
Le fait qu’Ambareesh (nouvel onglet), producteur techno helvétique encore il y’a peu inconnu au bataillon, tienne son nom d’un célèbre acteur indien reconverti en politique (ministre du logement quand même), ne doit pas semer le doute sur ses intentions ni en l’occurrence sur sa musique. Point de production bollywoodienne ici mais une recette qui si elle est éprouvée (une pincée d’indus, d’idm et de beats techno syncopés) se révèle toujours d’une efficacité redoutable. Après quelques maxis confidentiels sortis sur son propre label créé l‘année dernière, Amba Amba, Ambareesh signe sur la structure belge bicéphale Ante-Rasa (nouvel onglet) ce bien nommé Aquaplanning. Car même si l’on reste dans les rails d’une certaine techno industrielle, notre homme sait multiplier les angles d’attaque, brouiller les pistes en faisant se télescoper les références avec une sauvagerie jubilatoire. Ce n’est pas pour rien que plane constamment sur ses productions l’ombre de l’anglais Blawan, tant pour cette techno débonnaire toute en dérapages contrôlés que pour cette manière de se dérober constamment au genre dans lequel il s‘inscrit.
En quatre titres Ambareesh recycle tout ce qui est sorti depuis deux trois ans en techno, tourneboulant nos sens comme à l’intérieur d’un vortex temporel, sans pour autant perdre de vue son auditoire ni surtout la sacro-sainte équation rigidité/expérimentation chère à la doctrine industrielle. Chez le suisse tout est bien entendu question de précision, de métrique, mais aussi de déplacement pour ne pas dire de détournement. On est en terrain connu et pourtant tout a imperceptiblement changé. Le titre éponyme qui introduit l’e.p le fait de la plus brillante manière mais aussi de la plus perverse qui soit : à coup de tic tac métronomiques et hypnotiques qui vous font lentement faillir avant qu’une ligne de basse rampante et des leads saturés vous fassent finalement sombrer vers des zones marécageuses des plus inhospitalières. Et au pays du trompe l’œil, seul le rondpoint sert de repère aux plus égarés quand il ne rappelle pas à s’y méprendre les pérégrinations aqueuses du duo Lakker, autre cousin pas si lointain d’Ante-Rasa (rappelons le signés chez le mythique R&S). Mais c’est véritablement Time flies away qui emporte l’adhésion avec son ambiance de rituels sabbatiques de la fin des temps.
Comme rappelé plus haut, nous ne sommes pas en Belgique pour rien, terre de nombreux courants électroniques modernes et plus récemment de la très respectée écurie Token (Ctrls, Ø [Phase] ou encore Inigo Kenedy responsable il y’a quelques mois d’un admirable Vaudeville). C’est justement à Inigo Kennedy auquel on pense tout au long des plages synthétiques d’Unconditional love qui vient apaiser, tout est relatif, un maxi pour le moins chahuté. L’occasion pour Ambareesh de glisser quelques samples ethniques saturés, comme à la fin d’un rite spirituel indou (vous l’aurez compris notre homme entretient un lien affectif avec ce pays). Aquaplanning se présente comme un véritable labyrinthe techno, d’où que vous le preniez vous repasserez sans le savoir par les mêmes arcanes, retomberez dans les mêmes lieux tout en ayant le sentiment étrange de les redécouvrir. C’est en cela que ce nouveaux maxi d’Ambareesh, plus que ses précédents, est aussi envoûtant qu'addictif. Là où ses multiples transpositions pourraient s'avérer indigestes, le producteur suisse parvient à construire et déconstruire son édifice en permanence, à le faire partir en vrille, tout en conservant une approche instinctive et organique de sa musique. A l’heure de l’annonce du prochain et décevant second album de SHXCXCHCXSH, voici certainement l’un des ovnis techno de cette rentrée.






Brasser la merde
3 commentaires
Globule
c'est vachement bien ! ça m'a un peu fait penser à Planetary Assault Systems. merci pour la chronique.
Nils Travers
Rondpoint...ou mettre du sleeparchive dans ton lakker.
Georges White
@Globule : Luke Slater n'aurait certainement pas renié certaines de ces compositions même si on sent bien coté production qu'on est plutôt ici du coté Est de l'Europe. @Nils Travers : Joli !
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