silent weapons for quiet wars

Pochette de Urban Blues

chronique · 12 mars 2014 · Drone / Ambient

Strom Noir

Urban Blues

J'ai parcouru le monde, sans, hélas, trouver ville ni pays où l'on vendit la chance au bazar. (Orfi Shirazi)

par Lexo7

Strom Noir, Emil Mat'ko de son vrai nom, est un artiste slovaque installé à Bratislava. Il a depuis 2007 écumé des crémeries ambient dont la réputation n'est plus à faire. Hibernate, U-Cover, Dronarivm, dataObscura, pour ne citer que celles-là. La guitare, traitée ou non, est son instrument de prédilection. Ce qui vaut parfois même à certains de ses travaux d'être étiquetés "post-rock". Du côté des influences probables, il convient à mon avis de citer Stars Of The Lid. Pour être plus précis, et aussi peut-être un peu moins "évident", sa musique peut être située à mi-chemin entre Spheruleus (avec qui il a collaboré sur Audio Gourmet l'année dernière) et Hakobune. Pour ce qui est sans doute son meilleur album, il pose les valises chez le label polonais Zoharum, à qui on doit les sorties d'album de Troum, Machinefabriek ou [Haven] (ex pensionnaire de Tympanik). Urban Blues est sorti il y a à peine six semaines, et bandcamp affiche 47 exemplaires restants (sur 300).

Ôde à l'errance mentale et à la contemplation active, Urban Blues est le partenaire sonore idéal pour accompagner un soir de retour (ou une veille de départ) au coeur d'une ville dont on avait sciemment omis certains détails. Le parfum tenace de certaines ruelles maintes fois arpentées, où le temps mord plus qu'il ne meurt quand on accepte enfin de regarder leur béton transpirer avec sérénité. Pétrifier le temps, et le tumulte aux alentours. Trouver un parc, une forêt, pourrir à l'ombre des tours. Offrir sa couenne en pâture au soleil, regarder droit dedans, avec la nostalgie rieuse qu'on voue aux anciens amours. Fixer un point visible à travers les horizons. Dessiner les contours d'une chambre avec vue sur demain. Survivre à l'aurore, tout en priant pour qu'elle soit belle.

Elle habite au vingtième, ça fait treize étages plus haut que le septième ciel. Quand je descendrai d'ici, plus rien ne sera jamais pareil.

Des lignes indolentes, parfois pigmentées de parasites (qui lors des premières écoutes peuvent faire penser à des fautes de mix), une grande variation dans le traitement des guitares qui contraste sévèrement avec les productions actuelles du genre (comprendre où tout ne repose pas sur le "time stretching" et sur le "diluvien"). Du clair obscur, pour échapper au sempiternel et classique "tout opaque". Le slovaque joue avec les limites pour donner du larsen aux songes, fragmente ses propres coulées pour les soustraire à l'éponge. A la beauté béate de Mal'ovanie Dùhy et Night Blooming succède l'onctuosité obscure de Zavtra, plus beau titre de l'album, où ce qui ressemble à des hélices frondeuses redéfinissent l'imprévisible dans un battement de cils. Aussi beau qu'inquiétant, résolument captivant. Textures, très très beau également, est le titre sur lequel on sera une nouvelle fois tentés de poser un diagnostic vaguement (et donc intelligent) post-rock. Distributions d'ondines, de field recordings discrets, d'ombres glabres qui dansent dans la lumière, à écouter en interceptant les premières goutes de rosée. On pourrait bien sûr décrire tout ce qui vient ensuite, toutes ces fuites de gaz apaisant se mélangeant aux néons et aux vapeurs. Alors je vais me contenter de préciser qu'ensuite, tout ce qui mue m'émeut. Les rues sont vides et pourtant tout est apaisant. Comme une nouvelle peau sortie de la plaie.

Splendide disque pour accompagner la torpeur d'un printemps qui s'éveille sans avoir souffert de la piqûre de l'hiver, certaines pérégrinations et échappées en cités mortes (seulement pour nous), Urban Blues devrait marquer l'année ainsi que bien des contemplatifs inspirés. Seuls trois titres sont "streamables" sur le player bandcamp. Une raison de plus pour s'offrir l'album complet, qui mériterait de squatter durablement bien des chevets.

Lexo7

Brasser la merde

1 commentaire

  1. barnabé

    Je voulais attendre d'avoir écouté l'album avant de commenter mais j'ai très peu de volonté donc je me lance : c'est une très belle chronique, chapeau! Je vais écouter ça ce soir, j'ai presque peur d'être déçu aux vues du propos qui est tenu. Juste un petit truc qui m'intrigue, qui est l'auteur de la citation?

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

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