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Pochette de The Waterfall

chronique · 24 avril 2015 · Rock / Folk

My Morning Jacket

The Waterfall

Le cul entre au moins trois chaises, My Morning Jacket est un groupe bien plus taillé pour les Etats-Unis que pour la vieille Europe et ses tendances arty, avec ses hipsters volatiles d'un côté et sa constellation de conservateurs anti-atlantistes de l'autre.

par Mattooh

Résultat : le groupe reste relativement confidentiel par chez nous, et tout particulièrement en France. Toutes proportions gardées, hein, reste calme ; je parle sous contrôle d'huissier, et par comparaison à leur succès américain. C'est donc peu dire que ce nouvel album, comme les deux précédents, ne crée par l'événement médiatique par ici. Je n'en ai pas moins un attachement particulier pour ce groupe. En plus de 15 ans d'activité, My Morning Jacket (nouvel onglet) a bâti un répertoire assez impressionnant de qualité et de diversité, et sans être d'une originalité folle il est assez compliqué de lui trouver un équivalent contemporain.

Pourquoi? Parce que My Morning Jacket peut aussi bien attirer les fans d'indie-rock (rappelle-toi le méga-tube One Big Holiday (nouvel onglet)), de folk (chaque album contient son contingent de sérénades en fingerpicking à reprendre au coin du feu), de pop ensoleillée tendance nu-soul (l'album Evil Urges (2008) débutait par deux titres qui ont fait fuire plus d'un indie-nazi) que de classic-rock (écoute donc le nouveau single Big Decisions (nouvel onglet)). Tout cela fait que si le groupe est ici essentiellement suivi dans les sphères """indies""", il se produit régulièrement aux US dans les raouts de jam-rock type Bonaroo, au milieu des inexportables Gov't Mule, Phish ou Dave Matthews Band. Et de fait, le membre de MMJ a tendance à porter la bedaine et le poil long, ne rechigne jamais à la grandiloquence, pratique le synthé et la guitare steel, et n'est pas très regardant sur la durée de ses titres. Finalement, si l'ambition est moins radicale et l'esthétique générale plus flasque et décomplexée, My Morning Jacket est un hybride conservateur/transgressiste du même tonneau que Wilco.

Bien.

Mais qu'est-ce qu'on trouve sur ce nouveau disque, qui fait suite au superbe Circuital (2011)? De la grandiloquence, certes (Spring et ses choeurs soul/gospel, Big Decisions et sa mélodie too much salement accrocheuse, Believe (Nobody Know)...). De l'intimité, aussi (Get The Point, Only Memory Remains). De la sobriété? Assez peu. Rappelons-nous qu'avant de s'émanciper de ses racines profondément américaines (le groupe vient quand même de Louisville, Kentucky), MMJ n'était sur ses premiers albums qu'un groupe de folk/country-rock un peu plus bruyant et européanisé que la moyenne. Tout comme Wilco, d'ailleurs, tiens. Et si l'album n'est pas mauvais, il lui manque une poignée de titres emblématiques pour faire réellement décoller l'affaire. Les guitares sifflent, Jim James roucoule et les instruments satellites (violons, saxo, ...) brodent, mais trop souvent le groupe semble naviguer à vue et se reposer sur un gimmick ou les vocalises de son leader. Le songwriting du groupe, encore si affirmé et impressionnant sur Circuital, semble souvent relâché. Cela donne de très belles chansons de soirées d'été, qui glissent toutes seules sans vraiment hérisser le poil. Il n'est pas interdit d'y adhérer, et dans ce cas j'ai envie de dire tant mieux mais il faut pour cela être capable de faire abstraction, voire d'apprécier en plaisir coupable, une dégoulinade un peu plouc comme Compound Fracture, tout juste bonne à sonoriser l'habitacle de cuir blanc d'une décapotable automatique filant suavement vers une plage sécurisée du Pacifique.

On appréciera diversement ce nouvel album de My Morning Jacket suivant la facette du groupe pour laquelle on a le plus d'affinités, sachant qu'on navigue quelque part entre l'efficacité pleine de glucose de Evil Urges, et le rock psyché crépusculaire de Z (nouvel onglet). On n'est en tout cas pas au niveau des compos très fortes de Circuital. Et on n'est encore moins au niveau du chef d'oeuvre absolu qu'était Z [1], publié il y a maintenant 10 ans. On retiendra donc de The Waterfall surtout les titres qui font écho à ce disque référence, soit quand même une bonne moitié du disque. Des chansons relativement hors format, dont le climat à la fois apaisé et emphatique nous ramène à ce que MMJ a d'unique : une empreinte sonore inimitable, et un talent de composition insaisissable.

Rappelons aussi le contexte : The Waterfall est le premier des deux disques que le groupe prévoit de sortir en 2015, et a été enregistré après la pause forcée intervenue lors de l'enregistrement de ce qui sera le deuxième disque. Jim James s'est retrouvé cloué au lit après une vilaine hernie discale apparue en bougeant des amplis, et la souffrance physique ressentie lors de sa convalescence a dopé son inspiration, qui s'est matérialisée par ces 10 attachantes compositions.

Maintenant, si tu veux revoir le groupe en salle en Franque, tu vas très probablement pouvoir te brosser. Pour aller leur crier dessus, il faudra donc se taper une journée à la prochaine édition de Rock en Seine, et pour ça filer ton pognon à la pègre des tourneurs franquais, pour qui l'organisation du festival a déjà fait les poches de Jean-Paul Huchon. Autant dire qu'il faudra être motivé, mais que le jeu en vaut la chandelle ; je garde en effet un souvenir ému du passage du groupe en première partie de Pearl Jam, à Bercy en 2006. Dans ce horrible hangar encore à moitié vide, le groupe y avait fait parler la poudre dans un mutisme bienvenu et une orgie de guitares impressionnante, seule réponse valable aux conditions de jeu ingrates qu'on leur offrait.

[1] : Ah, Z ; ce disque assez indescriptible est finalement la vraie raison de mon intérêt pour ce groupe. Un disque parfait, au style unique et bardé de chansons incroyables. Le genre de disque qu'un groupe ne peut produire qu'une fois dans sa carrière, et suite auquel il est condamné à tracer sa route humblement ou en sortir à jamais des décalques plus ou moins pâles. Que veux-tu, parfois mieux vaut ne pas être trop bon, ça évite les problèmes.

Mattooh

Brasser la merde

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