Focus · 22 juin 2013
Sylvgheist Maëlström et sa fête
Les forces de la nature
par Lexo7
Mentionné maintes fois dans les lignes de feu Chroniques Electroniques, le parisien Sylvgheist Maëlstrôm est un véritable empêcheur de tourner en rond. Après deux albums très réussis (Lahar et Skaftafell), celui qui est également peintre et sculpteur perpétue la tradition annuelle en continuant d'organiser à Paris la fête de la musique électro-industrielle. Ceux qui auront récupéré de la défaite nationale d'hier pourront se rendre ce soir à la Flèche d'Or pour assister à cette nouvelle édition. Si la réputation scénique de 2Kilos & More n'est plus à faire, les beats taillés à la serpette de Oyaarss et les prestations abrasives de Techdiff, Needle Sharing ou Dive ont joui de très bon retours outre-rhin. Sylmalm jouera aussi de nouveaux travaux en toute fin de soirée. Bref, vous êtes vivement encouragés à faire le déplacement.
Avant qu'il ne réponde à quelques questions, recyclons la chronique de son dernier album (Skaftafell)) sorti l'année dernière, toujours aussi efficace et propice à certaines représentations, à l'heure où les éléments se déchaînent et où l'obsession du contrôle est plus que jamais obsolète.
Le français Sylvgheist Maëlström (nouvel onglet) est un artiste aussi passionnant qu'étrange. Il tente depuis plusieurs années de maintenir à flot son festival de la musique electro-industrielle à Paris. Il est apparu sur des compilations de chez Brume Records ou Signifier. Son album d'il y a deux ans, Lahar, avait été mis en avant par le défunt webzine Connexion Bizarre. Ce proche de Tzolk'in et de tout ce que la scène indus comporte de créatifs, a prouvé aux logiques sceptiques que l'indus n'officiait pas seulement dans une sempiternelle répétition et pouvait être dotée d'une âme. Le label Hands Productions (nouvel onglet) est adulé en terre germanique. Il faut dire que des gens comme Xabec ou Empusae y ont tenu refuge. Même si actuellement, le label peine à maintenir le même intérêt que par le passé, Skaftafell devrait à nouveau lui attirer les éloges qu'il mérite.
La passion du français pour les catastrophes naturelles et les lieux désertiques ou dévastés est intacte. Elle se fond à merveille dans sa musique comparable à une avalanche de violence intérieure. La violence n'est pas un problème par définition, elle est même souhaitable si on sait quoi en faire. Ici, la création la canalise, même si elle semble se jouer du caractère immuable de l'équilibre et de la hiérarchie des nobles sentiments. Souffrir pour mieux créer, ou est-ce l'inverse ? Telle est la question à laquelle, le français ne répondra qu'en musique. Dans cette fusion des éléments matériels et dans l'abdication face aux phénomènes naturels.
Ses titres me semblent plus aboutis que par le passé, malgré le fait qu'on puisse noter un certain élagage dans le temps qu'il met à installer ses hostiles climats. Je soupçonnais déjà le parisien de ne réaliser des albums que pour les présenter en live. C'est sans doute encore plus vrai cette fois-ci, car sa musique a gagné en pragmatisme et en immédiateté, surtout sur le plan rythmique. C'est même presque étrange qu'une musique autant basée sur le rythme, puisse se révéler si picturale dans sa profonde capacité à dresser des cohortes de charniers devant les yeux.
Banda-Aceh m'avait déjà alerté sur la compilation "fourre tout" et bien trop inégale These Sounds Will Have To Meet Somewhere In Between de chez Signifier. Elle prend une toute autre dimension en fausse intro de la cavalcade rugueuse et rampante à venir. Si Tlahuitoltepec ressemble un peu aux aspects tribaux de Tzolk'in, c'est sûrement avant tout parce qu'elle aborde les même sentiers sacrificiels et amérindiens.
La véritable évolution pour moi tient dans la grande place laissée aux textures plus électriques, renforçant ainsi le caractère abrasif d'un son propice à la trance sur un dancefloor habité. Il me semble même entendre une six cordes hurlante, en contre-bas de la vague interstellaire introduisant un Kuthia du plus bel effet. L'appétit des drums ne saurait s'y tarir.
Un jour, la technologie permettra sûrement d'allier à la musique odeurs et sensations. On pourrait aisément se servir de Skaftafell pour évoquer la putréfaction d'un monde en cours de lente mais certaine annihilation. Doit-on culpabiliser de céder à la danse, et aux beautés rèches de cette purge intégrale. Le point culminant sera probablement Naturby, véritable hostie de zélotes offerte aux romains dans une forteresse de Massala inondée pour l'occasion (surtout juste pour que je puisse la citer). La logique aurait voulu que la crémation du soufflé s'estompe en fin d'album. Il n'en est rien. Les trois morceaux qui ferment la marche vers les abysses, débrident les instincts de traques dans des schémas rythmiques et des saturations bien moins attendus. Du grand art. (Les deux titres présentés ici en video sont issus de Lahar, son premier opus)
Voilà plusieurs années que tu organises la fête de la musique électro-industrielle à Paris. N'est-ce pas un pari extrêmement compliqué d'un point de vue financier et artistique, dans une ville qui n'est pas vraiment convertie à ce genre de sonorités ?
En fait cela fait 6 ans que j'organise cet évènement. Le démarrage s'est réalisé dans de petits endroits (Katabar, 2 années au Zorba). A la suite d'une confrontation avec la taulière sur le volume sonore, j'ai décidé d'investir des lieux plus adaptés à ce genre d'évènements (Point Ephémère, Divan du Monde et La Flèche d'or). Cette musique, très peu connue à Paris et en France, est extrêmement difficile à défendre. L'idée de faire un festival là-dessus est un peu une folie. A la suite des soirées Kodex et Noxious, j'ai décidé de donner un peu plus d'ampleur à la chose, tout en me disant qu'il allait falloir essuyer les plâtres. J'essaye d'ouvrir la programmation sur des sonorités différentes, qui sont les influences actuelles de la musique electro industrielle, et ainsi trouver un public plus varié. L'année précédente au Divan du monde a été l'année la plus difficile du point de vue financier. Trop d'évènements en parallèle, horaires non adaptés pour les parisiens... La problématique des salles à Paris est vraiment un souci en terme d'horaires disponibles et de coût.
Comment expliques tu d'ailleurs le manque d'attrait dont souffrent les musiques industrielles en France, alors qu'en Europe de l'Est, aux Etats-Unis ou en Allemagne il existe un vrai public fidèle et curieux ?
Je crois qu'en fait cela tient à l'étiquette que l'on y met. J'ai pu assister à certaines soirées sur Paris (La Machine, Le Glazart) où, clairement, je me croyais en festival indus ! Tout n'a été qu'une question de mix/live se transposant peu à peu vers d'autres sonorités. Surgeon + Emptyset + Ancient Methods + Mondkopf à la Machine en Mars a été un grand moment de musique industrielle ! (avec une salle blindée !!)
Comment juges tu l'évolution de la scène industrielle aujourd'hui, à l'heure où elle influence énormément la techno et les musiques expérimentales ?
La scène industrielle est en pleine mutation. Ella va chercher des ingrédients et des matières sonores un peu partout.
Ce n'est pas pour me déplaire dans un univers quelque fois assez fermé. Le débat "qu'est ce que la musique industrielle " me fait sourire, il n'a existé qu'un temps donné avec Throbbing Gristle. Le reste n'est que mutation cyclique due à l'évolution de la technologie.
Que peux tu nous dire sur la programmation FDLMEI de cette année ? Comment as tu sélectionné les artistes présents ?
En fait cela tient essentiellement à des coups de coeur que je peux avoir pendant les festivals en Allemagne (Maschinenfest, Forms of Hands..). J'ai vibré avec eux, je veux retransmettre mes sensations.
Pour parler un peu plus de ton sillon artistique personnel, comment décrirais tu ton univers et ta musique ? Quand pourra-t-on entendre une suite à l'excellent Skaftafell ?
Je travaille toujours par collages sonores. La matière première d'un morceau est toujours liée à une longue recherche de sons triturés, manipulés, détruits pour mieux les assembler et trouver une concordance entre eux.
Poursuivant l'exploration sonore des thématiques chères, Skaftafell est le deuxième volet d'un tryptique musical autour des forces de la nature et leurs rapports complexes à la vie humaine. Là où Lahar explorait la violence des catastrophes naturelles sur les civilisations qui en sont les victimes, cet album – qui tire son nom d'une immense étendue glaciaire située au sud de l'Islande – s'envisage comme l'image sonore d'une nature dégagée de l'humain, le bruit de ce glacier islandais en perpétuel mouvement. Il annonce en outre le troisième volet du tryptique, dont le thème central sera la destruction de la nature par l'humain...
J'ai ainsi décidé de jouer quelques morceaux ce 22 Juin à La Flèche d'or, et ainsi présenter l'évolution de mon univers.
Ces jours-ci les éléments se déchaînent encore un peu plus que d'habitude. Subis tu un torrent d'inspiration lorsque cela se produit ?
Je suis avec attention ce genre de "perturbations" climatiques. Je constate en fait la cyclicité des choses. Ce que l'on appelle perturbations devient une implacable réalité d'évolution climatique. La nature est industrielle dans son fonctionnement. En effet cela me renforce dans mes convictions et dans mon inspiration quotidienne, cela provoque des déclics de composition.
Y-a-t-il des albums ou des projets qui t'ont particulièrement marqué ces derniers temps ?
-Talvekoidik - Negociate the distance
-Autechre - Exai
-Geistform - data transmission
-Orphx
-Amenra
-Neurosis
-Death Grips
-Agent side grinder
-Alva noto
-Kangding ray
-Jon Hopkins
-Perc, Pinion
Que dirais-tu à nos lecteurs pour les convaincre de venir ce soir ?
Ne vous attardez pas aux étiquettes ! Ca va tout simplement envoyer du bois ! L'intensité et l'émotion seront au rendez-vous !

Brasser la merde