
chronique · 9 octobre 2015 · Rock / Folk
Kadavar
Berlin
Tu entends, le bruit des bottes? Et voilà, les allemands frappent à nouveau à la porte.
par Mattooh
Au cas où on aurait pas retenu les deux premières fois, la provenance est ce coup-ci clairement marquée dessus : BERLIN. T'AS COMPRIS, LA?
Une autre chose est claire depuis le début : Kadavar (nouvel onglet) fait du Kadavar, et ça bougera pas trop. Ils pompent Black Sabbath comme des chancres, comme ça se fait de plus en plus de partout, mais eux le font mieux que les autres et ne te la feront jamais à l'envers. Des allemands qui écument l'Europe (et maintenant le monde) dans cette tenue (nouvel onglet) depuis 4 ans en rejouant inlassablement ce genre de riffs (nouvel onglet) ? Tu peux compter sur eux pour ne jamais sortir de triple album concept, et encore moins "leur Kid A". Jamais, tu m'entends, jamais ces gaziers ne toucheront un sampler, même avec un bout de bois. Au pire, on aura un jour droit à une ballade acoustique avec des djembés voire carrément une reprise de Planet Caravan, ou un claviériste les rejoindra le temps d'enregistrer un ou deux disques un peu faiblards, et puis voilà.*
Le contenu de Berlin, tu le connais donc déjà un peu à l'avance, et la seule chose qui importe, c'est de savoir s'il est bon.
Eh bien oui, il l'est. Kadavar est un groupe avec un énorme potentiel - dans son genre en tout cas - et ils n'allaient pas se planter misérablement dès leur troisème album. D'autant que cette fois, ils ont pris plus de temps que pour enregistrer leur second album, ce qui est une bonne idée dans la mesure où Abra Kadavar (2013) était quand même bien bâclé sur la fin. Alors, si tous les titres de Berlin ne sont pas mémorables (quelques mélodies sans intérêt, quelques riffs mal photocopiés), on note un effort certain pour épurer le propos et faire de chaque riff un nouveau prétexte à air guitar dans la salle de bains, ou à de nouvelles tablatures approximatives sur Ultimate-Guitar.com.
D'ailleurs, c'est ce qui pourrait un peu coincer, du moins à l'avenir. Il faut se faire à l'idée que les dernières traces du côté "rough" du premier album, avec ses longues riffades pas retouchées, ces bavardages """psyché""" sans contrainte de temps, c'est fini. Parfois, ça cherche tellement l'évidence et le tube qui pose ses couilles sur ton front, comme sur The Last Living Dinosaur, qu'on dirait que Kadavar veut être le nouvel AC/DC encore plus que le nouveau Black Sabbath. Clairement, ces monsieurs veulent faire parler d'eux et s'afficher en posters dans les piaules des jeunes chevelus. Toi-même tu sais, ils ont le talent pour ça. Mais quand même, j'aimerais parfois qu'ils re-tapent dans le merdier bien à l'arrache, comme sur le premier album, et nous torchent de nouveaux Purple Sage ou Creature Of The Demon.
Mais que veux-tu, ces jours sont derrière eux, contrairement à leur talent pour écrire des Paranoid à la chaîne. Encore que Berlin évoque parfois plus les derniers disques de Sabbath avec Ozzy (genre Sabotage ou Never Say Die, hein, je ne parle pas de 13 car SWQW est un webzine sérieux) que Paranoid ou Masters of Reality, voire carrément Iron Maiden (Into The Night). En clair : le hard-rock pousse des épaules le stoner pour être sur la photo, et parfois, on se retrouve face à une pente glissante au pied de laquelle se trouve le spectre des regrettables Wolfmother. Attention, Lupus, Dragon et Tiger ; attention.
Enfin, bon : DES PUTAINS DE ROCKSTARS BARBUES ET ALLEMANDES EN 2015, TU LE CROIS, CA? Et pourquoi pas? Godspeed You! Black Emperor au Pitchfork 2015, tu trouves ça plus excitant, toi?
Ecoute The Old Man : c'est un peu facile, tu vas quand même pas te faire avoir. Tu parles. Dès la deuxième écoute, tu headbangues discrètement devant ton Mac, en rêvant à ta prochaine bière. Kadavar a écrit un nouveau méga-tube stoner/pop, et si on ne vivait pas une époque mal cablée dans laquelle Ghost et Slipknot sont devenus des têtes d'affiche par faute de mieux et grâce à quelques masques et tenues bien dessinés, cette chanson tournerait actuellement en boucle dans toutes les têtes chevelues, et le groupe la jouerait devant des foules délirantes, sans répit ni honte, jusqu'à la première overdose du batteur.
Au lieu de ça : Kadavar prépare sa première tournée des SMACs franquaises pour cet automne. Tu peux d'ores et déjà réserver ta place à tarif subventionné sur Digitick, et préparer de la monnaie pour t'offrir le gobelet réutilisable apte à recevoir tes 25cl de Leffe à 4€. Le tourneur et le programmateur seront bien payés, les techniciens auront leur cachet, et tu auras passé une excellente heure au milieu de quinquagénaires à veste de cuir, et d'étudiants en informatique venus parce que la place était offerte avec leur abonnement - qui était à moitié prix avec leur carte d'étudiants.
Tant mieux, si tu peux encore les voir dans des salles de taille raisonnable, pour pas trop cher et en étant au lit à 23h. Mais Kadavar devrait au choix vivre une vie de violence gratuite, de mauvaises drogues et de sexe en groupe sur des canaps en skai en étant véhiculé de squat en squat dans un van VW blanc-rouille conduit par leur dealer/roadie édenté, ou, au choix, dominer le monde dans des tour bus luxueux remplis de came de toute première pureté et se voir offrir le slot de tête d'affiche au prochain Rock Am Ring ; or, cet entre-deux de type banlieusard n'est pas satisfaisant.
Mais bon, il y a des choses plus graves dans le monde, comme la guerre, ou le nouvel album de Ghost.
* Bon allez, je vais quand même te le dire, cet album contient une crasse. Plus improbable encore que tout ce que tu peux craindre : Berlin se clôt sur Reich der Träume, reprise de Nico et bonus track en allemand, sans guitare, mais avec du synthé. Et franchement, ce truc est tellement inexplicable que je n'en dirai pas plus et te laisserai t'émerveiller par toi-même.






Brasser la merde