silent weapons for quiet wars

Pochette de Abra Kadavar

chronique · 19 avril 2013 · Rock / Folk

Kadavar

Abra Kadavar

Non mais regarde-moi cette pochette : on dirait bien que ça s’arrange pas.

par Mattooh

Moins d’un an après son coup de maître de premier album, Kadavar (nouvel onglet) revient promptement enfoncer le clou dans le cercueil des ambitions de la concurrence : ne perdons pas de temps non plus, Abra Kadavar est une nouvelle franche réussite.

En 12 mois, le groupe a tout de même trouvé le temps d’évoluer et Abra Kadavar se retrouve plus centré sur les chansons et les refrains, toujours soutenus par des riffs en acier chanvré mais moins enclins à partir dans des chevauchées psychédéliques où tout n’est que négation de la dure réalité, cordes martyrisées, crissements de distos et déluges de toms. Les choses sont plus cadrées, ce qui ne devrait pas les gêner dans leurs ambitions de conquête d’un univers où Black Sabbath s’apprête à se ridiculiser une dernière fois, ambitions traduites par leur récent passage de chez les artisans de Teepee Records à la grosse écurie sidérurgique Nuclear Blast ; ça veut grossir, ce n’est pas sale, et ça devrait l’effectuer.

Et puis, l’essentiel est conservé : ce disque pue l’analogique, le tabou de l’overdub et les beaux amplis. Une écoute au casque donne l’impression d’écouter un remastering d’un vieux Sabbath, tant on distingue précisément les trois instruments, la voix et rien d’autre.

Attention quand même à ne pas aller trop vite : écrit en une vitesse sidérante (15 jours), Abra Kadavar est aussi un disque un peu bâclé. Le travail de surdoués qui veulent tellement marcher dans les traces de leurs cocaïnés ainés (enregistrer et sortir un disque de 8 titres tous les ans, et piocher dans la boîte à idées débiles de Black Sabbath pour leur trouver des titres) qu’ils en oublient les excès du premier album, ceux qui le rendaient si attachant. Les 3mn du final Abra Kadabra sont par exemple bien trop peu pour exploiter convenablement ce bourgeon de groove qui ne demande qu’à éclore sur 10mn supplémentaires d’absurdes montées, descentes, et breaks au frein à main. Cette remarque reste valable à un degré moindre pour une paire de titres qu’on aimerait voir sortir un peu plus de leurs gonds.

Voilà pour les chipoteries, passons aux réjouissances.

L’album démarre sur trois tubes intersidéraux : Come Back Life, Doomsday Machine et Eye Of The Storm. Trois chansons qui deviendraient des classiques instantanés dans un monde où le public rock ne serait pas tétanisé par la nostalgie d’un côté, convaincu que c’était mieux avant, et soumis au foutu formatage pitchforkien de l’autre, ce maniérisme qui fait sonner tous les jeunes groupes pareil. Bref, quand viendra l’heure du tri entre les fossoyeurs et ceux qui savent réellement porter la barbe, Kadavar sera du bon côté et résonnera inlassablement aux oreilles du jury l’impitoyable riff de Doomsday Machine. Rhythm For Endless Minds te rappelle pourquoi la vie vaut d’être vécue : au fond, nous aspirons tous à transposer notre sinistre quotidien post-Thatcher dans ce genre de titres heavy-psych à la Hawkwind.

Toujours plus vintage, cultivant crânement sa ressemblance avec Black Sabbath, Kadavar se trouve sur une irrésistible spirale ascendante. Leurs concerts, encore timides il y a 6 mois, sont devenus des tourbillons infernaux balayant l’européen ventru et hagard qui leur sert de public entre une guitare tranchante appuyée par une basse au grain séminal, une voix impériale et un batteur sauvagement souverain, frontalement placé sur la même ligne que ses deux copains.

D’une spontanéité étonnante, Abra Kadavar a juste oublié le titre épique qui lui aurait permis de changer des vies et d’être le détonateur d’une explosion psychédélique germanique, mais gageons que ce sera pour 2014. Rendez-vous au printemps prochain ?

Mattooh

Brasser la merde

1 commentaire

  1. SEN

    A écouter également l'excellente collaboration de "Kadavar" avec le groupe français "Aqua Nebula Oscillator" sur le Split Album (qui n'en est pas tout à fait un) "WHITE RING" !

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