Focus · 24 mars 2014
Violet Poison (ITW + Podcast) - Sciences occultes
Sciences occultes
par Feldspath
« Le violet est une couleur ésotérique. Le poison est la manière la plus féminine de tuer. Caractéristiques de l’univers Darkwave, en somme. »
Vous n’avez peut être jamais entendu ce nom mais pourtant l’homme que l’on nomme Violet Poison (nouvel onglet) possède une discographie impressionnante ainsi qu’un label éponyme après seulement trois années d’activité. Blotti bien au chaud sous l’aile rassurante et protectrice de Dominick Fernow aka Vatican Shadow, Violet Poison a su évoluer dans cet univers bruitiste si propre à son mentor et sortir un premier album en 2013 « Voices From The Hell ». Il forme également un duo Violetshaped avec son compatriote italien Shapednoise avec qui naîtra un album rageur et physique « Violetshaped », là encore en 2013, bousillant le tube digestif d’une techno berlinoise trop habituée à boire du petit lait (Cf. The Lord won’t forget (nouvel onglet)). Pour mieux comprendre le podcast qui suit, il faut savoir que l’univers de l’homme au masque de nylon violet est on ne peut plus particulier. En plus d’être un fanatique du Giallo (Films d’horreur italiens 60-80’s), nous avons affaire ici à quelqu’un fasciné par les doctrines et pratiques liées aux occultistes.
Nous ne pouvons malheureusement pas vous fournir la tracklist de ce podcast mais celui-ci reste téléchargeable. Pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus sur ce podcast, voici les mots de son auteur : « J’ai enregistré ce podcast de la manière la plus brute possible en ajoutant un delay et de la reverb, quasiment à la fin de chaque track. J’ai ensuite passé le tout dans un magnétophone. Pas de synchronisation cette fois-ci. J’aime l’idée de laisser les tracks jouer leur tempo de base, un peu comme une sorte de sélection radiophonique avant l’arrivée de la synchronisation manuelle grâce aux Technics. »
Pour ceux qui ne te connaissent pas encore, peux-tu te présenter à nos lecteurs et nous en dire un peu plus sur ton expérience en tant que musicien et nous raconter la genèse du label Violet Poison?
Violet Poison (nouvel onglet) et son label sont nés en 2011. J’ai sorti un EP cette année-là. C’était une première expérimentation, je comptais continuer à explorer les différents aspects de la musique électronique, j’étais à la recherche d’une nouvelle expérience. La même année, j’ai commencé à discuter sur skype avec un Milanais qui avait déménagé à Berlin, Shapednoise. Il appréciait ma musique, j’appréciais la sienne. Depuis, le label Violet Poison n’a cessé de grandir et je lui ai donc proposé de former un duo, sachant que j’adorais sa musique et son approche plus bruitiste de la techno. Le label Violet Poison est en quelque sorte devenu notre maison, on avait des expériences et une approche différentes qui stimulaient notre créativité. Je suis plus darkwave, il est plus expérimental. Par exemple : quand j’utilise une Korg Poly 800, lui utilise un système modulaire. On a donc commencé à contacter des artistes qui nous tenaient à cœur. Vatican Shadow, Kangding Ray, Grischa Lichtenberger, Roly Porter, Keith Fullerton Whitman et Justin Broadrick sous le nom de JK Flesh ont tous sorti des remix pour le label Violet Poison. Concernant Violet Poison, en tant qu’artiste, je peux dire que j’apprécie cet anonymat. Je suis quelqu’un d’assez réservé et ce masque de nylon m’aide à me sentir davantage en sécurité. Et puis tu connais ce langage visuel : le fétichisme du nylon, les bottes de cuir, maîtresses et esclaves.
Pourquoi avoir sorti ton Album Voices From The Hell sur Hospital Productions et pas Violet Poison Record ?
Je suivais Hospital Productions avec un grand intérêt depuis pas mal d’années. J’ai rassemblé quelques tracks d’experimental en essayant de suivre une ligne directrice logique, comme pour une histoire. Je les ai envoyé à Dominick (Dominick Fernow aka Vatican Shadow NDLR) et il a adoré. Je me rappelle encore de cette nuit où j’ai reçu un email de sa part disant qu’il allait sortir le tout sous format cassette. Sincèrement, ça a été l’une des plus belles nuits de ma vie. Je ne voulais pas sortir cet album sur le label Violet Poison parce que, bizarrement, j’étais certain qu’il allait être signé sur Hospital Production. Une sorte de prémonition ou quelque chose dans le genre.
Tu sembles très proche de Dominick Fernow, Je pense notamment à ton album signé sur HP et ton EP « Awakening Messiah » sur Bed Of Nails, deux labels dirigés par Vatican Shadow. Quelles sont les circonstances de votre rencontre ?
Je peux dire que les labels de Dominick ont beaucoup influencé mon approche de la musique. Si on compare le VPN001 à la cassette sortie sur HP ou le vinyle de "Bed Of Nails", on remarque un grand changement. Excepté la track ambient de VPN001, qui était d’ailleurs un aperçu de ce son énigmatique caractéristique du style que j’allais me définir, la side A et la track B1 ne sont quasiment que des tracks nues et linéaires avec un esthétisme qui se rapproche de ce que tu peux entendre dans un set de Shifted. « Voices From The Hell » et « Awakening Messiah » ont une approche totalement différente. J’ai commencé à produire ces tracks après avoir visionné une douzaine de films d’horreur italiens et des documentaires Youtube tarés « faits maison » (ou des trucs du genre) relatant une théorie comme quoi Obama n’est rien de moins que l’antéchrist décrit dans le livre de l’Apocalpyse. En ce qui me concerne, je rejette la religion, les pratiques religieuses ou toute idéologie politique mais ça restait très intriguant, tout particulièrement pour la musique que j’étais sur le point de créer ou du moins une inspiration pour le choix de mes titres (Cf. « Osiris Antichrist », le nom d’une track sur le vinyle de "Bed Of Nails"). Au départ, je suis rentré en contact avec Dom par mail. Je l’ai rencontré pour la première fois pendant le festival Three Days Of Struggle (nouvel onglet) en 2013. Je n’ai pas été déçu : c’est un mec génial, vraiment formidable. J’y ai aussi rencontré William Bennett, un type incroyable, lui aussi. A un moment où tout était très calme, Dom s’est mis à imiter un mec présent dans la salle, c’était hilarant. On a commencé à se marrer et les gens se sont mis à nous regarder, comme s’ils se disaient « Qui sont ces trois crétins? ». Bref, c’était vraiment drôle.
Concernant “Aldebaran Alabrahamis Oxakindiss” sorti sur Repitch Recordings (Label de Shapednoise, Ascion et D. Carbone NDLR), je me suis inspiré d’un des tout premiers vinyle de Régis sorti sur Downwards. C’est le genre de Techno qui me correspond parfaitement. Je l’ai rencontré à Turin il y a deux ans de ça. Ce type a une vraie mentalité de punk et c’est une très bonne chose.
Parlons à présent de ton duo avec Shapednoise : Violetshaped. Comment est née votre collaboration?
J’ai rencontré Nino pour la première fois à Berlin. J’étais là pour un concert sous mon ancien pseudonyme et il m’a hébergé chez lui pendant une semaine. J’adore cette ville. On est devenu très bons amis et on a commencé à composer ensemble. On a travaillé si dur qu’on a fini le premier album de Violetshaped en quasiment 1 semaine. Un truc de dingues. J’ai déjà composé avec d’autres artistes mais je dois avouer que c’était la première fois que je ressentais une telle symbiose.
Si je te dis Mario Bava, Riccardo Freda, Sergio Martino, Pupi Avati et Dario Argento, tu me réponds ?
J’ajouterais également Lucio Fulci, sans doute le vrai rival d’Argento. Mais tous ces réalisateurs sont dans mon top 10. Des films comme « Shock », « La maison aux fenêtres qui rient », « Les frissons de l’angoisse », « Suspiria », « La longue nuit de l’exorcisme », « Your Vice Is A Locked Room And Only I Have The Key » sont des films clés, qui m’inspirent lorsque je compose. Je suis un grand fan et un collectionneur du genre. En ce moment, je suis à la recherche d’une VHS introuvable des années 80, « II Medium », un film de Silvio Amadio à propos de l’au-delà, de l’occultisme et des phénomènes étranges. D’après les commentaires sur les forums, ça a l’air terrifiant. D’ailleurs, si tu entends parler de quelqu’un qui la vendrait…
Tu dis que ce fameux giallo italien, l’égyptologie et la Franc-maçonnerie sont à l’origine de chacune de tes productions ? Comment traduis-tu cet occultisme en musique ?
J’utilise généralement une machine et des plug-ins qui me permettent de sonner rétro ou vintage, ou au moins des émulateurs de vieux synthés. Je n’utilise pas Max MSP, par exemple. Les installations de drone sont assez ennuyeuses selon moi. Je veux créer de la musique concrète.
Parlons un peu de tes performances scéniques et de ton personnage. Pourquoi ce nom ? D’où t’es venue l’idée de porter un masque de nylon? Signification particulière ou simple volonté de garder l’anonymat?
J’aime le nom Violet Poison parce qu’il a même la signification en anglais et en français. Les deux sont des éléments principalement féminins. Le violet est une couleur ésotérique. Le poison est la manière la plus féminine de tuer. Caractéristiques de l’univers Darkwave, en somme. Comparé à l’Allemagne ou l’Angleterre, les femmes italiennes sont victimes de ces préjugés masculins merdiques. Violet Poison est en quelque sorte un hommage aux femmes. Le masque de nylon comporte un double sens : une façon de rester anonyme mais aussi un lien vers les déviances sexuelles de la franc-maçonnerie et de l’occultisme en général, qui sont des éléments clés de mes projets. Il faut également savoir que ceux qui pratiquent le bondage sadomasochiste et le fétichisme sont pour la plupart des adeptes de l’ésotérisme. C’est un cercle fermé.
L’EP « Sulla Giostra Nell'Ombra » est sorti en janvier dernier sur VP. Il compte des track signées par Rich Oddie aka Orphx avec O/H ainsi que Ascion avec CSA. Le label ne comptait jusqu’à présent que des sorties de Violet Poison, Shapednoise ou Violetshaped. Qu’est-ce qui vous a fait passer ce cap et vous a décidé à héberger d’autres artistes sur le label ?
Le but était de créer une sorte d’ « alter nation » de la techno, en reprenant la musique de nos alliés dans le monde. Dans cette compilation, tu as le Canada, la Serbie, l’Irlande et un immigrant italien en Allemagne, tout ça sur le même vinyle. Il faut également noter que 3 de ces pays ont connu la guerre civile, ce qui rendait justement intéressant le fait de transposer ces évènements tragiques en musique. Une sorte de meeting hivernal entre amis, sur le carrousel d’un parc avant une catastrophe, à savoir la guerre. Il y aura d’autres compilations d’artistes sur le label Violet Poison.
Qu’en est t-il de tes projets à venir?
J’ai un double album à venir sur Haunted Air Records et un remix pour Oxcure, une nouvelle venue sur la scène italienne. Ce remix apparaitra sur son premier EP qui sortira bientôt. Mon prochain album sera une sorte de synthèse de tout ce que j’ai pu faire jusqu’à présent. A savoir cyber-punk, proto-techno, des tracks d’EBM-infected et un peu de minimal wave.
Tu vis actuellement en Italie. As-tu déjà envisagé de venir poser ton baluchon à Berlin ?
Oui, j’y ai déjà pensé mais j’ai surtout appris à vivre en Italie comme un étranger.
Peux-tu nous parler du podcast ebm/darkwave/retro-experimental infected que tu nous as concocté ?
J’ai enregistré ce podcast de la manière la plus brute possible en ajoutant un delay et de la reverb, quasiment à la fin de chaque track. J’ai ensuite passé le tout dans un magnétophone. Pas de synchronisation cette fois-ci. J’aime l’idée de laisser les tracks jouer leur tempo de base, un peu comme une sorte de sélection radiophonique avant l’arrivée de la synchronisation manuelle par les Technics.
ENGLISH VERSION
Can you introduce yourself to our readers who don’t know you yet and tell us a little more about your experience as a musician and about the genesis of Violet Poison Records with Shapednoise?
Violet Poison (nouvel onglet) was born in 2011, both as label and artist. I had released the first EP that year. It sounded like an experiment since I was going to explore other aspects of electronic music and I was looking for a new experience. In the same year of the first release I started some Skype conversations with a guy who moved from Milan to Berlin, Shapednoise. He liked my music, I liked his music. Since VP (label) was growing up I thought I would make him become the half part of it, since I liked his music and his more noisy approach with techno. So Violet Poison became a good home for both, we have slightly different backgrounds and approaches but that helps in the creative field. I'm more darkwave, he's more experimental. To make you understand: if I use a Korg Poly 800, he uses a modular system. Together we started to contact some of the artists we like. Vatican Shadow, Kangding Ray, Grischa Lichtenberger, Roly Porter, Keith Fullerton Whitman and Justin Broadrick under his JK Flesh moniker have released remixes for Violet Poison. About Violet Poison as an artist, I can say I like this anonymity. That nylon mask fits perfectly to the industrial imagery: nylon fetish, leather boots, high heels, mistresses and slaves.
Why did you release your album Voices From The Hell on Hospital Productions and not Violet Poison Records?
I had been following Hospital Productions for a few years with great interest. I put some experimental tracks together, trying to follow a logical path, like a story. I sent them to Dominick and he liked them a lot. I still remember when I got his email late at night, saying he was going to release it on cassette. It was one of the best nights of my life, sincerely. I didn't wanted to release it on Violet Poison because I was oddly sure it would be released on Hospital Productions. A kind of premonition or something like that...
You seem to be very close to Dominick Fernow. I’m thinking about your album on HP and your EP « Awakening Messiah » on Bed Of Nails, two labels led by Vatican Shadow. What are the circumstances of your meeting?
I can say Dominick's labels have influenced my approach with music a lot. If you compare the VPN 001 to the HP cassette or the Bed Of Nails 12" you will notice a total change. Apart from the ambient track of the VPN 001, which was a preview of the enigmatic sound I was going to define, the A-side track and the B1 are almost linear and stripped down techno tracks with some of the aesthetics that you could hear in a Shifted set. "Voices From The Hell" and "Awakening Messiah" have a totally different approach. I started to produce those tracks after watching a dozen of old horror movies from Italy and some crazy self-made Youtube documentaries (or sort of) theorizing that Obama is nothing less than the Antichrist described in the Apocalypse’s Book. I reject any religion, worship or political ideology, anyway that was really intriguing for the music or at least a cool inspiration for a track title ("Osiris Antichrist", a track title of the Bed of Nails 12"). At first, I got in touch with Dom by email. First time I met him was during the "Three Days Of Struggle" festival in 2013. I was not disappointed: he's really a nice guy and a great person. There I also met William Bennett, a good guy too. At one moment when everything was quiet, Dom started an imitation of someone who was there, he was fucking hilarious. We started to laugh and people were looking us like they were thinking: "Who are these three laughing cunts?". Funny.
Repitch’s release “Aldebaran Alabrahamis Oxakindiss”, instead, was inspired by early Regis records on Downwards. That’s the kind of techno who fits to my personality. I met him in Turin two years ago. He got a true punk spirit inside. Great thing.
Let’s talk about your duet with Shapednoise : Violetshaped. Where does this collaboration come from?
First time I met Nino was in Berlin. We became good friends and started to do tracks together. We worked so hard that the Violetshaped's debut LP was finished in 1 week or so. Crazy. I used to co-produce with artists in the past but that was the first time I found a plot of ideas running parallel.
If I tell you Mario Bava, Riccardo Freda, Sergio Martino, Pupi Avati and Dario Argento. What is your answer?
And I would add Lucio Fulci, perhaps the true rival of Argento. But all of these directors are in my top list. Movies like "Shock", "The House With The Laughing Windows", "Deep Red", "Suspiria", "Don't Torture A Duckling" or "Your Vice Is A Locked Room And Only I Have The Key" are key players and a source of inspiration for the music I'm gonna create. I'm a big fan and collector of that genre. At the moment I'm looking for a really rare VHS from 1980, "Il Medium", a movie from Silvio Amadio about the beyond, occultism and related phenomena. If you hear about somebody who is selling it...
I heard that this famous Italian giallo, Egyptology and Freemasonry are the origin of each of your productions. How do you translate this occultism into music?
I use hardware and some digital plug-ins that tend to sound retro and punching. I'm not into Max MSP. Drone installations are quite boring to me. I want concrete music.
Let's talk about your stage performances and your character. Why this name? Where does the idea of wearing a mask of nylon come from? Special meaning or simple desire to remain anonymous?
I liked Violet Poison because it has the same meaning in English and French. Both are mostly feminine elements. Violet is also an esoteric color. Poison is the most feminine way to kill. Darkwave imagery. The nylon mask has a double meaning: a way to remain anonymous and a link to the sexual deviances of Freemasonry and occultism that are keyframes of my project. Also, mostly of BDSM/Fetish practitioners are esotericists. A closed circle.
The EP "Sulla Giostra Nell'Ombra" was released in January on VPRec. It is composed of tracks signed by Rich Oddie aka Orphx with O / H and Ascion with CSA. The label had only releases from Violet Poison, Shapednoise or Violetshaped so far. What made you decide to host other artists on the label?
The aim was to create a sort of "Third International" of industrial techno, taking music from different places in the world. You have Canada, Serbia, Ireland and an Italian immigrant in Germany represented on the same vinyl. And three of these four countries have known civil war in the past so it was interesting to feel a sort of transposition in music of those tragic events. A sort of winter meeting between friends on a carousel in the park before a catastrophe. More V.A. releases on Violet Poison are expected in future.
What about your future projects?
I have an upcoming LP on Haunted Air Records and a remix for Oxcure, a newcomer from Italy. Her debut EP with my remix is due soon.
Album will be a sum of the sound I have been released until now. Cyberpunk proto-techno, slow and faster EBM-infected tracks and a couple of minimal-wave tunes.
You live in Italy. Did you ever thought to move to Berlin?
Yes, I thought about it but I learned to live in Italy like a foreigner.
Can you tell us about the podcast EBM/Darkwave/Retro-experimental infected you've concocted?
I recorded it using the rawest method possible and adding just some delay and reverb at the end of each track or so. Then I passed the final recording into a tape recorder. No sync this time. I liked the idea to let the tracks play their original tempo like a sort of vintage and pre-Technics radiophonic selection.

Brasser la merde
1 commentaire
bastien_lml
Ce serait cool d'avoir la tracklist !
la suite, depuis 2026