
chronique · 30 octobre 2015 · Techno / House
CW/A
Words Unspoken, Acts Undone
"The day of smart machine will soon arrive. Man must prepare for this now. Call Ray."
par Void
Si on m’avait dit un jour que le duo Clockwork (nouvel onglet) / Avatism (nouvel onglet) sortirait un album mêlant Techno, IDM, Breakbeat et Industrial, j’aurais certainement ri et peut être même encore pris peur. Comme quoi à l’impossible nul n’est tenu, le duo, plus habitué des soirées mousse, Minimal / Tech House qu’aux expéditions field recording en aciérie, a, semble-t-il, réussi le retourné acrobatique parfait. Thomas Feriero et Francesco Leali, réunis sous le nom de CW/A (nouvel onglet), signent leur premier long format avec un LP qui n’est en réalité que le prolongement d’un virage stylistique entamé il y a environ deux ans par les deux producteurs.
Pensé comme un hommage à la Jungle, au Warp des 90s et aux productions Techno influencées par Downwards, Words Unspoken, Acts Undone aurait pu n’être qu’un écrasant échec et ce papier la chronique, peu chevaleresque, d’un désastre annoncé. Détrompez-vous, il n'en sera rien. On aurait d’ailleurs été franchement déçus de voir la faction milanaise Parachute Records (nouvel onglet) fauter si peu de temps après la sortie de la compilation Fabric Safety Apparatus Vol.1 (nouvel onglet), petit précis d’insubordination Noise Techno et IDM Technoïde particulièrement appliqué.
Ceux qui, comme moi, se sont bêtement marrés en imaginant le contenu du LP sans en avoir toucher une goutte se raviseront bien vite. En tant que fruit de la collaboration d'anciens producteurs de Tech House, autant vous dire que l'album ne partait pas franchement avec un avantage... Et pourtant, dès la première écoute, difficile de nier l'évidence... Words Unspoken, Acts Undone est une tuerie totale. Les beats féroces, taillés au scalpel, défilent à une vitesse hallucinante dans un déchainement de rage et de rouille fêlé. La base rythmique tétraédrique concassée est bien souvent proche du breakbeat. L’incision se fait aussi par l’itération de signaux basses fréquences insistants voire frénétiques. Bury The Hatchet en est la parfaite illustration. On déguste à pleines ventrées l’efficacité de ce stepper âpre et entêté, théâtre d'un dénouement mélodique miraculeux. Soyez patients, vous verrez par vous-même.
Un autre fait marquant réside dans l'attention portée au sound design, scrupuleusement détaillé de bout en bout. L’album fait la part belle à un échantillonnage de field recordings et textures métalliques minutieuses; la musique industrielle faite reine. Tant et si bien qu’à tout moment de l’écoute, on peut entendre racler, craquer, agoniser les engrenages désolidarisés d’une machine au bord de l’implosion. La track Conjunct Empathy, Electronica wagnérienne pour tweeker, puise sa force dans cette alliage de radicalité rythmique et texturale. Ce sont encore ces textures saturées et ces glitches mécaniques qui donnent à 19-9241-75-13294 son implacable brutalité, son mordant pour en faire ce qui reste sans conteste l'un des meilleurs titres du LP.
Bien qu’elle ne constitue pas une priorité pour le duo, la structure 4x4 trouve aussi sa place dans l'album. Tout d’abord avec la Techno bleepée de Mantra mais surtout avec Acrimony, balle Indus Tech, foreuse infernale qui devrait faire s’agiter les nuques sans trop de difficulté. La track déborde de mille influences à peine masquées, quelque part entre Clouds et Ancient Methods. Elle contentera à coup sûr ceux d’entre vous qui ne jurent que par l’alignement de kicks. Enfin, nous ne pouvions décemment pas clôturer cette chronique sans évoquer l’ultime badassery Rainer Has No Shadow, hybride Industrial Techno glacial, rencontre fictive entre le Dub meurtrier des premiers Kerridge et les mélopées sépulcrales de Talker. Ouais, rien que ça.
Que les râleurs du fond de classe se voient accorder un point, cet album n’est ni le premier, ni le dernier à relater les dérives de l’ère post-industrielle sur des nuées de percs martiales ou même à revendiquer une sévérité harmonique despotique. Et pourtant, Words Unspoken, Acts Undone réussit à déjouer le conformisme morbide de bien des productions du genre; ceci notamment grâce à des synths Leftfield d’obédience Warpienne et à un déluge de broken beats industriels bien montés. Tout cela nous rappelle étrangement une autre pépite du genre, le LP éponyme de These Hidden Hands sorti en 2014. Ceux qui avaient laché leur billet à l'époque peuvent foncer tête baissée, ils ne le regretteront pas. Quant aux abonnés absents, qu’ils soient rassurés, le LP ne devrait pas avoir de mal à trouver sa place dans notre classement 2015.






Brasser la merde
4 commentaires
Content
Content que vous chroniquiez enfin ce duo qui vient de loin !
Chesh
Merci pour la découverte, rarement un album ne m'a autant emporté.
Le Gros
Merci, très belle découverte; ça fracasse, si j'ose dire.
Yannosh
Tuerie.
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