silent weapons for quiet wars

Pochette de The Man Who Died In His Boat

chronique · 5 février 2013 · Drone / Ambient

Grouper

The Man Who Died In His Boat

Un voilier s’échoue sur le rivage. Il est vide, pas de traces de l’homme qui l’occupait, juste ses affaires éparpillées. Ses vêtements, ses cartes, sa vaisselle. Le bateau reste là quelques jours, bientôt exploré (presque "violé" dira la fille) par un père et sa fille.

par Aurélie S.

Cette fille, c’était Liz Harris, qui a fait de ce souvenir le nom de son nouvel album. Une histoire de navire abandonné, pour une voix fantôme également à la dérive, flottant entre perte et retour en terre familière.

Mais The Man Who Died In His Boat n’est pas, au sens strict, un nouvel album. Il provient de l’époque de Dragging A Dead Deer Up A Hill, sorti chez Type en 2008. Des inédits auxquels Kranky offre aujourd’hui une enveloppe physique, en même temps qu’il réédite en vinyle le superbe Dragging A Dead Deer Up A Hill en question.

Loin d’être une déception, même légère, (ce qui est souvent le cas avec les chutes) ou d’être une copie un peu plus fade (c’est également fréquent), The Man Who Died In His Boat nous ramène sur les hauteurs de l’Américaine Liz Harris à l’époque où, s’il fallait n’en garder qu’un, le terme de folk était peut-être le qualificatif le plus proche de sa musique. A une époque plus éloignée de celle d’un album comme A|A où la voix de Liz se trouve puissamment enrobée dans une brume de drones, de reverb, et d’effets particulièrement denses.

Au regard des derniers albums, le son de Grouper sur The Man Who Died In His Boat est donc moins dense, plus épuré. A l’image d’un morceau tel que Cloud in Places où guitare acoustique et voix affleurent et en deviendraient presque saisissables. Presque. Car malgré un son singulier et immédiatement reconnaissable, la musique de Liz Harris n’en finit pas de se dérober. Troublante, évanescente. Plus qu’une voix, c’est un mouvement qui se fredonne dans les vapeurs de l’impalpable. Plus encore qu’un mouvement, c’est un débordement, sorti des arcanes de l’intime, qui s’écoule dans la chaleur d’un saignement.

Des titres comme Vital, Cover The Long Way ou Living Room concentrent tout ce qui a toujours fait l’attraction de la musique de Liz Harris. La magie d’un mélange de calme et de douleur, une chaleur frêle et dénudée. Une parole lointaine, souvent indistincte, et qui pourtant semble si proche et se noie jusque dans nos os. La puissance troublante et addictive de tout ce qui ne se dit qu’en murmures.

Répondant à une nécessité impérieuse et intime, The Man Who Died In His Boat fait partie de ces grands albums ayant la beauté sans fond d’une prière sans destinataire, et la force inégalée d’un chant à la fois fissuré et éclairé par l’angoisse.

Aurélie S.

Brasser la merde

1 commentaire

  1. nic

    joliment décrit, "la beauté sans fond d’une prière sans destinataire".

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

    pas de compte : ton pseudo est protégé par un ticket que ton navigateur garde pour toi.

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