silent weapons for quiet wars

Pochette de Loin Des Hommes (OST)

chronique · 20 mai 2015 · Expé. / Modern Classical

Nick Cave / Warren Ellis

Loin Des Hommes (OST)

"En art, tout vient simultanément ou rien ne vient ; pas de lumières sans flammes." - Albert Camus

par Blacksad

Il ne fait aucun doute qu'en Warren Ellis, musicien de studio reconnu et membre du fameux trio de post-rock/blues Dirty Three, Nick Cave a trouvé un de ses lieutenants les plus fidèles et talentueux. Ellis a insufflé, au sein des Bad Seeds, un souffle nouveau, en particulier depuis son arrivée à l'écriture en 2004 sur Abbatoir Blues/The Lyre Of Orpheus. Depuis le départ de Blixa Bargeld en 2003 et celui de Mick Harvey en 2009, il est même devenu le dernier rempart de Nick Cave, et on doit sans doute au violoniste la réussite incontestable qu'est Push The Sky Away, paru en 2013, par ailleurs encensé dans ces pages (nouvel onglet). Mais voilà, depuis 2013, Nick Cave a un peu trop tendance à jouer la branlette intellectuelle.

On pardonnait 20,000 Days On Earth, hagiographie inégale mais qui avait le mérite de faire apparaitre Cave et Bargeld ensemble à l'écran (dieu que le teuton a pris du poids). En revanche, j'ai plus de mal à pardonner sa discutable tournée "solo", qui n'en est pas une puisque les Bad Seeds l'accompagnent la moitié du temps, et le petit Nicholas m'a carrément irrité avec l'annonce de son nouveau livre, The Sick Bag Song, dont l'édition limitée coûte la bagatelle de... 750£. Inutile de dire que, quand Nick s'est retrouvé à la B.O d'un film qui me faisait justement très envie, Loin des Hommes, je me suis senti excité comme une puce. David Oelhoffen avait beau être le responsable de la daube Nos Retrouvailles, la simple idée du duo Ellis/Cave se remettant aux affaires me faisait tremper mes draps.

Précisons ici quelques petites choses : d'abord, je n'ai pas lu la nouvelle de Albert Camus, l'Hôte, dont est issue l'intrigue de Loin Des Hommes. J'ai pourtant beaucoup aimé le film, qui, malgré un rythme très inégal, offrait à Reda Kateb une prestation éblouissante. Les images superbes de l'Atlas algérien étaient aussi sympathiques. Et évidemment, la bande originale, tout en nuances et en ambiances lourdes et troublées, servait parfaitement le propos du film. Mettre les deux en relation n'aurait cela dit aucun intérêt, je me contenterai donc de parler du disque. Chez SWQW, on aime le cinéma, mais on en parle pas. Pour la musique, c'est le contraire. Ou pas.

Après l'atroce bande originale de Des Hommes Sans Loi, Ellis peut enfin laisser parler son amour des boucles électroniques et du violon, et un Cave plutôt effacé apparaît en toile de fond, faisant parler les pianos et accompagnant son camarade à la guitare. On pourrait reprocher à la B.O de se perdre dans des territoires parfois trop sinueux, comme si les aventures un poil bruitistes du Dirty Three manquaient à Ellis : effectivement, quand les grosses boucles tournent pendant trois minutes, on s'ennuie ferme, et j'ai senti que ça tournait mal quand Dead Horse s'est lancée. Mais la bande originale renferme de véritables joyaux, égalant sans difficulté le travail des deux comparses pour The Proposition (leur meilleur boulot pour Hillcoat).

Car le disque se fend la gueule sur ses premières pistes, pleines de tension mais très superflues pour une écoute individuelle. Par contre, dès que Setting House se lance, il n'y a plus rien à jeter. Parmi les meilleurs moments du disque, il faut évidemment citer la conclusion de Dust Storm, toute en violons dévorants, la chaleur moite de Bandits, et enfin les bouleversantes Farewell at Tinguit, No Class Today et Teacher's Farewell, trois tracks superbes où la dualité entre les deux australiens est tout bonnement délectable. Quand aux deux pistes chantées en arabe, si elles avaient tendance à m'insupporter à la première écoute, j'ai finit par apprécier leur présence, finalement indispensable à la cohérence de l'album. Sans trop de surprise, les deux hommes signent un bousin tout à fait recommandable, mais bon, autant être honnête : ça m'évitera juste de crever la dalle en attendant le nouveau Bad Seeds ou le prochain Dirty Three.

En rassemblant deux choses qui ont été créées dans l’isolement, une musique et un film, soudain quelque chose de magique peut arriverNick Cave

Blacksad

Brasser la merde

1 commentaire

  1. P

    De souvenir Nick Cave et Warren Ellis avaient aussi signé une très belle soundtrack pour le nom moins beau "The assassination of Jessie James by the coward Robert Ford", je suis surpris qu'elle n'ait pas été mentionnée alors je précise pour ceux que ça intéresseraient !

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