
L’angoisse a beau être un ressort musical récurrent, rares sont les albums réussissant à maintenir l’inconfort. Entre ceux qui veulent en faire trop, quitte à verser dans le grand guignol, et ceux qui choisissent l’introspection, quitte à tomber dans l’opacité, il existe une terre inhospitalière, aux rivages difficilement accessibles. Cette terre hostile se complait dans la paranoïa narrative et compte dans ses rangs des entités telles que Mohammad, The Haxan Cloak ou bien Raime. C’est au tour de Bolder de rejoindre cette équipée sauvage.
Bolder est un duo autrichien, mené par Martin Maischein et Peter Votava, tous deux membres de multiples entités électroniques obscurs (allant de la drum’n’bass à l’illbient). Hostile Environment est la première sortie du groupe. Si cette dernière a attiré mon attention c’est parce que l’album sort directement aux Editions Mego (nouvel onglet), vaste label qualitatif et exigeant (Oren Ambarchi, Mark Fell, Keith Fullerton Whitman et j’en passe), et surtout parce que Rashad Becker (le type derrière l’excellent Traditional Music of Notional Species vol.I) est derrière la masterisation du monstre.
Car oui, il s'agit bien d’un monstre, d’une entité autonome capable de vous bouffer l’esprit dès les premières mesures. Hostile Environment est un parcours sentencieux dont la lenteur ne sert qu’à souligner l’absence d’espoir. Ainsi, dès l’ouverture, Sinking Cities, la progression apparaît comme laborieuse, aux confins d’une paranoïa soigneusement mise en scène. Il suffit d’une simple nappe synthétique pour convoquer vos démons et provoquer la chair de poule. Toute la force de Bolder tient dans un sens narratif simplifié à l’extrême et pourtant hautement addictif. Le cœur de l’album est atteint avec Deep Cuts dont l’introduction ténébreuse et tremblante fait ensuite face à une dark-ambient de cathédrale, immense odyssée nihiliste.
Bolder varie à chaque titre le déplaisir, passant d’un drone grésillant à un glitch métallique, le tout souvent gonflé par des infrabasses renforçant l’impression d’immersion. Les 6 titres nous conditionnent pour mieux apprécier le final guerrier de Passive Agressive dont la lutte paraît perdue d’avance. C’est ainsi que les 40 minutes d’Hostile Environment s’achèvent dans une noirceur totale, nous laissant face à notre propre paranoïa.
Sans être parfait (l’album manque parfois de puissance), Hostile Environment n’en demeure pas moins suffisamment sombre et narratif pour pouvoir tout balayer sur son passage. Avouons que c’est déjà beaucoup.






Brasser la merde
2 commentaires
Tsubz
Fort sympathique. J'ai bien aimé ce moment où ils utilisent la perceuse pour nous faire des petits trous dans le crâne.
zaaaab
ça nécessite d'avoir un bon systeme de son mais putain, putain, qu'est ce que c'est bon même après 200 écoutes.
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