silent weapons for quiet wars

Pochette de Meridian

chronique · 16 juin 2015 · Expé. / Modern Classical

Evan Caminiti

Meridian

Le prédateur ne salue jamais sa proie, si ce n'est pour lui sucer le sang.

par Lexo7

Moitié du célèbre duo drone/rock/ambient Barn Owl en compagnie de Jon Porras, Evan Caminiti s'autorise des embardées en solo depuis 2009. Sans faire ombrage à ses grands talents de guitariste, ses travaux personnels n'ont jusqu'ici jamais atteint le niveau de ceux produits en duo, ou même si on se contente de les comparer strictement à certains disques sortis par Jon Porras (surtout Black Mesa). Peu emballante fut pour moi sa sortie de l'année dernière, Coiling (uniquement disponible au format digital), représentant très bien l'inégalité de son boulot dès qu'il ne se contente plus de manipuler des guitares. Je reste un sage amateur de son When California Falls Into The Sea et j'avoue également trouver certaines fulgurances (fugaces) à Night Dust. Plus ou moins consciemment, j'attends sans doute trop individuellement des membres de Barn Owl, qui en duo avec V sont parvenus à intégrer plus que convenablement un sévère renfort électronique à leurs compositions. Si Coiling m'avait quand même forcément moins déçu que le hautement dispensable Light Divide de Porras (autre exemple abscons d'errances électroniques), c'est donc sans grandes convictions que je posais il y a quelques jours mes esgourdes sur le Meridian en présence. Autant dire dès l'introduction que la persévérance est une noble vertu, puisque cet album me scie littéralement les membres et me fait bouillir le sang. Voilà qui tombe bien, puisque selon les propres dires de l'artiste, le concept et le nom de l'album sont en lien avec des canaux d'énergie corporelle.

Que je fasse particulièrement référence au sang relève de mon interprétation toute personnelle. Peut-être pour mieux inviter le lecteur/auditeur aventureux à pousser le volume du disque au point de s'en faire sauter le casque, ou jusqu'à se faire ruisseler des sueurs froides sur les tempes en ébullition. Ainsi, les gargarismes électroniques de l'immense Curtains (qui malgré sa définitive sombritude réserve une dimension mélodique hors du commun) apparaîtront peut-être tels des anévrismes au bord de la rupture.

Même si le cut de boucher du court Overtaken d'ouverture était déjà digne de confiance, on comprend dès le troisième titre (nan mais ce Collapse quoi...) que l'américain est enfin parvenu à sublimer ses tentatives d'intégrations électroniques, avec une réelle maîtrise de certaines bécanes analogiques et l'insertion de field recordings dignes du feu de Dieu . Le travail sur les basses est juste impressionnant, les rythmiques et tous les éléments pulsatiles fantomatiques ont ce quelque chose de complètement venimeux et addictif, installant certains titres comme des potentielles ouvertures (ou fermetures) de sets techno d'afters. Pour ajouter au bienvenu renouveau, le traitement des drones et des signaux de la guitare, déjà une spécialité du californien, est ici poussé à un niveau qui relève de l'excellence.

D'un Arc lacérant les chairs au plus que bien manipulé Stream, en passant par les sentiers venteux de Wire (y a des crins ou quoi ?) ou la divine sanction d'Excelsior, Meridian invite à se montrer à l'écoute de son propre corps, de ce qui réchauffe et absorbe dans les entrailles et de tout ce qui fait appel au viscéral. Pour faire de tous corollaires des alluvions reliés à un delta qu'on voudrait tenir encore chaud au creux des doigts. Transpercé de partout, vaporisé de part en part, perdre le contrôle des rivières pourpres pour mieux prétendre au nectar.

Si jusqu'alors la musique de Barn Owl était la compagne idéale pour courir jusqu'à s'en perdre aux pieds des insaisissables virevoltants, Meridian d'Evan Caminiti pousse à contempler la mutation des cieux et des fleuves dans ce qu'ils ont de plus sanguinolent. Sans doute le sommet de sa discographie. Un grand disque qui sort aujourd'hui, et dont l'édition limitée en vinyle "or" devrait attiser bien des appétits.

Lexo7

Brasser la merde

3 commentaires

  1. Francky 02

    Excellent disque, mais peut etre pas à la hauteur de l'album d'Evan Caminiti sorti il y a 2 ans sous le nom de PAINTED CAVES !

    http://shelter-press.com/029-Painted-Caves-Surveillance

    1. lexo7

      Merci pour la découverte, je ne le connaissais pas sous cet avatar. Je l'ai écouté (deux fois seulement) cette nuit, et je dois dire que je nuancerais ton enthousiasme. Trop de réverb' de cachalot, pas assez de guitares, mix et master d'un niveau bien moindre, ça fait son taf d'oppression un peu trop facilement, je l'ajouterais donc à ses disques inégaux contenant quelques bonnes choses. Mais merci quand même, en plus ça fais de la pub à Shelter Press, c'était ptet le but en même temps.

  2. blacksad

    Ah ça pour déboucher les Chakras, ça débouche.

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

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    En attente