silent weapons for quiet wars

Pochette de Saman

chronique · 9 septembre 2014 · Expé. / Modern Classical

Hildur Gudnadottir

Saman

"Sound itself is nothing but movement." (Hildur Guðnadóttir)

par Aurélie S.

Mouvements qui s’élancent, se rétractent, assiègent et pénètrent le corps. L’islandaise façonne les oscillations de sa matière sonore, ses boucles et ses tourbillons, sa grâce. Les résonances viscérales de son violoncelle sont de celles qui, inlassablement, cisaillent doucement la chair.

Avec Mount A, Without Sinking et Leyfðu Ljósinu (tous parus chez Touch), Hildur Guðnadóttir a offert des albums splendides, dont on ne remonte jamais vraiment la surface. Ses collaborations foisonnantes nous amènent à la retrouver aux côtés d’Hauschka sur le merveilleux Pan Tone, ou sur certains d’albums tels que Theory Of Machines, de Ben Frost, ou The Short Night, de BJ Nilsen, pour ne citer qu’eux.

Il y a deux ans de cela, Hildur Guðnadóttir nous avait laissé avec une pièce live se démarquant quelque peu de ses albums précédent, mais dont le poids s’est progressivement révélé capital dans sa discographie. Penchant du côté du drone, avec un final à la tension extrême, Leyfðu Ljósinu est un disque profondément intime, qui avait notamment accordé une place toute particulière au chant de la jeune femme.

Cette voix fragile qui se perdait dans les boucles pour en devenir quasiment indistincte, on la retrouve sur Saman, cette fois beaucoup plus présente. Une trajectoire qu’a voulu donner la violoncelliste à ce nouvel opus, toute entière contenue dans le titre de l’album, signifiant "ensemble" en islandais.

Silences, dialogues éthérés. L’une dans l’autre, l’une avec l’autre, les voix du violoncelle et d’Hildur Guðnadóttir prennent ainsi la mesure de l’espace, y déroulant un rythme lent fait à la fois d’attente et de calme, d’inquiétude et de retenue. Dans cette manière d’être au monde, la clarté et le dépouillement du chant se revêtent d’une part de sacré. En y regardant de plus près, on remarquera d’ailleurs que Heyr Himnasmiður n’est autre que la reprise d’un hymne liturgique islandais.

Sur Líður, où le piano est également présent, l’enchevêtrement des voix, des cordes et des silences porte des nuances de timbres et de hauteurs qui donnent tout leur sens à la recherche d’Hildur Guðnadóttir. A l’image de l’artwork, c’est ici un jeu de miroirs où les reflets s’échangent. On lui retrouve ce vacillement si caractéristique, semblable au mouvement d’une balançoire élargissant insensiblement un territoire d’ombre et de lumière pris entre le sol et le ciel.

On regrettera toutefois qu’elle n’aille pas totalement au bout de sa démarche, puisque sa voix s’absente d’un certain nombre de titres. Ajoutons à cela la présence de certains titres dispensables, qui n’en font pas l’album le plus captivant de sa discographie. L’occasion quand même, de se replonger dans un univers absolument somptueux.

Aurélie S.

Brasser la merde

3 commentaires

  1. passe la monnaie

    merci de nous faire intéresser a des genres dont je n'aurais jamais eu l'initiative de m'interesser

  2. Pierre

    Franchement, je trouve cet album vraiment trop court. Et c'est un problème. Autant les trois précédents opus me suivent tout le temps ce qui place Hildur Gudnadottir tout en haut de ma playlist, autant celui-ci ne m'emporte pas autant, ce qui me déçoit bien sur profondément. Habitué aux formats 7 - 30 minutes de l'artiste, il est bien douloureux de se retrouver face à des morceaux de 1 à 3 minutes. Pis encore, cette retenue dont vous parlez appauvris âprement sa musique. Je garde Thoka & Baer.

  3. Tacrolimus

    Assez d'accord pour placer ce disque en dessous des autres, en dehors du premier morceau Strokur pour le coup assez long (ok ok) et absolument somptueux.

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

    pas de compte : ton pseudo est protégé par un ticket que ton navigateur garde pour toi.

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