silent weapons for quiet wars

Pochette de I'd Rather Sit Alone

chronique · 22 janvier 2016 · Techno / House

Nick Klein

I'd Rather Sit Alone

"Tu veux que j'te dise, le temps détruit tout.", Irréversible, 2002.

par Void

Enrayés les engrenages et pistons de la Motor City, finies les embardées à 140 bpm, la Techno telle que l’a connue la génération précédente prend la flotte et sombre à vue d’œil. Pourtant, bien loin de se laisser aller à la futile nostalgie, la nouvelle génération lui façonne depuis quelques années déjà un nouveau visage, une nouvelle identité. Plus lente, plus lourde, plus libre aussi, la Techno de la fin 2000 et des années 2010, portée par des producteurs non pas nécessairement talentueux mais désireux de créer quelque chose de nouveau, s’est peu à peu émancipée des redondances stylistiques inhérentes au genre, esquivant tant bien que mal la redite.

De la réduction symptomatique des bpm aux rythmiques hybrides, de la montée en force de l’expérimentation analogue tous azimuts, source d’innombrables étrons passéistes, en passant par la démocratisation de l’Ambient / Deep Tech, les nouvelles tendances ne manquent pas. Pourtant, il faut bien l’avouer, on en a déjà un peu ras-le-cul de devoir faire le tri entre les releases archétypées d’opportunistes écervelés, d’expérimentateurs autistes bien trop camés pour sortir quoi que ce soit d’audible ou encore, ceux-là sont les plus nombreux, de plagiaires patentés qui manient bien mieux le micro-onde que le MicroKorg... Oserais-je citer dans cette dernière catégorie la magnifique pompe de l’ami Refracted sur son dernier LP largement encensé par les sites « spécialisés » ? Non mais sérieusement, quel drame...

Dans ce spectaculaire amas d’artworks noirs et blancs et de monikers au participe passé gentiment désuets, la recherche d’une Techno un tant soit peu authentique ou à défaut, un minimum inventive n’est pas une foutue sinécure – certains lecteurs perspicaces saisiront entre ces lignes bilieuses un semblant d’explication quant à la relative rareté des chroniques Techno ces derniers temps. Trêve d’amertume, qui nous tuera tous, figurez-vous que tout cela ne nous empêche pas de piocher inlassablement les mêmes sillons infertiles et de temps à autres de tomber sur un obus égaré, vestige à la beauté d’autant plus saisissante qu’inespérée. La sortie dont il est question aujourd’hui est de celles-ci.

Sortie sur le label Canadien Summer Isle (nouvel onglet), I’d Rather Sit Alone est l’œuvre de Nick Klein (nouvel onglet), auteur de sorties sur Private Archive (nouvel onglet) ou encore sur l’intransigeante et passionnante écurie berlinoise, Unknown Precept (nouvel onglet). Depuis environ 3 ans, Nick Klein squatte les versants les plus rugueux de la musique Indus / Synth. Sa musique est sale, noire, dense, puissante et maculée d’éléments Noise et Techno sans jamais se départir d’une justesse et d’une inventivité caractéristiques ; c’est d'ailleurs le cas pour les 4 tracks de son nouvel EP. Comme sur ses précédentes productions, l’américain conçoit des installations sonores holistiques, basées sur la confrontation, plutôt que sur la juxtaposition, d’éléments sonores rares qu’il laisse s’entrechoquer dans d’immenses chambres froides, jusqu’au fracas. L’heure n’est pas aux mariages euphoniques mais aux collages Dada schizophrènes – cf. American Stomach, Stepper Noise meurtrier, le visage de l’effroi – et aux lettres d’amour à l’arme blanche – cf. West Palm Beach, Florida Ambient Tech déptichée, tuerie sans nom. Prévenons d’emblée nos lecteurs les plus candides, amateurs de bangers polis ou oreilles sensibles, cette cassette n’est pas faite pour vous – et oui, encore une… Ici, personne n’est le bienvenu.

I’d Rather Sit Alone est aussi et surtout le témoin de cross overs audacieux, égarés entre Noise, Techno, Industrial et Darkwave. Les synthétiseurs, est-il nécessaire de le préciser, y tiennent une place prépondérante. Ils sont notamment utilisés pour disséminer de parts et d’autres du EP quelques mélodies violacées discrètement Darkwave infiniment appréciables. On pense en particulier à l’introduction du EP, Uncontacted Tribe Of One ainsi qu’à sa conclusion sur lesquelles l’influence des genres sus-cités est particulièrement notable. Le maxi, melting pot né de la combustion spontanée, nous rappelle une autre excellente surprise du genre, l’album de S S S S, Administration Of Fear sorti sur Haunter Records – chroniqué ici.

A l’instar de ce dernier, l’EP chroniqué est relativement inégal – n’est-ce pas finalement le lot des musiques expérimentales ? Il n’en demeure pas moins profondément intéressant. I'd Rather Sit Alone est sans aucun doute le meilleur (voire le seul) OVNI du genre recensé ces derniers mois, ce qui constitue déjà en soi un prétexte suffisant pour vous en parler. Anxiogène, puissante et noire, terriblement noire, cette sortie exposera aux oreilles des auditeurs, qu'on espère nombreux, le talent d’un artiste injustement mésestimé et c’est bien là le plus important.

Void

Brasser la merde

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