, as I remember. I don’t know if it influenced me in any way, but it contributed for sure to this audio-visual approach I have and which has been accurately followed and inspired by the mysterious genius of Arvo Udtor.
How did you get to release your first album on Further Records? From then on, did you change your approach of music production? Did you choose to do it professionally or was it a series of events that pushed you towards your career?
I simply sent to Mark and Chloe some stuff and they liked it. I never chose to do music professionally, neither to shape ideas in a “professional” way; I started producing music that I really would have liked to listen to. I’m particularly satisfied about my first work on vinyl The Heavens Are Already Theirs and the first tape on Further Records, and about the fact that they left me make an artwork for it: it was really important to give it the surrealistic aspect it has.
To this day it seems that your discography is a bit of a mystery; going from Tangerine Dream-inspired pulsating trance electronic excursions – on The Metamorphosis Through Dreams – to pitch-black Industrial Techno cuts and then to retro Darkwave / Dark Ambient tracks – on your latest release Non Succede Niente. Why is that?
Haha ! Yes, a few days ago I gave a look to my discogs profile and I thought: “Yeah, now try to explain what’s the link between your work”. As you see, I don’t have a precise way of conceiving music, and I have to say it’s a good thing because I’ve always been completely free to do whatever I wanted. Moreover, if you noticed, each track within the same EP is quite different from the others; it’s because I see them as proper “songs” characterized by their own essence. Every time I work on something new, it’s a surprise for me too and I see this as a genuine production process. In general, I really like the idea of evolution/metamorphosis, and that’s why I like musicians who have this kind of approach.
What is the message behind all these digressions? Is there one?
No, but the message could be: “Think more about what’s going on in the real world and in the dream-one, think less about what you’re doing”, because it’s a direct and spontaneous result of that.
Although very diverse and quite unpredictably released, your productions all bear the mark of some kind of a deep sorrow and seem to be describing ominously evocative soundscapes. Where do you think this recurring darkness comes from?
It comes from everywhere (and it doesn’t necessarily have to be negative): from where I have been living, from my family, from my choices in life, from my studies, from the post-financial era in which we live, from the childhood holydays, from the movies I chose to watch, from the people in the underground, from history, from the drugs and the moments alone.
Would you agree to say that the nihilistic rhetoric of the modern era and the technologic chaos we live in might have inspired your productions? If so, could you elaborate on this topic?
In a certain way, yes. What I’ve been particularly influenced by, in a more conceptual way, are my studies. Indeed, when I’m working on something new, the approach and the style can change, but this feeling remains focused on financialization of life and people emotions. I believe it’s more about trying to associate a soundtrack to historical and financial facts that brought us here.
When listening to your work, I can’t help but think of the Futurism, art movement which was born in Italy at the beginning of the 20th century. Are you a fan of Marinetti, Balla or Boccioni?
I am, even if I am more interested in the ideas of coming back, abolition of symbolism, and modernity as an erosion of our sense of memory typical of the Arte Povera movement.
The Italian Techno and electronic music scene has been booming for quite some time now – Donato Dozzy, Neel, Claudio PRC, Fabrizio Lapiana, Violet Poison, OOBE, Morkebla not to mention the many other talented Italian producers. Being Italian yourself, could you tell us how you see this phenomenon?
I don’t really have a lot to say about it, I don’t know the reason (if there’s any), but I can say I have met some Italian musicians (and I’m talking more about instrumental / experimental electronic than techno ones) who are particularly brilliant.
In relation to this topic, do you have any suggestions of incognito Italian producers you would advise our readers to pay attention to in the future?
Mmm, incognito? I don’t know, but, if you don't know them, you should immediately check Von Tesla and all the Boring Machines releases, as well as NO=FI recordings.
Speaking of renown, you did an exquisite podcast for the very highly regarded Secret Thirteen website, which usually comes as a mark of respect for long-term producers. Bearing in mind that your first release was in 2013, why do you think they chose you?
Justinas didn’t choose me, I asked him to do the podcast and he said yes. I was particularly fascinated by the way he arranges the S13 structure and concepts; I mean, I really enjoyed the idea of making a mix of unmixable stuff as I’m used to do, and the thought that the idea is more important. It’s all about ideas and the way you work on them; if you don’t have an idea, you can stop working right now.
What can you tell us about your podcast? What’s the story behind the tracklist? What feelings did you want to convey with it?
The tracks I put here together simply come from what I like (and here we can come back to question number two). I know it’s not an easy listening, but I really wanted to build a wide “panorama” of tracks and artists I feel close to and inspired by.
To conclude, for those who would like to follow you, could you tell us about your upcoming projects, releases, live performances?
Yes, thanks. I’m working on a new project called “1944 To Eternity” that will be out for Veleno Viola Records in next months. I’ll also probably be doing some gigs later on but nothing is confirmed for the moment…
Thanks so much for taking the time to answer our questions and we hope to hear from you very soon.

Brasser la merde