silent weapons for quiet wars

Pochette de No.3. Obliate

chronique · 27 janvier 2016 · Musiques électroniques

T.E.S.O

No.3. Obliate

"L'architecture, c'est une tournure d'esprit et non un métier." Le Corbusier

par Lexo7

Le temps passe mais les souvenirs d'une époque pas si lointaine persistent. Celle où je présentais chaque nouvelle sortie estampillée IDM comme le meilleur album de l'année de la semaine. J'étais jeune, enthousiaste et vigoureux, pas encore rongé par l'aigreur et l'amertume. Même si je reste sceptique à ce sujet, le genre est peut-être moins rincé que ma foi en lui. L'allégresse est donc d'autant plus suave lorsque surgit de (presque) nulle part une pépite du genre, prompte à bousculer mes certitudes.

Je ne vais pas faire semblant de sérieusement connaître les deux italiens responsables de cette totale réussite. On sait simplement que les milanais se nomment Matteo Castiglioni et Jacopo Biffi, qu'ils ont sorti leur premier titre sur le célèbre Fatcat Records, qu'ils ont ensuite connu l'auto-production et les labels obscurs. Malgré son antisémitisme patenté (mais visiblement admissible auprès des institutions) et les ravages que ses travaux ont représenté sur l'unique plan social, ils semblent vouer un culte à l'architecte Le Corbusier. Tant et tellement qu'ils lui ont consacré une installation, à laquelle ils lient parallèlement des compositions du pianiste Erik Satie. Je sais aussi que des ébauches de l'album du jour furent proposées à un label français (dont on taira le nom) qui les a refusées, au bénéfice du bien trop rare et discret Aperture, propriété de l'emblématique, légendaire et adorable Andrea Parker. On ne répètera jamais assez que le choix du mois de décembre pour la sortie d'un album est une hérésie, sauf si on se moque du versant promotionnel et d'une presse spécialisée bien trop occupée à concocter classements et taupes.

No.3. Obliate est un pavé, aussi lourd et digeste qu'un bloc de béton, célébrant une forme d'architecture musicale qui se nourrirait de la collision brutale de ses propres lignes. Une véritable synergie software/hardware, qu'on aurait bien tort de hâtivement réduire à un hommage ou à un copycat d'Autechre (période Gantz Graf/Draft 7.30, puis encore plus poussée dans Exai).

Outre leur impressionnante maîtrise des séquenceurs, les deux italiens semblent drifter en funambules au dessus du chaos et inscrivent rigoureusement leurs constructions rythmiques et leur concassage de beats dans la lignée des glorieux beatmakers orfèvres de l'implosion en grande pompe et de la pénétration lente. S'il est encore nécessaire de la répéter, la reconnaissance pérenne de pareils albums ne doit rien à la démonstration technique potentielle mais à ses aptitudes à dégager du souffle et du contraste, y compris même dans des passages de "ventre mou". C'est ce qui, avec le temps, peut les ériger au rang de chefs d'oeuvres imparfaits, ceux pour qui la dimension affective joue une place prépondérante. Le duo oscille donc avec une grande habilité dans la manipulation des volumes, des textures et des températures pour garantir l'aliénation de ses circuits. Ainsi, les meilleurs titres sont tous habités par cette froideur chirurgicale dans la sentence rythmique, et par cette chaleur mélodique qui rappelle que l'humain derrière la machine est seul artisan et dompteur de la cohabitation des caresses et des griffures.

Même si les deux italiens ne sont pas manchots avec des synthétiseurs, les plus exigeants pourront logiquement conclure que tout ne se vaut pas, encore plus à la fin d'un disque difficile à ingurgiter d'un seul bloc. Malgré une probable nécessité d'épure, on reconnaîtra aux deux italiens des talents certains et le bon goût de ne pas céder à de très à la mode gimmicks sonores.

La fin d'année 2015 aura été riche en fulgurances. Il eut été particulièrement injuste que celle-ci ne soit trappée dans nos lignes. Aux côtés du Refuge of a Twisted Soul de The Fear Ratio (ici), No.3. Obliate, bien que difficile et particulièrement physique, n'est rien de plus que le seul autre album indispensable de l'année dernière dans le genre. En espérant que les extraits ci-dessous contribuent à vous en convaincre, tournons nous dès maintenant vers 2016 et toutes les attentes et les espoirs que cristallisent le retour de Jega dans les rangs de Skam.

Lexo7

Brasser la merde

2 commentaires

  1. Silaedan

    Y'a quand même une (TRES/TROP) grosse présence d'Exai là dedans.

    Mais un excellent album malgré tout !

  2. d

    salut , petite réflexion perso , essai sur l' Electronica . ( je prend les devants , pour dire qu'il est inutile de me laisser des commentaires pour m’insultè . et je n'attend pas de réponses ! , je me pose juste une question suite a un constat . et je partage cette interrogation . mais en aucun cas je prêtant avoir raison sur quoi que ce soi et je cherche pas a imposer quoi que ce soi . merci d'en tenir compte , c'est tellement pitoyable d'en être a un stade ou on ne peu pas laisser un commentaire sans que ça devienne un drame ! , un truc grave ? . comme si le simple fait de penser tout haut , poser désormais problème ? ). merci .

    - l' Electronica ,Glitch / industrial glitch / post-indus... ( dont Autechre sont les maitres absolus et apparemment indépassable ! - comme Kraftwerk le sont pour l'electro-pop ) , est désormais " oldshcool " , si on prend en compte la naissance du style ( première moitié des 90's ) , et sont premier age d'or ( première moitié des années 2000's ) . alors ont peu dire , que ce style commence a être " vu et revu " . et ce qui me fait réagir suite a ce post . c'est cette idée qui me traverse soudain : " finalement , esse que ce style de musique électronique qui depuis en gros 25 ans représente " l'avant-garde " , le sommet absolu d'une modernité dite " intelligente " ...au allures parfois pourtant très post-humaine ! . ne serai pas en train de devenir " Retro " ?????? . s'agit t'il désormais avec ce style de " Retro Futurisme " ? . en quoi esse encore avant-garde finalement ? . assurément dans le SON , dont le travail fascinant de style musical a permis de faire réalisé qu'il s'agit d'une forme d'ART a part entiére . la sculpture sonore . bref , évidement aujourd'hui ce son là parmi les musiques électronique reste le sommet . bien plus poétique et subtil que n'importe quel autre style " a la mode " (dont le dubstep fut le dernier représentant avant le prochain phénomène) . alors , si le son , n'est pas en question , il reste " les compositions " et c'est là me semble t'il que la question peu être poser ! . esse que les compositions de Autechre ( puisque ces eux qui a juste titre représentes le sommet ) de ces 15 dernières années sont désormais le passer ? , ou peuvent t'elles encore prétendre représenté l'avant-garde , le présent ? . voila , je voulais en arrivais a cette question " récréative " , dont je n'est pas de réponse ! , incapable d'avoir le recul suffisant , étant fan absolu de Autechre depuis 1993 ...et du style musical qu'ils représentent . ( le style va probablement vivre une mutation , il n'a que très peu bouger depuis ces 15 dernière années . hors il suffit d'entendre comment compose les p'ti jeunes d'aujourd'hui . qui bien que tous trop " commercial " a cause du poison " pop " ne laisse aucun doute sur le fait que le Autechre de demain ne pourra plus ressembler a celui d'hier . l'electronica glitch est probablement terminé et n'appartient désormais plus qu'au passer , comme le disco , l'electro-funk , l'EBM , ainsi que la house et la techno... ). vive la musique Underground . Salutations .

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