
Nadine Shah est une musicienne et chanteuse anglaise, dont l'ami Booboow t'a déjà causé à la sortie de son premier LP, il y a 2 ans. Un premier album avec un jeu de mots dans le titre - je n'aime pas trop ça, les jeux de mots - mais Nadine Shah nous avait quand même bien charmés avec cette très belle entrée en matière. Joie : la revoici ce printemps avec un album de la même trempe. Autrement dit, pas du pipi de Shah.
Seulement, là où son premier album était profondément marqué par un piano fantômatique, c'est cette fois la guitare qui domine les débats. Nadine Shah confie volontiers que les concerts l'ont rendue attentive aux climax qui attisent l'enthousiasme du public ainsi qu'au plaisir de ses musiciens. Ajoute la lassitude de se trimbaler un piano en tournée, et te voilà avec 10 titres charpentés à la sainte trinité guitare-basse-batterie.
Au milieu des balades ténébreuses, Nadine Shah en profite ainsi pour distribuer quelques coups de griffes. Sur Fool en particulier, Nadine joue au Shah et à la souris avec tes nerfs, avec cette ligne de guitare binaire aspergeant le titre d'une tension électrique bienvenue. Nadine Shah retombe du reste toujours sur ses pattes, son domaine de prédilection restant ces titres solennels et intimistes sur lesquels son timbre de voix un brin cassé fait merveille. On la remerciera donc particulièrement de ne pas se laisser aller à la facilité pop-rock sur des harmonies stéréotypées, tant le monde n'a pas besoin d'une nouvelle Anna Calvi ni d'un énième K's Choice. L'écriture est feutrée, les arrangements particulièrement distingués et jamais Nadine ne mord à nos mollets indûment.
Au niveau des thèmes abordés, Nadine Shah a cette fois délaissé son obsession pour les troubles et maladies mentaux. On ne parlera toujours pas de légèreté, puisque cette fois les textes tournent autour du bon vieux filon de ses relations amoureuses passées. Néanmoins, Nad' a cru bon de prendre ses distances avec les déviances prises pour cible il y a deux ans, entre autres suite au suicide de deux de ses proches concernés par ces maladies. Faut se ménager, quoi.
Quelque part entre la face la plus apaisée d'une Shannon Wright et la classe internationale de PJ Harvey ou Cat Power première époque (ouais, toujours les mêmes, hein?), avec une pointe d'avant-gardisme à la Julia Holter (Washed Up, Big Hands), Nadine Shah joue clairement dans la cour des grandes. Qui plus est, son lyrisme vocal et son talent mélodique ont quelque chose d'universel et rendent sa musique plus facile à appréhender que celle de Shannon Wright, par exemple, pour qui n'est pas particulièrement attiré par la hose électrique.
Non contente de publier ce beau second disque, Nadine s'offre ces temps-ci une actualité chargée puisqu'elle a également participé au nouvel album de Ghostpoet (Shredding Skin), le temps de deux titres brillants. En plus d'être une compositrice douée doublée d'une chanteuse charismatique, Nadine sait donc se faire des bons copains pour aboutir aux featurings qui vont bien ; logique, les chiens ne font pas des Shah.
Le fait que Nadine Shah n'ait pas au moins le succès d'une Sophie Hunger, d'une Chelsea Wolfe ou d'une Anna Calvi démontre une énième fois la panne de l'ascenseur médiatique pour les artistes indépendants, ainsi que la carence en curiosité d'un public qui n'est qu'à un clic de toute la production musicale mondiale mais se laisse toujours plus dicter ses goûts par une industrie moribonde faite de stagiaires élevés sur Twitter et d'entrepreneurs en lignes de codes. En tout cas, Fast Food n'attend plus que toi et tu pourras aller te repaître de ces belles chansons le 13 mai prochain, à la Flèche d'Or à Paris.






Brasser la merde