silent weapons for quiet wars

Pochette de Ritual Spirit

chronique · 28 janvier 2016 · Musiques électroniques

Massive Attack

Ritual Spirit

See me run now you're gone... dream on. (Massive Attack - Risingson)

par Lexo7

A l'aube des années 90 et sur les cendres du collectif Wild Bunch, Robert Del Naja (3D), Grant Marshall (Daddy G) et Andrew Vowles créent Massive Attack, ce groupe à qui, en compagnie de quelques autres, on attribuera la paternité d'un nouveau genre : le trip-hop. Le groupe a toujours refusé cette appellation d'origine peu contrôlée et évoqué un dérivé plus mélodique du rap, s'évertuant à énoncer que seules les fusions originales les intéressent, encore plus quand elles représentent à merveille le patrimoine musical de leur coin : Bristol.

Deux albums certes légendaires mais ayant un brin mal vieilli, Blue Lines et Protection, sont les témoins de cette époque où déjà, le groupe défrichait les voix pour sublimer son hybride identité. Pour ne citer que quelques-unes de leurs très nombreuses collaborations, posons ici les plus régulières et les plus emblématiques : Tricky, Horace Andy, Martina Topley-Bird, Neneh Cherry, Sinead O'Connor.

Le point d'orgue et et chef d'oeuvre intemporel de leur discographie se révèlera en Mezzanine, album sombre et glacé, très rock, un de ces rares ovnis à créer des ponts entre mainstream et underground pour fédérer toute une génération et ce bien au-delà de ses propres frontières. Tant et tellement que jusqu'à il y a peu, Massive Attack était un des dix groupes à voir absolument au moins une fois en live dans sa vie. Une tournée mondiale harassante plus tard, si on ajoute à ça les dérives psychiques de plus en plus tortueuses de Robert Del Naja, Mushroom claque la porte, bientôt presque imité par un Daddy G qui selon ses propres aveux (qu'il nous avait confiés en interview à l'époque de Chroniques Electroniques), avait choisi de laisser 3D seul dans ses "délires".

Malgré ça, Daddy G est crédité sur un album sur lequel il n'a rien ou peu fait, le très mésestimé, magnifique et paranoïaque 100th Window, où Del Naja pousse ses névroses jusqu'à la catharsis dans cette orfèvrerie de lignes froides et d'ambiances sordides aptes à faire naître même chez ceux qui s'y refusent des pulsions méchamment gothiques.

Six ans plus tard, en 2009, Daddy G revient aux affaires et le duo ouvert sort un Heligoland plutôt inégal avec le recul, même si il contenait de sacrées tueries (Atlas Air, Girl I Love You, Splitting the Atom). L'album mènera à nouveau le groupe sur les routes, cette fois accompagné de critiques plutôt objectives sur la faiblesse et le peu d'évolution du setup et des tracklists.

Bref, après plus de six ans d'absence, le groupe laissait fuiter la semaine dernière un EP de quatre titres via une obscure appli Apple. Ritual Spirit, et c'est dont on va causer (un peu).

Inutile de tergiverser autour d'une digestion nécessaire ou sur le besoin de laisser décanter ces quatre titres pendant des semaines, Ritual Spirit sue la black music et particulièrement celle qu'affectionne la diaspora jamaïcaine de Bristol. Contre-temps, basslines des abysses, sensualité mêlée à l'ambience poisseuse d'une crack house. Ceci peut effectivement témoigner d'une emprise ou influence plus importante de Daddy G sur l'EP, néanmoins sans aucunes garanties sur la teinte générale d'un album probablement à suivre.

Dead Editors surfe sur le regain de forme du vétéran Roots Manuva (son Bleeds de l'an dernier est assez surprenant), ne se contentant pas d'être une simple production instrumentale mais plutôt un véritable terrain de jeu pour la loghorréé bien rauque et technique d'un MC se situant toujours entre dancehall et rap. C'est sérieux, mais ça ne justifie pas de chute en pâmoison.

Ritual Spirit s'incrit quant à lui dans la plus pure tradition de ce que le groupe sort souvent entre deux albums. Tapis de cordes glacées, mélodie entêtante, le timbre suave, sensuel et très haut perché d'Azekel fait le reste. Là où Baby Boy était une purge sans nom (à l'image du film que la BO concluait, Danny the Dog), ce titre là pourra presque prétendre au statut de tube et à la haute rotation radio.

Sans les soupçonner un instant de surfer sur l'opportunisme et l'attrait que suscitent outre-Manche les écossais de Young Fathers, on peut tranquillement énoncer que c'est le titre du format court où les univers se forcent un peu à difficilement cohabiter. Voodoo in my Blood pourra certes faire shaker mollement quelques booty chez les moins exigeants, on est là sur de l'anecdote pure et simple.

Take It There est le coup de massue du disque. Pas parce que c'est une tuerie, loin de là. Juste parce qu'il signifie clairement un rapprochement probable entre Tricky et les compagnons d'antan avec qui il s'était sévèrement brouillé. Le Knowlest Boy, en perpétuelle chute de vitesse et atrophie créative, fait preuve ici d'un enthousiasme qu'on ne lui soupçonnait plus. Le débit rampant et torturé de 3D s'allie encore aujourd'hui parfaitement à ses envolées de reptile noir. Même si le sample de piano résonne un peu kitsch et too much, la production est encore une fois très sérieuse et adaptée.

Carte de visite et coup de comm' pour montrer qu'ils sont encore là ? Projecteur sur une scène britannique foisonnante ? Connexion inter-générationnelle ? Ritual Spirit est en tous cas un format court en demi-teinte, qui devra rapidement être suivi d'un album sérieux si le groupe ne veut pas sombrer dans l'oubli. Car la récente annonce d'une série de concerts en Europe ne suffira pas à rassurer les sceptiques quand à leur devenir discographique. Daddy G semble à nouveau impliqué, 3D est toujours aussi tortueux et obsédant, Tricky est de retour dans la matrice, tous les espoirs sont donc malgré tout permis.

Lexo7

Brasser la merde

6 commentaires

  1. zaaab

    bon, alors tout est là, en effet. Du Massive Attack pur jus avec toutes ses qualités et ses défauts. c'est millimétré au poil de couilles pré, une beauté froide, parfaite, léchée et chiante. Du Massive Attack quoi, ni plus ni moins. En effet le titre avec Tricky est un cran au dessus, d'ailleurs vu comme il sonne ça m'étonnerai qu'il n'ai fait qu'y poser la voix. Et juste pour faire mon mec chiant, je ne suis pas d'accord avec ta présentation de Tricky. J'ai encore un tout petit peu d'espoir (plus beaucoup on est d'accord) car ses deux derniers opus sans arriver à la cheville de ce qu'il a fait dans les 90's redressent un tant soit peu la barre au vu des innommables bouses produites dans les années 2000. voila (c'était juste pour faire mon connard). en résumé, si t'es fan de Massive Attack achète. Télécharge en fait, ils ont plus vraiment besoin de thunes....

  2. STAN

    Encore une illustration de ce que j'appelle l'arrogance électronique contemporaine! Parce que d'inspiration hip hop et sound system, les 2 premiers albums sont forcément datés.En revanche, les deux suivants, clairement orchestrés par Del Naja, le plus enclin à l'électro des trois comparses, là, bien sûr, ce sont des pierres angulaires de la musique contemporaine. Oh! les gars, sortez un peu, allez voir des concerts de jazz, des opéras , un peu de soul ou de funk et vous verrez, il n'y a pas que la musique électronique dans la vie!(et pourtant, j'aime ça mais bon, je sais m'abreuver à d'autres sources) Faites sauter vos chapelles stériles et égocentrées!

  3. Colombin les 2 Eglises

    @Stan : fan de Dido ?

  4. STAN

    @Colombin les 2 Eglises : content d'être un esclave d'aujourd'hui?

  5. Colombin les 2 Eglises

    Parlons peu parlons bien : quelles sont, en ce début 2016, les dix groupes à voir absolument au moins une fois en live dans sa vie ? Merci.

  6. Colombin les 2 Eglises

    *quels sont, mes confuses

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

    pas de compte : ton pseudo est protégé par un ticket que ton navigateur garde pour toi.

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