silent weapons for quiet wars

Pochette de Atra Mors

chronique · 18 octobre 2012 · Post-Rock / Metal

Evoken

Atra Mors

Les premiers cycles d’Atra Mors plantent le décor. Le silence, puis le vent, quelques toms martiaux, un synthé désintéressé... L'exposition fait froid dans le dos.

par Julien Lafond-Laumond

Les premiers cycles d’Atra Mors plantent le décor. Le silence, puis le vent, quelques toms martiaux, un synthé désintéressé... On doit attendre longtemps avant t’entendre la première guitare, d’ailleurs plus traînante que menaçante. Cette exposition fait déjà froid dans le dos mais on ne descend encore que l’escalier. Au bout de cinq de 5 minutes on y est. Bienvenue aux Enfers.

En bon chantre du funeral doom, Evoken (nouvel onglet) joue une musique atrocement lente, écrasante comme c’est pas permis et aimable comme une porte de prison. Atra Mors est infernal, oui, condensé de ce qu’il peut y avoir de plus douloureux en musique, à savoir des répétitions mortifères, des gouffres de solitude et des mandales de violence.

Evoken connaît la chanson. Après plus de vingt ans de carrière ponctués de certains disques clés de la discipline (Embrace the Emptiness en 98, Antithesis of Light en 2005), les natifs du New-Jersey savent comment coller le bourdon à l’auditeur. Principalement de deux manières différentes : en assenant des riffs d’une lourdeur innommable et en égrainant des motifs atmosphériques particulièrement désespérés. Les deux se complétant et s’entrelaçant sans jamais s’exclure.

Les six titres de l’album (plus deux interludes) développent leurs thèmes sur en moyenne 10 minutes, avec une cohérence forte et un souci de narration assez rare. On peut prendre l’exemple de Descent Into Chaotic Dream, qui débute sur des guitares claires très réverbérées et du spoken word, qui évolue vers des ambiances dark ambient et aboutit sur un doom-death marteau-piqueur. Grim Eloquence suit au contraire le chemin inverse, en débutant avec autorité et en intégrant petit à petit des éléments plus dépressifs. Le titre de clôture, Into Aphotic Devastation, annonce quant à lui son thème principal tout de suite, l’agrémente, le fait monter en pression et éclate à mi parcours, laissant des notes éparses agoniser jusqu’au bout du disque. En bref, voilà pourquoi ce disque est si convaincant : chaque morceau possède sa propre structure sans se soucier des autres.

Derrière son allure incroyablement austère, Atra Mors recèle en effet de variations multiples. Derrière son apparence monotone, il n’en finit plus de cultiver le mystère. On a du mal à y voir clair. Evoken n’est pas qu’un assommoir : il y a partout dans cette musique des accès ésotériques, spirituels et mélancoliques, mais qui demeurent plus suggérés que véritablement explorés. Et c’est source de fascination. Cette tristesse qui n’éclôt jamais, cette lourdeur à aucun moment déshabillée créent une épaisseur énigmatique qu’on ne finit plus de vouloir côtoyer.

Atra Mors est d’une noirceur insolvable. Forcément, ça rend accroc.

Julien Lafond-Laumond

Brasser la merde

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

    pas de compte : ton pseudo est protégé par un ticket que ton navigateur garde pour toi.

    dans le même courant · post-rock

    En attente