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Pochette de Post Pop Depression

chronique · 24 mars 2016 · Rock / Folk

Iggy Pop

Post Pop Depression

"Peu de gens savent être vieux." - La Rochefoucauld

par Blacksad

Parler d'un disque comme Post Pop Depression est extrêmement compliqué. Il faut en effet parler d'un album de Iggy Pop, et pour cela, utiliser un vocabulaire dépassé, déifier une icone. Il faudrait évoquer un prétendu "esprit rock", transformer le hall of fame de la musique à guitares en Olympe. On tentera ici de s'en abstenir : après tout, nous ne sommes pas Philippe Manoeuvre, nous ne sommes pas Hugo Cassavetti. Le problème, évidemment, c'est que là, on parle de Iggy Pop.

Avec une carrière de plus de 50 ans, Iggy Pop est peut-être la dernière légende du rock à assurer une certaine crédibilité. Après les petits groupes locaux, il y a les Stooges, et avec eux, une succession de trois albums absolument brillants, novateurs, et des tournées où Iggy "Stooge" révèle tout son talent de performeur, avec sa démarche exubérante, ses excentricités (en 1970, à Cincinatti, encore plus inspiré que d'habitude, il choppe un gigot et se couvre le corps de barbaque). Mais je me rappellerai surtout de Iggy Pop pour un album monumental, son premier en solo : l'immense, pervers, terrifiant The Idiot, sorti en 1977, est peut-être son chef-d'oeuvre. Produit, écrit et composé avec David Bowie, c'est un monument écartelé entre new wave et rock expérimental, entre post-punk et délires pop.

Mais voilà : après un second album brillant, Lust For Life, sorti la même année, Iggy Pop ne pondra presque plus jamais quoi que se soit de bien. On comptera, sur chaque nouveau disque, une poignée de bons morceaux, coincés avec une quantité plus ou moins astronomique de chansons ne servant que de remplissage. Avec le temps, cependant, tel David Bowie dans les années 80, Iggy Pop n'aura plus ni le désir, ni le besoin de sortir de bons albums. Il se concentrera sur sa légende, son image, ses apparitions hors de la scène. En témoignent ses rôles, habités, dans Dead Man et Coffee & Cigarettes de Jim Jarmusch, son apparition dans des pubs pour Motorola, ou encore sa décision de poser nu au musée de Brooklyn. Même la paire d'albums francophones de ces dernières années ne sont qu'un jeu, une mascarade.

Post Pop Depression s'impose alors comme une sorte d'anomalie : l'album semble tout simplement sérieux. Voulu comme une suite spirituelle à ses collaborations avec Bowie, l'album est produit par nul autre que Josh Homme, champion du rock vulgaire, burné, speedé. Il contient 9 chansons aux sonorités certes accessibles, mais on n'y trouve pourtant pas de véritables pop songs. A la place, un album quelque part entre le dernier Queens Of The Stone Age et Lust For Life. Et surtout, un album plus ou moins présenté comme étant son dernier, le tout alors que, putain, le gars est séxagénaire. Un bon album? Pas vraiment. Un mauvais skeud? Peut-être pas.

Il faut d'abord savoir que Post Pop Depression (quel titre!) est un véritable album. Dès la première écoute, pourtant très dificille, on comprend que l'album n'est pas qu'une sucession de titres paressement enregistrés en studio. Accompagnés par Dean Fertita (Queens Of The Stone Age, The Raconteurs) et Matt Helders (Arctic Monkeys), deux musiciens pas forcément talentueux mais qui commencent à avoir de la bouteille, les deux compères s'entendent pour composer de véritables chansons, avec des breaks rigolos, des refrains qui tapent, des outros bien foutues. Si Post Pop Depression ne fonctionne pas, ce n'est donc pas du côté de l'artisanat qu'il pèche. Au contraire, il est assuré par des mains d'orfèvres, surtout celles de Josh Homme, qui, tel Bowie en 77, affirme du début à la fin sa patte, à grand coups de riffs efficaces et de voix noyées sous les effets.

En fait, tout le problème de l'album est, comme me le disait admirablement bien mon camarade Mattooh, l'insignifiance d'une bonne partie du disque. On ne passe pas un mauvais moment en l'écoutant, on est même heureux de retrouver la voix (certes un peu râpée par les années) de l'iguane, mais à la sortie, il est très dificille de se souvenir d'un seul titre. En 41 minutes (c'est étonnament court), en 9 chansons, aucun vrai grand morceau ne semble sortir. Et on aura tout de même tenté de le saigner, d'en sortir les moments les plus fous, mais rien n'y fait : on observe un disque tout à fait oubliable.

On compte bien une ou deux très, très chouettes chansons sur Post Pop Depression : je pense surtout à “Paraguay”, conclusion très Josh-Hommesque, avec ses choeurs, son solo pas trop mal branlé, son final où Iggy Pop, entre parler et chant, se lâche complétement. Pour la forme, on pourra peut-être garder “Gardenia” et ses mélodies New Wave, éventuellement “Sunday”, sa batterie métronomique et son final très joli, tout en cordes. Mais pour le reste, on reste de marbre pendant de longues minutes pour enfin découvrir un instant plutôt génial, mémorable, coincé dans un morceau sans relief (la conclusion prenante de “German Days”, qu'on ne retrouve qu'après 3 minutes de guitares criardes; le refrain de “American Valhalla”).

Tu l'auras compris, je ne suis pas un grand fan de Post Pop Depression, album bien foutu mais pas bien mémorable. Reste que c'est un album de Iggy Pop, et encore mieux, un album écoutable de Iggy Pop. Aussi, lecteur, sans t'assurer que tu y retrouveras l'énergie de l'iguane, je ne peux que te conseiller d'écouter ce disque, son meilleur depuis un bon paquet d'années. Et si Iggy Pop devait mourir demain, il partirait avec noblesse.

Blacksad

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