
On ne l’attendait plus. Le duo irlandais Lakker sort enfin son deuxième album, cette fois-ci chez Renaat Vandepapeliere et Sabine Maes (R&S). Malgré les 8 années séparant les deux opus, les sorciers gaéliques sont loin d’avoir chômé. Une palette d’EP (Cosas, Spider Silk, Torann, Arc, Deathmask, Untitled, Monad XIV, Coal Bath, Mountain Divide et Containing A Thousand), en guise de palliatifs, sur Stroboscopic Artefacts entre autres, ont su faire patienter les disciples lakkeristes. Sans compter l’attentat luthérien d’Eomac avec Spectre sorti l’année dernière qui confirme l’attention portée au design sonore et aux basses qui font suinter les subwoofers. Dans ce nouvel album, Ian McDonnel et Dara Smith, alias Eomac et Arad, continuent de cauchemarder sur le nouveau look hipster de Roy Keane et ne cessent de clamer leur amour pour les modèles dystopiques.
"We play what we play, doesn't matter what club we're in. Doing your thing is better than trying to guess what people are expecting."
Sans surprise, Lakker excelle dans la bizarrerie, et comme sur leur premier album Ruido, on retrouve cette déstructuration permanente des archétypes techno avec régulateur de vitesse à 128 bpm. Sculpté pour la scène anglaise, tout comme ses prédécesseurs, ce nouvel opus allie une fascination sans bornes pour le martelage à un nappage synthé-vocal rajoutant la petite touche sucrée qu’il manquait parfois à Ruido. Rythmes tribaux, contretemps marteau-pilon, fields recordings en veux-tu en voilà, la partition est touffue mais bien élaguée. Quasiment inbitable à la première écoute, les deux cachets d’aspirine ne s’adressent qu’aux plus tenaces, alternant entre détails et déferlantes sonores qui usinent le tout dans un ballet incandescent. Halite, track ajustée pour le retour de Duchovny dans X-Files, ou encore Oktavist, sérénade reptilienne pour contorsionnistes ne feront ressortir leurs puissants arômes qu’une fois l’album décanté. A l’inverse, on saisit tout de suite l’humeur des deux larrons. Un nuage noir nous menace très rapidement, on reste aux aguets quant à l’averse qui va nous tomber sur la gueule. 1:45 plus tard, Milch débute les hostilités à coups de tambours de guerre dirigés par une voix hypnotique en guise de major. Une noirceur sans équivoque combinée à une artillerie lourde qu’on retrouve sans temps morts avec Mountain Divide : bruit d’usinage, métal fondu et incinérateur. Loin d’être manichéen, le duo offre un peu de candeur avec Three Songs et sa ligne de synthé enfantine toujours survolée par cette voix qui résonne et répond aux assauts d’un kick en fond de piste. Souvent snobée ou mal exploitée, l’utilisation de la voix n’est pas monnaie courante en techno. Et pourtant, Lakker en fait son arme secrète en lui offrant de l’espace et de la profondeur, et donne à ce long format un côté science-fiction à la limite du sacré. Qu’elle soit claire, étouffée ou brumeuse, elle rythme, coordonne et colore les tracks. Pari osé mais payant.
Tandis que Ruido prônait le confinement, Tundra est au service des grands espaces et des structures robustes. Les deux Dubliners ont su améliorer leur narration et apporter une cohérence grâce à des séquençages de qualité et à l’utilisation de la voix. On aurait tort de résumer Tundra à des paysages imposants balayés par une force destructrice car cet album est subtil et nuancé. Ian et Dara ont mûri, pour le plus grand bonheur de R&S qui peut se vanter, une fois de plus, de son statut d’avant-gardiste.






Brasser la merde
4 commentaires
Lansky
Quelle claque, merci pour la chronique
Nikistach
La plume égale à la qualité de l'EP. L'attente vaut l'article, chapeau les Artistes.
Chesh
Grandiose
Nosgo
Ce morceau Pylon me rend fou... cette noirceur magistrale putain que c'est bon
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