silent weapons for quiet wars

Pochette de Ultimo Domicilio

chronique · 5 juin 2014 · Expé. / Modern Classical

Emanuele de Raymondi

Ultimo Domicilio

« Prendre une photo, c'est s'associer à la condition mortelle, vulnérable, instable d'un autre être (ou d'une autre chose). C'est précisément en découpant cet instant et en le fixant que toutes les photographies témoignent de l'œuvre de dissolution incessante du temps. » (Susan Sontag, Sur la photographie)

par Johann Tournebize

Auteur il y a deux ans de l'impressionnant ovni Buyukberber Variations, le compositeur Emanuele de Raymondi en avait désarçonné plus d'un avec ce premier essai. Ses manipulations bluffantes des enregistrements de la clarinette d'Oğuz Büyükberber lui avaient d'ailleurs valu une place au sein de la sélection 2012 de la rédaction. La sortie d'une nouvelle production de l'italien, sur le label ZerOKilled Music qui l'avait hébergé, était attendue depuis quelque temps déjà et avec impatience. L'EP s'intitule Ultimo Domicilio et a été conçu en collaboration avec le photographe Lorenzo Castore.

Un travail qui a débuté en 2008 lorsque Castore s'est rendu dans 5 domiciles, en Europe et Outre-Atlantique : Finale Ligure (Italie), Fontenay Mauvoisin (France), Sarajevo / Mostar (Bosnie), Brooklyn (US) et Cracovie (Pologne). Des lieux qui témoignent des exils et des guerres qui ont marqué l'Europe et qu'Emanuele de Raymondi retranscrit au travers de ces 5 pistes qui constituent l'EP et accompagnent la vidéo.

Des compositions (instrumentales et électroniques) courtes mais empreintes d'une cadence assez soutenue. Que ce soient les marteaux de son piano (que l'on entend régulièrement) ou les pulsations aux relents cardiaques ou industriels, le rythme nous accule contre le mur. Pas de peloton face à nous cependant, mais des murs chargés d'histoire. Des photographies, des livres et divers objets entassés dans ces maisons comme autant de souvenirs qui ne souhaitent pas sombrer dans le passé. Autrefois désertés durant les guerres ou, au contraire, lieux de refuge, ces domiciles déversent alors leurs mémoires par vagues et assaillent le visiteur.

On ressent ainsi une certaine urgence dans cet Ultimo Domicilio. Celle aussi de s’abriter derrière ces murs alors que les balles pleuvaient autour. Ou de fuir ces villes ravagées et ensanglantées. Une urgence qui ressurgit de ces fragments d'histoires et dynamise furieusement à l'écoute. Bien que très court (17 min), cet EP reste néanmoins une excellente porte d'entrée pour découvrir l'univers du compositeur italien.

Johann Tournebize

Brasser la merde

1 commentaire

  1. madfab

    Buyukberber Variations (je me le suis procuré après lecture de votre chro) : c'est vrai que le "travail" était intéressant ...avec toujours cette impression que les compos restaient à l"état d'ébauche cpdt (après, c'étaient des variations =place était donnée à l'impro je pense ) ........ps écouté celui là encore

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

    pas de compte : ton pseudo est protégé par un ticket que ton navigateur garde pour toi.

    dans le même courant · expérimental

    En attente